Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur la B.H. > INQUIETUDES A PROPOS DE LA BOSNIE

INQUIETUDES A PROPOS DE LA BOSNIE

Pour l’Association Sarajevo - Zija D. Oslobodjenje

lundi 21 avril 2003


L’affaire de la vente illégale d’armes à l’Irak et les accusations d’espionnage portées à l’égard des institutions de l’Etat et des institutions fédérales, des forces internationales et de certains services secrets de l’Armée de la Republika Srpska, ont de nouveau attiré l’attention sur la mise en œuvre du volet militaire des Accords de Dayton, celui qui, affirme-t-on, aurait été le mieux respecté. Il est vrai que la présence des forces internationales a joué un rôle vital dans la stabilisation de la Bosnie-Herzégovine de l’après guerre. Ces forces ont aussi participé à l’arrestation, puis au transfert, de certains criminels de guerre à La Haye. Elles n’ont pourtant pas arrêté le premier d’entre eux, Radovan Karadzic, si bien que l’on peut se demander quels sont les véritables objectifs de la communauté internationale en Bosnie. Aujourd’hui encore la SFOR découvre des dépôts d’armes clandestins, et cela dans l’ensemble du pays. Cette affaire de fourniture d’armes laisse à penser que le volet militaire des Accords pose lui aussi de sérieux problèmes et le scandale lié à l’espionnage prouve qu’au sein même de la Bosnie il existe un noyau d’informateurs liés à Belgrade, dont le but est la destruction de l’Etat de B-H. Le fait que le Haut représentant Paddy Ashdown n’ait pas sanctionné les auteurs de ce complot et profité de l’occasion pour frapper un grand coup à ceux qui font obstacle à la réalisation de l’accord de paix, est particulièrement inquiétant.

La Constitution de la Bosnie-Herzégovine est représentée par l’annexe 4 des Accords de Dayton, pourtant son système constitutionnel n’a toujours pas été consolidé sur cette base. Les constitutions des entités auraient dû être adaptées à celle de la Bosnie-Herzégovine. La Constitution de la Fédération de B-H a été amendée à plusieurs reprises et chaque fois les qualificatifs à connotation étatique ont été omis. Pourquoi la Constitution de la Republika Srpska n’a-t-elle pas été modifiée, pour le moins à l’occasion de la mise en œuvre de la décision de la Cour constitutionnelle de Bosnie-Herzégovine sur la définition du caractère constitutif des peuples [de B-H] ? Nous devons, pour une énième fois, nous poser la question - quel est, en fait, la teneur de la Constitution de la RS ? Il est scandaleux que huit ans après Dayton, l’ordre constitutionnel n’ait toujours pas été établi.

Les droits de l’homme occupent une place importante dans l’Accord de paix et ont aussi été érigés en tant que principe absolu dans la Constitution de la Bosnie-Herzégovine. L’institution des ombudsmen a été créée entre-temps, ainsi qu’une Chambre des droits de l’homme, dont les décisions sont définitives et contraignantes. Ces institutions ont récemment connu une véritable affirmation. Grâce surtout au Comité Helsinki pour les droits de l’homme de Bosnie-Herzégovine, elles font désormais partie intégrante de la vie quotidienne et sont reconnues par l’opinion publique. Pourtant les autorités internationales ont récemment relégué le thème des droits de l’homme à l’arrière-plan et ceux-ci ont été violés à plusieurs reprises par ceux qui détiennent le pouvoir en B-H, et ceci tant par les facteurs nationaux qu’internationaux..

Les Accords de Dayton avaient accordé une large place au problème du retour des réfugiés et des personnes déplacées, ainsi qu’à la restitution de leurs biens. Les acteurs internationaux se félicitent des résultats obtenus dans ce domaine, mais sans fondement aucun. S’il est vrai qu’environ 930.000 réfugiés et personnes déplacées sont rentrés en Bosnie-Herzégovine, il ne faut pas oublier que plus de 2, 2 millions d’entre eux ont dû abandonner leurs foyers au cours de la guerre. Un grand nombre des réfugiés revenus en B-H sont maintenant en fait des personnes déplacées. Aucun plan global et concret pour un retour en masse des réfugiés n’a jamais été élaboré, que ce soit par les facteurs nationaux ou internationaux.. Un grand nombre d’entre eux sont des personnes âgées qui, à leur retour, sont souvent maltraitées. Les autorités locales le savent pertinemment, et le tolèrent. Les réfugiés sont soumis à un régime discriminatoire, ne disposent d’aucune couverture médicale ou sociale et ne sont pas protégés par les membres des forces de la paix.

Donc, même une brève revue de la mise en œuvre de l’Accord de paix - sans mentionner la situation financière et sociale particulièrement difficile et les départs permanents des jeunes et des experts vers l’étranger - suffit à démontrer la gravité de la situation en Bosnie-Herzégovine. Les représentants de la mission de paix en Bosnie se comportent de manière irresponsable et semblent se suffire à eux-mêmes. Les forces politiques sont réparties en deux groupes - l’un qui rejette le concept de l’Etat de Bosnie-Herzégovine et œuvre constamment dans ce sens à l’intérieur du pouvoir et en-dehors des institutions du système. Le second groupe faisait figure d’alternative démocratique, mais s’est dissous à la veille même des élections du mois d’octobre et son principal parti (le SDP) y a essuyé un cuisant échec. Inquiétant aussi est le fait que personne ne semble intéressé à connaître la vraie vérité sur la Bosnie-Herzégovine, car aucun des différents acteurs, nationaux ou internationaux, n’a jusqu’à présent ressenti le besoin de procéder à une analyse approfondie de la situation en Bosnie-Herzégovine et, dans ce cadre, de la véritable mise en œuvre de l’Accord de Dayton. Ce qu’exige toute vision globale et qualitative du processus de normalisation et d’intégration à l’Europe.

(Pour l’Association Sarajevo - Zija D. Oslobodjenje) (Traduction Nicole Philip-Dizdarevic)


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP