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La Bosnie-Herzégovine,les Etats-Unis et la Cour Pénale Internationale (3)

Nouveau point de vue sur un sujet controversé

mardi 3 juin 2003


Borislav Paravac, président de la Présidence de l’Etat de Bosnie-Herzégovine, a déclaré devant le Conseil des ministres et le Parlement de la B-H qu’il lui semblait peu probable que la Bosnie-Herzégovine puisse rejoindre l’UE en 2009. Il s’agit là d’un petit politicien de campagne dont la plus grande performance a été de diriger la municipalité de Doboj, où il s’est rendu "célèbre" pour avoir supervisé l’exécution et l’expulsion de la ville des Bosniaques et des Croates. Il se retrouve maintenant dans les hautes sphères de la politique et y occupe un poste stratégique. Avec des gens tels que lui au pouvoir, non seulement nous ne nous rapprocherons pas de l’UE, mais nous nous rapprocherons peu à peu de l’enfer.

Au cours d’un colloque consacré à l’insertion de la B-H au courants intégratifs européens, il y a eu des discussions orageuses entre les politiciens locaux et les représentants du Conseil de l’Europe et de la Mission de la paix. Ce Conseil exige que les politiciens bosniens prennent en main le destin de leur pays et respectent les principaux standards européens. Alors qu’au même moment, à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le chef de la délégation bosnienne qualifiait la présence internationale dans son pays de protectorat et exigeait que l’on en fixe la durée. Mais la première condition à l’abolition du protectorat international est l’existence d’une force politique intérieure critique et démocratique, ainsi que d’un pouvoir compétent, créatif et responsable. Ce ne sont malheureusement pas là les caractéristiques des partis nationalistes au pouvoir (SDA, SDS et HDZ). Tout l’illogisme de la revendication du chef de la délégation bosnienne ressort de la signature d’un accord exemptant les citoyens américains de la compétence de la Cour Pénale Internationale.

Les autorités de la Bosnie-Herzégovine ont prétendu avoir rempli huit des neuf conditions imposées par la Commission européenne, mais elles ont omis de remplir la plus importante d’entre elles, puisqu’elles ont accepté de garantir l’immunité en Bosnie, non seulement des militaires et du personnel diplomatique américain, mais aussi de tout citoyen américain se trouvant par hasard sur ce territoire. Les Etats-Unis affirment n’avoir exercé aucune pression, ce qui est une contrevérité. L’ambassadeur américain Clifford Bond a lui-même usé de la tactique "du bâton et de la carotte" et déclaré que l’aide américaine cesserait si cet accord n’était pas signé, mais que dans le cas contraire le programme des 73 millions de dollars serait repris dès le 1er juillet. Refuser de signer cet accord aurait certainement eu aussi de sérieuses répercussions sur les relations entre Washington et la B-H, tant sur le plan militaire que politique.

Le SDA et le parti pour la B-H (SB-H) ont salué la signature de cet accord, de même que les membres de la majorité parlementaire de la RS, et aussi le HDZ. Les seules critiques sont venues du côté du SDU (Union social- démocratique), qui revendique l’égalité de tous les pays et de tous les citoyens devant la justice internationale. Aussi le Parlement de la B.-H. n’aura sans doute aucun mal à faire parapher cet accord. La coalition gouvernementale, dominée par les SDA, SDS et HDZ, compte s’attirer ainsi la faveur des Américains, qui ne sont guère bien disposés à leur égard, particulièrement dans le cas du SDS. Pourquoi contestons-nous cet accord ? Tout d’abord, l’Etat de B-H, en raison de sa propre tragédie et des procès actuellement en cours au T.P.I. et à la CI.J.de La Haye, devrait se faire le garant de l’égalité de tous devant la loi internationale. Deuxièmement, la B-H est l’un des membres fondateurs de la Cour Pénale Intrenationale. Troisièmement, la B-H aimerait rejoindre l’UE le plus vite possible mais n’a pas rempli l’une des conditions qui lui avait été imposée, l’une des plus importantes. Bien que personne à Bruxelles n’ait menacé, ce n’est pas une chose qui sera oubliée. Quatrièmement, la B-H s’est déjà vue compromise au moment de l’extradition illégale du "Groupe algérien" vers les Etats-Unis. Cinquièmement, les Américains ont violé les conventions internationales en envahissant l’Irak, alors que la B-H était censée soutenir la thèse des Nations-Unies.

L’Accord permettant à tous les Américains se trouvant sur le sol de la B.H. d’échapper à la justice internationale est une nouvelle preuve de l’omnipotence et de l’arrogance américaine, du manque de ténacité et de l’inconsistance de l’Europe et de l’infériorité de la B-H en tant qu’Etat. Les politiciens bosniens se plaignent d’être soumis à un protectorat, tout en signant un accord avec les Etats-Unis

(Zija D. Oslobodjenje, Sarajevo - 27.05.2003)


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