Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > La BH et la Fédération toujours sans gouvernements

La BH et la Fédération toujours sans gouvernements

vendredi 9 février 2007


La formation du Conseil des ministres de BH qui sera dirigé par Nikola Spiric, membre du SNSD de Milorad Dodik, continue de se heurter à des difficultés quant au choix des personnes, la dernière étant la contestation de la nomination comme ministre de la Défense du candidat proposé par le SDA, et à la répartition des portefeuilles entre les deux branches séparées du HDZ.

Celle du gouvernement de la Fédération est encore moins avancée du fait du retard qui a été pris dans la constitution des exécutifs des 10 cantons, où les marchandages pour les nombreux postes à pourvoir ont fait naître des coalitions diverses, qui révèlent l’extrême fragmentation de la représentation politique de l’entité, entre les partis et au sein de chacun d’eux. Ces divisions affectent aussi bien les camps nationalistes que le seul parti d’opposition, le SPD, traversé par une profonde crise de leadership, mais aussi d’identité. Il est vrai que l’état de stagnation, voire de régression, que connaît la BH, décourage l’émergence de forces nouvelles capables d’offrir de réelles perspectives de sortie du gouffre. Le sentiment que la voie européenne est fermée pour longtemps compte sans doute pour beaucoup dans cet état d’esprit.

La RS se trouve à cet égard dans une situation différente. Milorad Dodik a réussi, par son positionnement de défenseur intransigeant de la serbité , à définir un objectif clair : maintenir l’entité dans les prérogatives qu’elle a acquises, résister à toutes les demandes qui lui sont faites de les réduire. Il a ainsi notamment obtenu la préservation, dans le projet de réforme constitutionnelle élaboré sous pression américaine , du vote par entité au Parlement ; il continue, jusqu’ici avec succès, de ne rien céder sur la réforme de la police. Il prétend aussi afficher de bons résultats économiques grâce aux affaires qu’ils conclut avec la Serbie et la Russie.

On souligne à Sarajevo qu’il a pu s’assurer cette position avantageuse avant tout grâce à la latitude de langage et d’action que lui ont accordée les autorités internationales, la gestion de Christian Schwarz-Schilling étant particulièrement visée, tant celui-ci a "dormi" pendant l’année qu’il a passée dans son bureau de Haut-Représentant. Il est annoncé à se sujet la parution prochaine d’un rapport incisif de l’ICG (International Crisis Group). C’est en effet en toute tranquillité que Milorad Dodik a pu exercer son chantage à la sécession de la RS et qu’il continue de mener l’Union européenne en bateau sur la question de la réforme de la police.

C’est pourquoi la réunion du PIC (Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton) des 26 et 27 février revêt une grande importance car elle aura à nommer un nouveau Haut-Représentant et , il faut l’espérer, à lui donner des directives rigoureuses. La prorogation de la fonction de Haut-Représentant, sans doute redéfinie et distinguée de celle du représentant de l’Union européenne, ne fait guère de doute, encore que la RS et son allié russe manifestent leur préférence pour un retrait de la présence internationale de BH, auquel sont hostiles, cette fois d’accord, toutes le forces politiques de la Fédération.

La posture de résistance de Dodik cadre entièrement avec celle adoptée par les dirigeants de Belgrade sur la question du Kosovo. L’un et les autres jouent à mettre en garde la "Communauté internationale" sur les dangers qui pèseraient sur la paix en Europe et même, à les en croire, dans le monde, si l’on touchait aux droits imprescriptibles des Serbes sur les territoires qu’ils ont conquis (la RS) ou inscrits comme serbes dans leur constitution (le Kosovo). Pour l’anecdote, signalons sur ce pont que le ministre des Affaires étrangères de Slovaquie, Jan Kubis, aurait déclaré, d’après des membre de la Commission des Affaires étrangères du Parlement de ce pays, que selon son collègue Vuk Draskovic, la participation au référendum constitutionnel serbe n’avait pas atteint les 50 % nécessaires à l’adoption du projet. Vuk Draskovic a évidemment démenti ces propos.

La tournure que prendra dans les prochains jours et semaines le débat sur la détermination du nouveau statut du Kosovo indiquera le degré de la fermeté que la "Communauté internationale" manifestera face aux dirigeants serbes, de Belgrade et de Banja Luka, qui se refusent à voir l’évidence de la situation créée par la défaite de l’aventure meurtrière du régime de Milosevic. Que le Kosovo sorte juridiquement de la sphère de souveraineté serbe, comme il en est sorti dans la réalité, paraît acquis. Il reste à savoir si la diplomatie internationale voudra tenter d’amadouer les dirigeants de Belgrade, en leur permettant de garder Mladic, ou en garantissant la pérennité de la RS comme un quasi-Etat voire en la rattachant à la Serbie, ou encore en imaginant quelques autres "compensations". Ce serait alors renverser la célèbre maxime du grand inspirateur de la politique nationaliste serbe, Dobrica Cosic " la Serbie a toujours perdu dans la paix ce qu’elle a gagné dans les guerres", pour en faire :"la Serbie a (partiellement) gagné dans la paix ce qu’elle a perdu dans les guerres". Mais ce demi-succès posthume de Milosevic n’assurerait en aucune façon la paix dans la région, non seulement parce qu’il frustrerait les peuples dans leur besoin de justice, mais parce qu’en réduisant la BH à l’état de moignon, il perpétuerait les risques de tensions et de conflits permanents.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP