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Avant les élections locales en Bosnie-Herzégovine

mercredi 29 septembre 2004


Les directeurs politiques du Conseil de mise en œuvre des accords de Dayton (PIC), se sont réunis à Sarajevo les 23 et 24 septembre sous la présidence du Haut-Représentant Paddy Ashdown. Ils ont écouté l’exposé du Premier Ministre Adnan Terzic sur l’avancement des réformes engagées en Bosnie-Herzégovine, avalisé l’action du Haut-Représentant et donné leurs avis sur les résultats obtenus et la voie à suivre.

Considérant les réformes nécessaires à l’ouverture des discussions en vue de l’adhésion à l’Union européenne, qui font l’objet des 16 points de l’étude de faisabilité approuvée par Bruxelles, le communiqué publié à l’issue de la rencontre, ( voir http://www.ohr.int/pic ) insiste sur le fait qu’il ne suffira de les voter, mais qu’il faudra pleinement les appliquer.

Après avoir noté avec satisfaction que selon l’UNHCR, plus d’un million de réfugiés et de personnes déplacées étaient rentrés dans leurs foyers le Conseil a voulu créditer les autorités de B.-H. de ce qu’elle considère comme un succès, tout en les incitant à poursuivre leurs efforts et à veiller à ce que ces retours soient sûrs. (Voir le communiqué de l’UNHCR publié sur notre site le 24-9-2004, avec nos remarques sur le caractère partiellement trompeur des chiffres annoncés)

Mais il apparaît que ce serait le seul point positif que le PIC ait trouvé à inscrire à l’actif des autorités bosniennes. Que ce soit au chapitre du fonctionnement des institutions, de l’instauration d’un Etat de droit, de la réforme des systèmes de défense et de sécurité, de l’économie, de la fiscalité, il n’est question que de retards et de blocages.

En tête des accusations et expressément visée en l’occurrence, la Republika Srpska est montrée du doigt en raison de son manque de coopération avec le TPI. Il lui est rappelé que la Commission sur Srebrenica dont la création lui a été imposée, doit remettre son rapport le 15 octobre.

Le Conseil a approuvé les objectifs à court terme du Haut-Représentant, qui portent sur la réforme du système de défense, de police et de sécurité, le renforcement des institutions du pays, la mise en place de la TVA et l’application des décisions de la Cour constitutionnelle sur l’égalité des peuples constituants de la B.-H.

Cette réunion s’est tenue à quelques jours des élections municipales du 2 octobre, dans une floraison de déclarations en tous sens de personnalités bosniennes et étrangères, qui portent toutes sur l’avenir du système de Dayton. Dans ce concert, chacun joue sa partie.

Il semble que les intervenants extérieurs aient fini par admettre que la construction de Dayton arrivait à son terme et que de profonds changements constitutionnels s’avéraient nécessaires. C’est l’avis des observateurs professionnels, des parlementaires européens et des personnalités politiques étrangères qui s’intéressent à la question ( parmi lesquels on ne remarque toujours pas les Français), les derniers en date étant ceux d’une délégation de l’OTAN en visite à Sarajevo. Paddy Ashdown vient de se prononcer dans le même sens, de même que le Président de Croatie Stipe Mesic lors d’une entrevue avec le Président de la présidence de Bosnie SulejmanTihic.

Les dirigeants de la R.S., dans le collimateur du Haut-Représentant et des autorités internationales, surtout depuis le sommet de l’OTAN du mois de juin à Istanbul, se sentent les premiers menacés et réagissent violemment, car c’est leur entité, en tant que telle, qui est la première visée. Ils multiplient les déclarations selon lesquelles la Bosnie-Herzégovine ne saurait se concevoir sans l’existence de la Republika Srpska telle qu’elle est. C’est ce que vient de réaffirmer le Président de l’entité Dragan Cavic, à son récent retour de Belgrade où il a rencontré le Président serbe Boris Tadic et le Premier Ministre Vojislav Kostunica qui lui ont exprimé leur appui. Si le Président récuse la revendication du leader radical ultra-nationaliste Nikolic de rattacher la RS à la Serbie, son argumentation laisse entendre qu’elle deviendrait légitime si l’on mettait en cause le statut actuel de la RS, surtout dans la perspective d’une indépendance possible du Kosovo.

Les dirigeants nationalistes bosniaques et croates de Bosnie sont dans une position apparemment plus confortable puisqu’ils disent partager la conviction commune et évidente selon laquelle l’actuelle organisation/désorganisation institutionnelle du pays rend celui-ci ingouvernable et qu’ils proclament haut et fort leur volonté de changement. Mais tandis que le HDZ prêche pour une division tripartite de la B.-H., qui n’arrangerait rien, le SDA sait qu’il risquerait de perdre le pouvoir, ou plutôt ses prébendes, dans un pays réunifié, alors qu’il les conserve actuellement grâce à son alliance avec ses deux compères soi-disant ennemis.

Derrière la confusion institutionnelle se cache la connivence des trois groupes nationalistes qui tirent leurs avantages de l’inexistence de l’Etat, ce que vient d’exprimer d’une manière peu diplomatique l’ambassadeur britannique à Sarajevo en disant qu’il sera difficile à la Bosnie-Herzégovine d’adhérer à l’Union Européenne avec trois partis nationalistes au pouvoir. Cette étrange coalition ne peut, par définition, mettre en œuvre la politique de réforme cohérente nécessaire à cette intégration, ou tout simplement à la survie du pays. Elle ne pourra être défaite que dans le cadre d’une nouvelle distribution territoriale des compétences et des pouvoirs, dans le respect des droits individuels et collectifs des citoyens et des peuples qui constituent la Bosnie-Herzégovine.

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