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La R.F.Y. est officiellement morte

dimanche 16 février 2003


Après près d’une année de discussions difficiles, menées sous la pression ininterrompue de l’Union européenne et particulièrement celle de Javier Solana, qui a plusieurs fois fait le voyage de Belgrade et de Podgorica, toutes les instances monténégrines, serbes et "fédérales" ont fini par approuver la charte constitutionnelle de la nouvelle "Serbie-Monténégro" ou "Serbie et Monténégro", selon une terminologie encore incertaine. Elles ont simultanément entériné la disparition d’une "Yougoslavie" qui n’avait plus, depuis 1991, de yougoslave que l’étiquette. La "République fédérale de Yougoslavie" créée par Milosevic en 1992 n’était déjà elle-même qu’une Serbie-Monténégro, réduite ensuite à la Serbie toute seule par la sécession de fait du Monténégro .
Il est peu de dire que cet événement a été accueilli dans le plus grand scepticisme, de la part même des principaux signataires de l’accord, comme en témoigne l’absence de la cérémonie de décès et de naissance de Vojislav Kostunica, Président - désormais en chômage - de la défunte Yougoslavie, de Milo Djukanovic et de Filip Vujanovic, respectivement Premier Ministre et Président du Parlement du Monténégro. Les plus chaleureux supporters de la nouvelle entité se trouvent être les diplomates européens, le Quai d’Orsay saluant par exemple "une grande avancée, non seulement pour les citoyens de la Serbie et Monténégro mais aussi pour les Balkans et l’Europe dans son ensemble". Pas moins ! Javier Solana, conscient des limites de son ouvrage, a toutefois relevé que " le vrai travail commençait maintenant".
On peut en effet s’interroger sur la viabilité d’une construction, qui sous prétexte de mettre un terme à la désagrégation de la région provoquée par la politique agressive menée par le régime de Milosevic, ne fait qu’imaginer une fantaisie politico-juridique impossible à mettre en œuvre tant elle va à l’encontre de la réalité et des vœux des populations concernées. Personne ne se trompe sur le caractère illusoire d’une solution qui traduit, en fait, l’incapacité de l’Union européenne à s ’ ouvrir, sur des bases solides, avec des conditions et des perspectives claires, à l’ensemble des nations de la région. Elle butte sur le problème de l’indépendance du Kosovo, sur celui de l’unité de la Bosnie-Herzégovine, sur la conduite à tenir à l’égard de la Serbie et accessoirement de la Croatie, en matière de responsabilité criminelle à assumer et plus généralement de normes démocratiques à respecter.
C’est ainsi que les dirigeants de Belgrade, qui espéraient que la conclusion de l’accord avec le Monténégro leur ouvrirait automatiquement les portes du Conseil de l’Europe, puis de l’Union européenne, s’étonnent qu’il leur soit aussi demandé d’arrêter et de transférer à La Haye Mladic et consorts, comme s’il s’agissait d’exigences exorbitantes. Il s’agit pourtant de l’essentiel. La manière dont la diplomatie européenne a élaboré et imposé l’accord est typique d’une méthode qui consiste à poser des rustines provisoires là où il faudrait un aménagement d’ensemble et durable. Aux statuts hybrides de la Bosnie-Herzégovine et du Kosovo s’ajoute maintenant celui de la Serbie-Monténégro. S’il est seulement question de gagner du temps, un jour viendra où il faudra bien penser l’ensemble et choisir.

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