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La difficile réforme de la police

dimanche 29 mai 2005


Les derniers jours du mois de mai devraient apporter des éclaircissements sur la position des dirigeants de la Republika Srpska quant à la réforme de la police exigée par les autorités de Bruxelles, comme préalable à l’ouverture des discussions en vue de la conclusion d’un accord de stabilisation et d’association, puis aux négociations en vue de l’adhésion de la Bosnie-Herzégovine à l’Union Européenne. La question du découpage des circonscriptions territoriales de la police constitue la pierre d’achoppement de la réforme, car les partis au pouvoir à Banja Luka sont farouchement opposés à ce qu’elle transgressent les limites des entités, ce qui, selon eux, mettrait en cause, l’intégrité et les pouvoirs de la Republika Srpska, en violation des accords de Dayton tels qu’ils les conçoivent. C’est pour la même raison qu’ils rejettent aussi la centralisation, au niveau de l’Etat, du budget et de la gestion des services de police. Poser le problème en ces termes ne manque pas de pertinence car c’est toucher là le point cardinal de l’interprétation de ces accords, à savoir la question de la nature de la ligne de démarcation des entités, frontière étatique pour les nationalistes serbes, limite administrative pour les autres parties. Il semble que les intervenants internationaux aient clairement opté pour cette dernière interprétation, conforme à la lettre des accords de 1995 et réaffirmée dans l’interview du Haut-Représentant Paddy Ashdown à « Dnevni Avaz » du 23 mai, dans laquelle il déclare : « Il est grand temps et très important pour la RS de comprendre qu’elle est une entité et non un Etat ».

Les nombreux critiques bosniens de l’action que Paddy Ashdown a menée depuis qu’il est entré en fonction, il y a trois ans, lui reprochent en fait d’avoir beaucoup trop tardé à reconnaître qu’il était illusoire de fonder quelque espoir que ce soit sur une coopération volontaire des partis nationalistes dominants, non seulement ceux de RS, mais aussi les autres, pour entreprendre et achever les réformes nécessaires à la construction d’un véritable Etat de B.-H. Du côté de l’opposition dite « civique », on rappelle que le Haut-Représentant a longtemps manifesté sa confiance à ces partis, pour ensuite prendre contre certains de leurs membres des mesures individuelles de révocation, jugées arbitraires, intempestives et sans effet. A l’occasion du troisième anniversaire de sa prise de fonction, dressant un tableau comparatif de l’action des différents Hauts-Représentants qui se sont succédé, « Oslobodjenje » établit un bilan des trois années écoulées, peu flatteur pour l’actuel titulaire du poste. Le quotidien présente la période comme caractérisée par l’accumulation des problèmes, notamment ceux de l’emploi, des visas et, plus globalement, par l’atmosphère de découragement qui règne dans le pays.

Les critiques sont aussi vives de la part des secteurs les plus nationalistes des deux entités qui, à l’arrogance généralement attribuée à l’envoyé britannique, y ajoutent sa partialité supposée à l’encontre de ceux qui ont été victimes de ses sanctions et le soupçon, en RS,de vouloir détruire l’entité serbe.

Paddy Ashdown prétend au contraire avoir fait aboutir une série de réformes qui ont mené la Bosnie-Herzégovine sur la voie de la souveraineté et de l’entrée dans l’Union européenne. Le reste du chemin à accomplir relèverait, selon lui, de la volonté des autorités locales. Il désigne comme principales questions à régler celles la défense, de la police et de la coopération avec le TPI afin arrêter les plus grands criminels de guerre, Karadzic et Mladic. Il annonce que, ces réformes faites, son successeur nommé en novembre prochain verrait son champ d’intervention, en tant que représentant de l’Union européenne, réduit d’autant. Un plan de transfert d’un certain nombre d’actuelles prérogatives du Haut-Représentant aux autorités bosniennes devrait être très prochainement dévoilé.

Les échéances internationales liées à l’intégration européenne et à la participation au Partenariat pour la paix obligent en tout cas les forces politiques de Bosnie-Herzégovine à sortir de leur immobilisme et à se déterminer de manière nouvelle sur des questions clés pour l’avenir de leur pays. C’est particulièrement le cas des formations qui se partagent actuellement le pouvoir dans les deux entités et à l’échelon de l’Etat, bénéficiant de ses avantages sans en endosser les responsabilités.

La révision de certaines positions s’avère particulièrement ardue en Republika Srpska où, en liaison avec les tendances encore dominantes en Serbie, il est toujours plus que difficile de jeter un regard lucide sur le passé. La tenue à la Faculté de droit de Belgrade, le 17 mai, d’un colloque organisé par l’association étudiante « Nomakanon » sur le thème de « La vérité sur Srebrenica », qui a conclu qu’il ne s’était agi, en juillet 1995 que de la mort au combat de 2500 militaires musulmans, est le dernier témoignage en date de ce déni persistant de la vérité des faits, qui a cours des deux côtés de la Drina.

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