Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

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A propos du Kosovo

samedi 20 mars 2004


Les très graves violences qui ont entraîné, ces derniers jours, au Kosovo morts d’hommes, expulsions, brutalités de tous ordres, destructions de maisons et de monuments orthodoxes chargés d’histoire, viennent de rappeler à l’opinion publique et aux responsables politiques, oublieux d’un passé récent, qu’il restait des conflits toujours en attente d’un règlement de fond dans cette partie de l’Europe dénommée à Bruxelles « Balkans occidentaux ». Le plus aigu est sans doute celui du Kosovo.

Si rien ne justifie l’extension apparemment concertée des exactions anti-serbes à plusieurs localités du Kosovo après les premiers affrontements meurtriers qui se sont produits à Kosovska-Mitrovica à la suite de la découverte de la noyade de deux enfants albanais dans des circonstances non encore élucidées, il est évident que l’attentisme de la Communauté internationale face aux revendications contradictoires des Albanais et des Serbes crée un terrain fertile aux provocations et dérives les plus inadmissibles.

Alors que l’origine de la crise du Kosovo, comme celle, sans doute, de la défunte Fédération yougoslave, se trouve dans la volonté très ancienne des Albanais du Kosovo de se libérer de la tutelle de Belgrade, le nouveau Premier ministre de Serbie, Vojislav Kostunica réaffirme, comme si rien ne s’était passé depuis 1912, que cette « province » devait rester attachée à la Serbie, quitte à être découpée en deux parties, serbe et albanaise.

Cette prétention, inacceptable pour tous les Albanais, ne pouvait qu’offrir une occasion de surenchère aux plus extrémistes d’entre eux, décidés à bousculer leurs dirigeants modérés et à tester la réaction de l’UNMIK face à des actions criminelles, qui bloquent par ailleurs toute avancée vers la solution du problème. La grande précarité de la situation économique et sociale du pays ne fait qu’ajouter au profond ressentiment de la population, qui pousse une fraction d’entre elle à se livrer aux pires excès, à l’instigation de groupes engagés dans un combat sans issue, car à contre-courant de l’intervention internationale au Kosovo.

S’il n’y a rien à attendre de positif des dirigeants de Belgrade, en tête de la vague nationaliste qui déferle en Serbie, c’est aux dirigeants de Pristina qu’il revient de faire les gestes prouvant qu’ils ont compris que l’indépendance du Kosovo ne pourra être reconnue qu’avec l’assurance qu’y seront respectées les règles de droit communes à l’ensemble de l’Europe, à laquelle leur pays a vocation à s’intégrer.

Quant à la Communauté internationale, après son premier devoir de protection des minorités en danger, elle a celui de sortir les Kosovars de l’incertitude et de reconnaître expressément leur droit à l’indépendance, sous la condition que le Kosovo devienne un Etat de droit selon les normes définies par l’UNMIK et ratifiées par le Conseil de Sécurité.

Dans une région où les crises se propagent d’un pays à l’autre, le risque est grand que les événements du Kosovo conduisent à la détérioration générale d’une situation déjà dégradée, en Serbie, avec une atteinte accrue à la sécurité des minorités, comme le montrent les incendies de mosquées, en Macédoine qui paraissait sur la voie de l’apaisement, en Bosnie-Herzégovine, où les premières réactions des autorités semblent indiquer qu’elles sont conscientes de la remontée des périls.

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