Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > Cérémonie et discussions d’anniversaire à Washington

Cérémonie et discussions d’anniversaire à Washington

mardi 22 novembre 2005


Les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis à Bruxelles le 21 novembre, ont comme on l’attendait, donné leur feu vert à l’ouverture des discussions avec la Bosnie-Herzégovine pour la conclusion de l’Accord de stabilisation et d’association préalable nécessaire aux négociations d’adhésion à l’organisation européenne, dans un processus appelé à durer un nombre d’années indéterminé.

Cette décision, prise symboliquement le jour du dixième anniversaire de l’accord de Dayton, est intervenue la veille des cérémonies marquant cet événement à Washington, dont le point fort devait être la continuation du débat instauré au sein de l’importante délégation bosnienne dirigée par le président de la présidence tripartite de l’Etat, Ivo Miro Jovic, en vue de la réforme, de la révision ou de la refondation de la Constitution de Bosnie-Herzégovine, celle-là même imposée il y a dix ans par les puissances internationales. Elle le fut sous la pression directe des Etats-Unis, mais on l’oublie souvent, sur un modèle proposé par les Européens et notamment par les gouvernements successifs de la France de l’époque. On ne manquera pas de remarquer qu’une fois de plus, c’est outre-atlantique que les choses se passent, chacun étant libre d’interpréter ce fait comme le résultat de l’hégémonie américaine, de la carence européenne ou des deux.

Quoi qu’il en soit, il faut noter que le constat de l’impossibilité de fonctionnement des institutions de Dayton est maintenant reconnu par tous, à la seule exception, évidemment capitale, des dirigeants serbes de RS et de Serbie, qui n’envisagent que des rectifications marginales à un système qui, tant au plan des principes qu’à celui de l’efficacité, est insoutenable.

Dans des circonstances heureusement plus paisibles, mais toujours aussi complexes qu’en 1995, la question est de savoir si l’on trouvera des solutions durables parce que cohérentes et respectueuses des normes juridiques européennes ou si, une nouvelle fois, on se contentera de juxtaposer des revendications contradictoires pour ménager des intérêts opposés afin de préserver un certain équilibre régional. Autrement dit, au moment où, qu’elle le veuille ou non, la Serbie devra enregistrer ce qu’elle sait inéluctable mais qu’elle ne veut pas admettre, à savoir la « perte » du Kosovo, peut-on lui infliger un deuxième camouflet en dépouillant la « Republika Srpska », seul « gain » subsistant de la guerre de « purification ethnique » de Milosevic et consorts, de son pouvoir de nuisance sur la Bosnie-Herzégovine ? Autre façon encore de poser le problème, la réalité multinationale de la Bosnie-Herzégovine, que presque personne ne nie, ne doit elle pas s’exprimer autrement que par des assignations territoriales qui, sans compter leur effet paralysant, privent des citoyens de leurs droits civiques, y compris précisément de leurs droits nationaux.

L’évolution récente d’une fraction importante de l’opinion croate de BH, qui a pris position contre la création d’une troisième entité et vient de recevoir l’appui renouvelé du président de Croatie Mesic, est de nature à faciliter la formulation de propositions pour rétablir l’unité du pays en préservant son pluralisme constitutif. Il est cependant douteux que les « puissances » internationales aient un souci suffisant de l’avenir des Balkans pour se permettre de soutenir des solutions exigeant une telle audace de penser et d’agir. On en saura plus à la clôture des cérémonies et des discussions de Washington.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP