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Kostunica à Banja Luka

lundi 12 juin 2006


Le Premier ministre du gouvernement de Serbie, Vojislav Kostunica, a rencontré le 9 juin à Banja Luka les principaux dirigeants de la RS. Les participants à la rencontre ont affirmé qu’il n’avait pas été question de l’idée de référendum dans l’entité serbe, avancée par Milorad Dodik, qui continue d’agiter la scène politique bosnienne. Il s’agissait seulement, selon eux, de discuter des changements à apporter à l’accord régissant les relations spéciales entre la Serbie et la RS, à la suite de l’indépendance du Monténégro, accord dont la légalité est d’ailleurs contestée à Sarajevo.

Les dirigeants serbes ont déclaré qu’ils soutenaient pleinement l’ accord de Dayton, que Vojislav Kostunica a relié à la résolution 1244 du Conseil de Sécurité de l’ONU sur le Kosovo : « Toute chose qui va au-delà , tout ce qui met en question ces accords peut provoquer différentes réactions. Il est mieux d’éviter de telles réactions. Dès lors, obéissons à ces accords tels qu’ils sont ». Il est clair que dans l’esprit des dirigeants de Belgrade et de Banja Luka, et ils ne s’en cachent pas, les situations de la RS et du Kosovo sont liées et que l’indépendance de celle-ci justifierait la séparation de celle-là de la Bosnie-Herzégovine.

Le Premier ministre de la RS, Milorad Dodik, poursuit, dans cette ligne, son escalade provocatrice. Faisant fi de l’avertissement que lui a adressé le Haut-Représentant Christian Schwarz-Schilling, il formule maintenant une nouvelle exigence en déclarant qu’il n’acceptera pas de réforme constitutionnelle qui ne prévoirait pas la possibilité de tenue de référendum dans l’entité serbe. Le curieux de l’affaire est que le SDS (parti fondé par Karadzic) se trouve dépassé dans l’extrémisme nationaliste par celui qui a obtenu le soutien de la « Communauté internationale » sur sa réputation de modérantisme. L’absence des réformes promises en RS plus de trois mois après son accession au pouvoir explique pour partie la fièvre qui a pris le Premier ministre de la RS, mais il ne fait pas de doute qu’il s’agit aussi d’une stratégie concertée avec Belgrade, pour résister aux changements qui s’imposent dans la région. A défaut de « Grande Serbie », il s’agit, à Belgrade et à Banja Luka, de maintenir un espace serbe limité à une Serbie historique et à une Bosnie serbe, fruit de l’agression et de la terreur.

Cette aspiration n’est pourtant pas, à ce jour, reconnue par la « Communauté internationale » qui s’en tient au respect de l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine. Le Haut-Représentant, en visite à Moscou, a obtenu le soutien de son action par les autorités russes, le ministre des affaires étrangères Sergei Lavrov notant avec lui qu’aucune entité de BH n’avait le pouvoir d’organiser un référendum de séparation et que la Russie continuait de soutenir l’accord de paix de Dayton, dont elle était l’un des garants. Moscou avait par ailleurs fait un geste pour répondre aux critiques que lui avaient adressées Carla del Ponte, pour son manque de coopération avec le TPI, en extradant à Sarajevo l’officier de police serbe Dragan Zelenovic, accusé de crimes de guerre à Foca, qui s’est caché pendant neuf ans en Russie. Il aurait dû normalement être transféré directement de Russie à La Haye, mais il a fait le détour par Sarajevo.

Milorad Dodik , soutenu par Belgrade n’a donc, pour le moment, pas réussi à infléchir la position de la « Communauté internationale » sur le principe de la souveraineté et de l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine. Son initiative lui a néanmoins rapporté des résultats :

Alors qu’il était beaucoup question de réaménager les institutions bosniennes dans le sens d’un renforcement des autorités centrales au détriment des pouvoirs des entités, on en reste maintenant à la défense d’un statu quo, pourtant destructeur.

Les élections d’octobre seront plus que jamais placées sous le signe de la confrontation des nationalismes, aggravée encore dans la Fédération par des accusations croisées de « démagogie » ou de « trahison » portées de toutes parts, les problèmes économiques et sociaux passant une fois de plus au second plan.

Les partis serbes, de Banja Luka et de Belgrade, ont dès maintenant prévu de relancer la question de la séparation de la RS lorsque le statut définitif du Kosovo sera adopté.

Face à cela, si les autorités européennes ne sortent pas de leur léthargie, elles auront beaucoup de mal à sortir la région d’une crise qui ne peut que s’approfondir en l’absence de la seule perspective qui puisse ouvrir des horizons nouveaux à des populations sinistrées : l’espoir de parvenir un jour à une condition « normale », dans un espace européen commun.

Association Sarajevo.


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