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"Argent contre crime"

La R.S. et le T.P.I.

samedi 9 août 2003


La dernière tentative des dirigeants bosno-serbes pour convaincre les criminels de guerre de se livrer n’a jusqu’à présent rien donné, mis à part le fait qu’ils se sont couverts de ridicule.

La Republika Srpska (RS) aimerait prouver qu’elle est prête à coopérer avec le Tribunal de La Haye et offre dans ce but des compensations financières à ceux des inculpés qui accepteraient de se rendre volontairement. Ces derniers toucheraient leur vie durant une somme de 200 euros par mois, les membres de leurs familles ayant droit à des billets d’avion gratuits pour La Haye trois fois par an, ainsi qu’à une somme de 250 euros tous les deux mois, pour couvrir leurs autres dépenses.

Cette nouvelle manœuvre ne semble avoir intéressé aucune des personnes recherchées. Elle a par contre suscité l’hilarité générale des juristes, des politiciens, ainsi que de l’ensemble de l’opinion publique.

Tanja Topic, analyste politique indépendante, à qualifié cette initiative de "ridicule" et a déclaré à l’IWPR " On en est maintenant arrivé à un point, en Serbie, Croatie et ici même, en Bosnie-Herzégovine, où l’on est prêt à récompenser les responsables du génocide et des crimes... Au lieu de désavouer fermement cette politique, ces dirigeants semblent vouloir prouver en permanence qu’ils n’ont toujours pas renoncé à leurs objectifs - épuration ethnique et génocide.... Les autorités de la RS essayent ainsi de s’attirer les faveurs du Tribunal. Le temps passe et le gouvernement ne fait aucun véritable effort pour arrêter les inculpés." Miodrag Zivanovic, professeur à la Faculté de philosophie de Banja Luka, est allé encore plus loin, affirmant "qu’accorder une aide financière à quelqu’un qui a commis des crimes de guerre est tout simplement immoral et inadmissible".

Senad Sacirbegovic, un musulman rentré à Banja Luka après en avoir été chassé pendant la guerre, a qualifié cette action de "véritable honte", ajoutant que cela n’aiderait certainement pas les réfugiés non-Serbes revenus en RS à s’y sentir en sécurité.

" Les criminels les plus recherchés, le leader serbe Radovan Karadzic et le général Ratko Mladic - en fuite depuis déjà huit ans - ne se rendront certainement pas pour une somme dérisoire de 200 euros par mois", a souligné Tanja Topic, ajoutant que si jamais quelqu’un décidait d’accepter cette offre, l’entité serbe de Bosnie serait alors confrontée à un nouveau dilemme. "Nous sommes au bord de la faillite et nous demandons où le gouvernement de la RS pense-t-il trouver cet argent ? "

Les dirigeants de la RS avaient rejeté toute idée de coopération avec La Haye dans la crainte surtout de se voir accusés, directement ou indirectement, d’être responsables du sang versé au cours des quatre années de guerre. Ayant ainsi défié ouvertement la communauté internationale, ils s’étaient vus menacés de sanctions politiques et financières.. L’apparition de la procureure générale Carla del Ponte à Banja Luka, le 18 juillet dernier, semble avoir incité le gouvernement à prendre cette décision absurde mais l’opinion publique ne croit pas que cela pourrait pousser les quatorze inculpés toujours en fuite à se rendre. Par ailleurs, certains politiciens, administrateurs et citoyens ont qualifié cette proposition d’amorale et pense que le but est tout simplement de maintenir l’actuelle coalition au pouvoir (SDS et PDP).

Nombreux sont les Serbes bosniaques pour qui les inculpés de crimes de guerre restent des héros et si le gouvernement prenait des mesures concrètes susceptibles d’entraîner leur arrestation, cela pourrait très bien leur coûter la victoire aux prochaines élections. Marko Pavic, vice-président du Parti populaire démocratique, a déclaré "Sous la pression de la communauté internationale ce gouvernement a voté à contrecœur une loi sur la coopération avec le Tribunal, mais n’est pas prêt à la respecter... L’idée de proposer des compensations financières à ceux qui se rendraient volontairement n’est qu’un simple coup de pub à l’intention de Carla del Ponte et en aucun cas un pas en avant susceptible de convaincre ceux qui sont inculpés de crimes de guerre".

Gordana KATANA, Banja-Luka (IWPR)


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