Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > La "Communauté internationale" et la Bosnie-Herzégovine

La "Communauté internationale" et la Bosnie-Herzégovine

vendredi 20 novembre 2009


Aucune idée, initiative ou décision nouvelle n’est sortie de la réunion du PIC (Conférence de mise en oeuvre de la paix) qui s’est tenue les 18 et 19 novembre à Sarajevo. Cet aréopage comprend les représentants de 55 Etats et organisations internationales. Les échanges de vues entre les directeurs politiques du PIC ont été précédés par l’exposé des points de vue du Président en exercice du Conseil des ministres de BH, Nikola Spiric et des représentants des sept partis politiques qui ont accepté de participer au cycle de discussions de Butmir.

Au-delà des propos habituels sur les progrès réalisés, mais insuffisants, et sur le soutien de l’action du Haut-Représentant et de son équipe, en butte aux attaques des dirigeants de la RS et aussi de ceux de la Communauté islamique, le résultat le plus clair de la réunion a été le maintien du Bureau du Haut-Représentant, les objectifs et les conditions fixées pour son abolition n’ayant pas été remplis. Le communiqué publié par le PIC (en anglais) est consultable sur le site du Haut-Représentant : www.ohr.int/pic

Beaucoup plus parlant est le rapport que vient d’adresser au Conseil de Sécurité le Haut-Représentant Valentin Inzko qui donne sa vision de la situation et des problèmes de la Bosnie-Herzégovine, en ne cachant pas que la responsabilité principale du blocage des institutions bosniennes revient aux dirigeants de la RS. La tonalité de ce rapport, qui sera discuté le 23 novembre, est très différente de celle des discours lénifiants du duo Solana-Bildt. On trouvera ci-après sa présentation par le service de presse des Nations-Unies.

Dans une résolution (1895) adoptée le 18 novembre, le Conseil de sécurité a pris acte du rapport de Valentin Inzko pour prodiguer ses bons conseils aux dirigeants bosniens et proroger d’un an le mandat de l’EUFOR et de l’OTAN. en Bosnie-Herzégovine.

Ces prises de position de la mal nommée "Communauté internationale", si elles prouvent l’évidence de la gravité de la situation, montrent en même temps l’absence totale de proposition de solution à la crise, si ce n’est l’appel à la bonne volonté des parties, qui se heurte aux refus et rebuffades de la part des dirigeants de la RS, assurés de la bienveillance appuyée ou résignée des responsables internationaux. La principale "carotte" offerte aux dirigeants bosniens est celle de l’adhésion de la BH à l’UE après que les réformes qui leur sont demandées auront permis la suppression de la tutelle internationale sur leur pays. Mais comme le soulignent nombre d’observateurs, beaucoup de ces dirigeants n’ont aucun intérêt à cette adhésion qui signifierait l’instauration en Bosnie-Herzégovine d’un Etat de droit, fonctionnant selon des règles démocratiques normales, sans champs clos réservés. L’éditorialiste d’ "Oslobodjenje", Zija Dizdarevic, note que Milorad Dodik, qui mène en paroles l’assaut contre le Haut-Représentant, voit en lui un atout inestimable comme preuve de l’impotence du système politique bosnien, impotence qu’il perpétue en refusant toute réforme significative, notamment celle du pouvoir de veto des entités.

Considérée comme un sujet d’importance mineure dans le grand jeu de la politique mondiale, la Bosnie-Herzégovine ne représente pour les grandes puissances du moment qu’un élément secondaire de leurs relations. A moins d’amnésie, ce ne devrait pas être le cas de l’Union européenne, mais tout indique que Bruxelles et les capitales européennes n’ont encore tiré aucune leçon du passé des Balkans. Il n’est peut-être pas trop tard et si les récentes nominations aux nouveaux postes de direction créés par le traité de Lisbonne ne suscitent pas l’enthousiasme, faut-il renoncer à espérer une nouvelle orientation de l’Union dans son approche des pays de l’ex-Yougoslavie, et notamment de la Bosnie-Herzégovine ?

Association Sarajevo

RAPPORT DU HAUT-REPRESENTANT AU CONSEIL DE SECURITE ( présenté par le Service de presse de l’ONU)

*Trente-sixième rapport du Haut-Représentant pour la Bosnie-Herzégovine (S/2009/588 )*

Dans ce rapport couvrant la période du 1° mai au 31 octobre 2009, le Haut-Représentant en Bosnie-Herzégovine, M. Valentin Inzko, écrit que le pays « n’a pas beaucoup avancé » dans les réformes qu’il doit entreprendre et fait état des « attaques dont continuent de faire l’objet les compétences, les lois et les institutions de l’État, lancées essentiellement par le Gouvernement de la Republika Srpska, ainsi que les mises au défi dont le Haut-Représentant et le Comité directeur du Conseil de mise en œuvre de la paix sont la cible ».

