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L’exemption des visas pour les Bosniens est en vue

vendredi 28 mai 2010


La Commission européenne a adopté le 27 mai le projet visant à permettre aux citoyens d’Albanie et de Bosnie-Herzégovine d’entrer sans visa dans l’espace Schengen. Il reste toutefois à ces deux pays des conditions à remplir avant que le Parlement et le Conseil européens approuvent ce projet, à l’automne. Pour la BH, ces conditions concernent les mesures à prendre pour renforcer la lutte contre le crime organisé et la corruption, l’échange de données informatiques entre la police et les procureurs, l’harmonisation des codes pénaux des entités et de l’Etat central.

Pour les Bosniens, exclus en décembre 2009 de l’exemption des visas accordée à leurs voisins de la région, cette annonce peut être considérée comme une réparation et une heureuse entrée en matière de la conférence internationale qui doit se tenir à Sarajevo, le 2 juin, sur le thème du rapprochement des Balkans occidentaux de l’Union européenne.

L’approbation unanime de cette annonce en BH n’a pourtant en rien réduit les tensions et les conflits qui sont le lot habituel de la société et de la politique bosniennes. La division du pays et de ses dirigeants est apparue encore plus visible au niveau international à l’occasion de la présentation du rapport du Haut-Représentant au Conseil de sécurité et du débat qui s’en est suivi. Les représentants de la RS, très remontés contre Valentin Inzko, l’accusent de noircir la situation, de les accuser injustement et de s’aligner sur les positions des partis de la Fédération (voir son rapport sur le site : www.association-sarajevo.org). Ils s’en prennent parallèlement au Président actuel de la Présidence collégiale Haris Silajdzic. Celui-ci a, dans son exposé devant le Conseil de sécurité, développé son discours sur le caractère insoutenable de la situation en BH et particulièrement insisté sur la nécessité d’abolir ou de restreindre le droit de veto des entités et d’appliquer réellement l’annexe 7 des accords de Dayton, qui prévoit le retour dans leurs foyers des personnes déplacées. Le gouvernement de la RS avait envoyé au Conseil de Sécurité, qui ne l’a pas pris en compte, son propre avis sur l’état de la BH et le membre serbe de la Présidence, Nebojsa Radmanovic, a estimé qu’Haris Silajdzic n’avait pas été habilité à s’exprimer au nom de la BH. La direction de la RS n’a reçu au Conseil de sécurité qu’un seul soutien actif, celui de la Russie.

Le Président de la Serbie, Boris Tadic, est venu à Banja Luka le 21 mai pour s’entretenir avec les principaux dirigeants de la RS. Boris Tadic a dû expliquer à ses interlocuteurs que son choix de se rapprocher de l’UE l’obligeait à certains gestes très contestés en RS, tels que la résolution du parlement de Serbie sur Srebrenica ou sa réunion avec Haris Silajdzic à Istanbul, avec l’invitation subséquente de le rencontrer à Belgrade. Cette visite, qui devait intervenir le 25, a été reportée en raison, dit-on du côté du ministère des affaires étrangères bosnien, d’un problème de liaison aérienne, plus vraisemblablement de l’interdiction opposée à la demande de Silajdzic de s’entretenir avec Ilija Jurisic dans sa prison serbe, contrairement à ce qui aurait été entendu à Istanbul. Ilija Jurisic, ancien officier de police de Tuzla, a été condamné par la justice serbe à 12 ans de prison pour crimes de guerre commis à Tuzla en mai 1992, jugement et condamnation dénoncés comme illégaux par l’opinion et les partis de la Fédération. Des discussions sont en cours pour régler ce différend et fixer une nouvelle date pour la visite de Silajdzic à Belgrade, qui demeure prévue et serait ainsi la première de celui-ci depuis 1992.

L’heure est en tout cas à l’apaisement des relations entre dirigeants de la BH (exception faite de ceux de la RS), de la Croatie et de la Serbie, comme en témoignent les nombreux contacts qu’ils ont eus dernièrement ou vont avoir, comme le 29 mai à Sarajevo, lors de la 10° réunion de l’Initiative Igman qui rassemble de très nombreuses ONG de la région. La récente conclusion d’un accord militaire entre la Croatie et la Serbie, ainsi que la nouvelle visite annoncée du Président croate Josipovic en BH, cette fois y compris en RS, sont d’autres signes de cette évolution. Cet adoucissement du climat, qui doit beaucoup aux attentes de l’Union européenne et des Etats-Unis, est de bon augure à la veille de la tenue de la conférence de Sarajevo du 2 juin, mais il ne suffira pas, en lui-même, à apporter les solutions de fond aux deux problèmes qui obèrent l’avenir de la région, celui des relations entre le Kosovo et la Serbie et celui de l’établissement en Bosnie-Herzégovine d’un système institutionnel et politique viable. Pour ce qui concerne la BH, on entend beaucoup parler ces temps ci d’une nouvelle stratégie européenne pour sortit le pays de sa crise permanente, mais aucune esquisse n’en est encore dessinée, si ce n’est qu’on compte sur la Croatie et la Serbie pour influencer leurs amis bosniens respectifs dans le sens de la "modération" et sur les électeurs, convoqués début octobre, pour envoyer au pouvoir à Sarajevo de nouvelles équipes disposées à débloquer la situation. Sur ce dernier point, l’alliance conclue entre le SNSD serbe de Milorad Dodik et le HDZ-BiH croate de Dragan Covic paraît s’étendre, comme on pouvait le prévoir, au nouveau parti bosniaque SBB BiH (Alliance pour un meilleur avenir de la BH) de Fahrudin Radoncic, ce qui indique que la connivence des nationalismes opposés continue de peser sur la Bosnie-Herzégovine et que c’est contre eux que doit s’exercer l’action conjointe de l’Union européenne et des forces internes de renouveau.

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