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Départ de Miroslav Lajcak (suite)

jeudi 5 février 2009


La fiction selon laquelle le départ de BH de Miroslav Lajcak ne serait dû qu’à une soudaine promotion au poste de ministre des Affaires étrangères de son pays, la Slovaquie, n’a pas tenu longtemps. C’est le Haut-Représentant sortant lui-même qui l’a reconnu dans une interview donnée le 2 février à la station de télévision OBN, de Sarajevo, suivie de plusieurs autres déclarations concordantes. Niant que des pressions aient été exercées sur lui pour l’inciter à renoncer à ses fonctions, il présente la chose comme une décision propre, dictée par son analyse de la situation en BH et son désir de, selon son expression, "ne plus chevaucher un cheval mort", précisant que ce "cheval mort" n’était pas la Bosnie-Herzégovine, mais le dispositif international qu’il était censé représenter et diriger. Il impute cette impuissance du représentant de la Communauté internationale à la division de celle-ci face aux antagonismes des dirigeants locaux. Tout en tenant Milorad Dodik pour le plus grand responsable de l’aggravation de la crise, il se refuse pourtant à le "démoniser" car il représente une "authentique force politique" et que la "Bosnie-Herzégovine ne peut être construite sans un des peuples".

Miroslav Lajcak continue ainsi de réaffirmer son credo, qui est aussi celui de tous les intervenants internationaux, qui est que rien ne peut être changé en BH sans le consentement de ses trois "peuples" constitutifs, ce consentement devant être obtenu dans le cadre des accords de Dayton, qui confèrent un droit de veto à une "entité", autrement dit un pouvoir de blocage de toute décision entraînant un réel changement du carcan qui empêche la BH d’exister comme un pays "normal". Le terme "pays normal" a été effectivement employé par le Président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Luis Maria de Puig, en visite à Sarajevo, qui a émis l’espoir que "la BH devienne un jour un pays normal, aux sens légal, institutionnel et économique", et rappelé que les changements constitutionnels étaient la clé de l’avenir du pays et de son intégration à l’Union européenne. Il a salué les accords de Prud [signés par les 3 partis nationalistes dominants] et ceux qui les ont suivi, remarquant toutefois qu’ils restaient à être appliqués. C’est en effet là que le bât blesse et que les vertus du compromis que veulent y voir leurs auteurs et les représentants internationaux, s’avèrent épuisées à peine apparues.

Alors que Sulejman Tihic, Président du SDA et cosignataire des accords de Prud et des suivants, assailli de critiques dans la Fédération,, développe son plan de réorganisation de la BH basée sur 4 unités territoriales multiethniques, l’ensemble des partis de la RS a adopté une plate-forme commune excluant tout changement touchant au territoire et aux compétences de l’entité serbe, ce qui renvoie la révision constitutionnelle aux calendes grecques, et avec elle toute possibilité de construction d’un Etat "normal" par accord entre partenaires bosniens.

Se retrouve ainsi le lancinant problème de la responsabilité de la "Communauté internationale" à l’égard de Bosnie-Herzégovine. Il est patent qu’à la suite des accords de Dayton, qu’elle a laissé interpréter par les dirigeants de la RS comme leur permettant d’instaurer un quasi-Etat, que Milorad Dodik a transformé en fief personnel, la Bosnie-Herzégovine ne peut se doter d’un système politico-institutionnel viable par ses propres moyens. Ce que la "Communauté internationale" a fait, seule la "Communauté internationale" peut le défaire. L’Union européenne revendique à juste titre la prééminence dans une affaire qui concerne au premier chef l’Europe, mais ce qu’on peut appeler sans fard la "démission" de Miroslav Lajcak et qui signe son échec, prouve que l’action des autorités de Bruxelles n’a pas été à la hauteur de leurs prétentions.

Le Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton (PIC), qui doit se réunir en mars, aura à désigner un successeur à Miroslav Lajcak, mais si elle se contente d’une nouvelle nomination sans poser les règles d’une nouvelle politique, qui sorte des errements et la routine des années écoulées et perdues, la Bosnie-Herzégovine continuera de s’enfoncer dans son trou sans fond. L’annonce de la très prochaine visite d’un groupe de huit parlementaires américains, dont de grosses pointures comme John Kerry, Joe Liberman et John Mc Cain, indique que les Etats-Unis sont peut-être sur le point de se réinvestir en Bosnie. Il faut espérer que l’Union européenne saura prendre conscience de l’enjeu.

Association Sarajevo

PS- La défense de Florence Hartmann a remporté un premier succès en faisant reporter son procès, prévu pour les 5 et 6 février, "jusqu’à nouvel ordre à la suite d’une requête demandant le dessaisissement de deux juges de la chambre de première instance ainsi que d’un juriste". La défense contestait l’impartialité de ces trois personnes. On peut toujours la signer la pétition de soutien à Florence Hartmann en allant sur le site : http://www.preserverlajusticeinternationale.org


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