Le Haut-Représentant explique que le rapport exprime sa conception de l’accomplissement du mandat qui a lui été confié dans les domaines les plus importants, notamment celui de la transition du Bureau du Haut-Représentant à celui du Représentant spécial de l’Union européenne et des conditions que doivent remplir, à cette fin, les autorités de Bosnie-Herzégovine. Il rappelle que sa responsabilité première « est de faire exécuter l’Accord de paix de Dayton » et « regrette » qu’une bonne partie de ses efforts ait été absorbée par des « incidents regrettables », en particulier les nombreuses attaques lancées contre les institutions de l’État dans un « contexte de propagande agressive ».

M. Inzko dénonce ainsi « un discours nationaliste, anti-Dayton, qui s’en prend à la souveraineté et à l’ordre constitutionnel de la Bosnie-Herzégovine ». Il cite en particulier une décision prise le 14 mai par l’Assemblée nationale de la Republika Srpska qui remettait en cause le partage de nombreuses compétences avec l’État fédéral, et qu’il a dû annuler le 20 juin en utilisant ses pouvoirs, ainsi que la tentative de la Republika Srpska pour démanteler l’entreprise nationale Elekroprijenos.

Le Haut-Représentant constate, par ailleurs, que « les efforts des trois dirigeants politiques désireux d’entamer un processus de dialogue et d’accommodement –le « processus de Prud »- sont en train de s’épuiser ». Il indique qu’il « appuie totalement » le « Processus de Butmir », série d’entretiens politiques de haut niveau lancés début octobre par l’Union européenne et les États-Unis, tout en observant que ces pourparlers « n’avaient encore abouti à rien de concret à la fin de la période » considérée. Il rappelle en outre que « c’est de façon générale que les progrès ont été limités », à quelques tardives exceptions près, comme la libéralisation du régime des visas.

M. Inzko ajoute qu’au regard des conditions et objectifs fixés par le Comité directeur du Conseil de mise en œuvre de la paix pour que le Bureau du Haut-Représentant devienne le Bureau du Représentant spécial de l’Union européenne, « les progrès ont été très restreints ». C’est pour accélérer la réalisation d’un des objectifs encore non atteints, explique-t-il, qu’il a signé, le 11 septembre dernier, une décision par laquelle son Bureau s’engageait à procéder à l’inventaire des biens publics qui doivent être répartis entre l’État et les autres niveaux de gouvernement. Mais il ajoute que le refus de la Republika Srpska de collaborer a porté un coup d’arrêt au processus. « Plus grave », poursuit le Haut-Représentant, la Republika Srpska a menacé de passer outre une interdiction temporaire du Haut-Représentant de procéder à de tels transferts de biens datant de 2005 et qui visaient à maintenir le statu quo jusqu’à ce que les autorités parviennent à un accord durable. « Pareille révocation unilatérale minerait l’autorité du Conseil de mise en œuvre de la paix et aviverait les tensions préélectorales », avertit M. Inzko.

Affirmant par ailleurs que la mission militaire de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine, l’EUFOR, « concourt à l’instauration d’un climat stable et sûr » et constitue « une présence rassurante primordiale dans un pays où la situation politique demeure fragile et tendue », le Haut-Représentant estime que son mandat doit être prorogé « dans sa configuration actuelle » et ajoute que son terme devrait être porté « à trois mois au moins après le remplacement du Bureau du Haut-Représentant par le Bureau du Représentant spécial de l’Union européenne ».

* * Quant à l’avenir de son propre bureau, M. Inzko rappelle que le Comité directeur du Conseil de mise en œuvre de la paix, lors d’une réunion au niveau des directeurs politiques les 29 et 30 juin, avait « clairement indiqué que le Bureau du Haut-Représentant resterait en place aussi longtemps que les autorités nationales n’auront pas pleinement rempli les objectifs fixés » et « continuerait d’exercer le mandat qui lui a été conféré en vertu de l’Accord-cadre général pour la paix, en garantissant le strict respect de cet accord ».

M. Inzko fait par ailleurs observer que l’élection de la Bosnie-Herzégovine à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour la période 2010-2011 est « un jalon dans l’histoire de la politique étrangère du pays et un signe fort de reconnaissance » des progrès qu’il a accomplis. Cependant, avertit-il, « siéger au Conseil de sécurité ne sera pas chose facile pour les autorités concernées ».


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP