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L’Union Européenne et les "Balkans occidentaux"

vendredi 27 juin 2003


Le Conseil européen de Thessalonique des 19 et 20 juin 2003 a « réaffirmé qu’il était résolu à soutenir pleinement et efficacement la perspective européenne des pays des Balkans occidentaux, qui feront partie intégrante de l’UE dès qu’ils répondront aux critères établis. »

Les représentants de ces pays, qui selon le terminologie bruxelloise, regroupent l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine et la Serbie-Monténégro, ont répondu à cette promesse par une profession de foi européenne et démocratique proclamant les « valeurs de la démocratie, de l’Etat de droit, du respect des droits de l’homme et des minorités, de la solidarité et de l’économie de marché,du respect du droit international, de l’inviolabilité des frontières internationales, du règlement pacifique des conflits et de la coopération régionale », le tout assorti d’une « condamnation vigoureuse de l’extrémisme, du terrorisme et de la violence, qu’ils soient motivés par des raisons ethniques, politiques ou criminelles »

Mis à part les sourires que peut susciter, dans le contexte, cet exercice d’humour diplomatique, il ne faut pas sous-estimer la portée d’une telle déclaration, car elle inaugure un processus et constitue un engagement en vue d’un objectif que, dans leur grande majorité, tous les peuples de la région souhaitent atteindre. Quels que soient les doutes qu’inspirent à de larges secteurs de la population les effets de l’intégration à l’Union européenne, celle-ci représente, malgré tout, un gage de paix et d’espoir pour l’avenir. Les résulats des référendums qui se sont tenus dernièrement dans tous les pays candidats à l’UE témoignent de cet attachement à l’unification du continent européen. En incluant expressément dans la déclaration du Sommet UE-Balkans occidentaux des obligations relatives à la lutte contre le crime organisé, au retour des réfugiés et à la coopération avec le TPI, l’Union européenne, les Etats membres et les Etats candidats prennent ensemble des engagements précis.

Cet aspect positif des réunions de Thessalonique ne doit pourtant pas masquer les carences des résolutions du Conseil européen. Deux sont particulièrement à relever.

La première tient à l’insuffisance des moyens financiers consentis par l’Union européenne. Les 200 millions d’euros sur trois ans ajoutés aux 4,6 milliards déjà prévus pour le programme de stabilisation et de développement ne sont pas à l’échelle des besoins d’une région ravagée par les destructions d’une guerre que l’Union européenne n’a pas su empêcher puis arrêter.

La seconde, peut-être la plus grave, est de nature politique. Elle relève de la myopie dont a constamment fait preuve l’Europe depuis le déclenchement des crises et des guerres yougoslaves, en ne voulant pas voir la réalité de la situation pour prendre la mesure des solutions à mettre en œuvre pour y faire face. C’était hier l’existence d’un régime destructeur de la région, c’est aujourd’hui l’existence d’Etats dont les fondements ne sont pas assurés et incapables donc de mener une politique cohérente. C’est notamment le cas de la Serbie-Monténégro, dont les assises sont chancelantes et les frontières incertaines, et de la Bosnie-Herzégovine, délibérément divisée et affublée d’institutions auxquelles ne résisterait pas le pays le mieux constitué. Laisser en suspens le statut du Kosovo et celui du Monténégro, maintenir en l’état les accords de Dayton, installe une précarité et une instabilité génératrices d’un pourrissement général qui empêche la naissance de la dynamique politique nécessaire à tout redressement. C’est pourtant ce statu quo qu’a choisi de défendre le Conseil européen.

Les promesses de Thessalonique risquent dans ces conditions de difficilement, voire de ne jamais, se traduire dans les faits. Le seul pays dont on prévoit une date relativement rapprochée d’adhésion à l’UE est la Croatie, avec le début des négociations en 2007 et une possible conclusion en 2010. Le long et complexe « processus de stabilisation et d’association » prévu par Bruxelles risque de laisser sur le bord du chemin les pays les plus fragiles, ceux qui devraient le plus bénéficier du soutien de l’UE,dans leur intérêt comme dans celui de l’Europe dans son ensemble. C’est Chris Patten, le commissaire européen chargé des relations internationales qui le souligne : « ll n’est pas question d’altruisme.Les impératifs moraux mis à part, il est surtout dans l’intérêt de l’Europe de diffuser la stabilité et la sécurité. Si nous tentions d’exclure des peuples qui sont historiquement européens, non seulement nous risquerions de créer un nouveau rideau de fer, mais nous subirions une pression énorme en matière d’immigration clandestine, de criminalité organisée et de trafics en tous genres ».

Ce genre de discours, souvent tenu par les responsables chargés de ces questions, n’a hélas que peu d’échos en dehors des cercles spécialisés. Il n’intéresse pas les preneurs de décisions ni les opinions publiques qui ont d’autres sujets de préoccupations. C’est particulièrement le cas de la France où les « Balkans occidentaux », maintenant qu’il ne s’y produit plus d’événements dramatiques spectaculaires, ont disparu du champ de l’actualité.

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