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Restauration du régime Milosevic ?

lundi 15 août 2005


« Bosnia Report » (www.bosnia.org.uk) de mai-juin 2005 publie la traduction anglaise d’un article de Sonja Biserko paru précédemment dans « Helsinska povelja » de janvier-mars 2005, qui synthétise les vues du petit groupe des opposants de Serbie qui n’ont cessé de dénoncer et de combattre la politique de Belgrade qui a mené les pays de l’ex-Yougoslavie à la situation que l’on connaît. Après avoir donné son analyse des origines du conflit et dressé le bilan des destructions de tous ordres qui ont bouleversé la région, Sonja Biserko revient sur les circonstances de la chute de Milosevic et l’échec de la tentative de rupture avec le passé consommé par l’assassinat de Djindjic, pour montrer en quoi la majorité de la classe politique serbe reste prisonnière de l’orientation qui a conduit le pays, et plus encore ses voisins, à la ruine.

Dans la même livraison de « Bosnia Report », l’historienne Latinka Perovic soutient également qu’en ce qui concerne la question nationale serbe et les rapports de la Serbie avec ses voisins, le gouvernement de Kostunica poursuit la politique de Milosevic et que « nous [les Serbes] restons prisonniers du consensus réalisé sous Milosevic ».

Le sentiment que l’on assiste en Serbie à une restauration déguisée du régime de Milosevic est fréquemment exprimé dans des milieux plus larges que ceux de cette opposition radicale. Ceux qui pensent ainsi estiment que ce retour en arrière incombe aux « forces démocratiques »qui, après leur arrivée au pouvoir en octobre 2000, ne se sont pas attaqué aux appuis essentiels du pouvoir de Milosevic, sa police secrète, sa caste des nouveaux riches. Certains signes récents, tels que les facilités accordées à la famille de Milosevic, comme l’abandon des poursuites contre son fils Marko , le retrait de la demande de recherche de sa femme Mira Markovic par Interpol ou la restitution de sa villa de Dedinje, leur paraissent des indices probants de cette restauration.

Ivan Andric, de l’Alliance Civique de Serbie, déclare que le grand responsable de ce mouvement est Vojislav Kostunica, Premier Ministre du gouvernement de Serbie : « L’échelle des valeurs, la façon de penser, la manière de conduire l’Etat, les sujets que ce gouvernement désigne comme ses priorités, prouvent qu’il s’agit de la restauration systématique du régime de Slobodan Milosevic. Et ce que je considère comme le plus dramatique est l’attitude à l’égard des peuples et des citoyens qui ne sont pas serbes...Et l’on soutient que la faute de Milosevic n’était pas d’avoir mené les guerres,mais de les avoir perdues ».

Pour le Professeur de l’Université de Belgrade, Cedomir Cupic, « les uns pensent qu’il serait difficile et les autres, au contraire, facile d’arrêter le naufrage des valeurs en Serbie s’il y avait la volonté de mettre de l’ordre dans les institutions telles que les tribunaux, le ministère public, les services secrets. Mais le processus n’a pas eu lieu ». Selon lui, la grande faute des forces au pouvoir est de n’avoir pas adopté une loi sur la lustration : « Ceux qui ont évité la lustration se sont graduellement bien organisés et se sont infiltrés dans ce qu’on appelle les nouvelles forces démocratiques et nous en avons les résultats ».

Ces jugements pessimistes peuvent sembler en contradiction avec les déclarations et certains actes des autorités gouvernementales serbes, par exemple en matière de coopération avec le TPI, de nombreuses arrestations et transferts à La Haye ayant été opérés ces derniers mois. Mais ce changement sensible de comportement apparaît plus comme le prix à payer pour des avantages à venir de la part de l’Union européenne, que comme une révision politique fondamentale. En témoigne l’attitude dominante des cercles politiques et médiatiques à l’égard des crimes de guerre commis par des militaires ou para-militaires serbes, que l’on n’admet de reconnaître que dans le cadre des atrocités commises, à égalité, par tous, sans mettre en cause la responsabilité particulière des autorités de Belgrade dans le déclenchement et le déroulement du conflit. Sur ce dernier point, les positions du Président de Serbie, Boris Tadic, ne diffèrent guère de celles du Premier ministre Vojislav Kostunica, du Parti radical de Seselj et du Parti socialiste de Milosevic.

Sonja Biserko considère que les diplomaties occidentales, et d’abord la diplomatie européenne, se laissent abuser par la rhétorique pro-européenne des dirigeants serbes. Latinka Perovic estime qu’avec la disparition de Djindjic, c’est la ligne anti-européenne qui l’a emporté en Serbie et avec elle, le maintien de la tradition centraliste et pan-serbe de la politique de Belgrade : « Tandis que Djindjic essayait difficilement de résoudre les problèmes internationaux en litige pour que la Serbie puisse se consacrer à son développement propre, le gouvernement actuel préfère garder tous ces problèmes en l’état, afin précisément d’éviter toute réforme intérieure »

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