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Vingtième anniversaire de la création de la "Republika Srpska"

mercredi 11 janvier 2012


L’accord conclu par les six principaux partis parlementaires bosniens le 28 décembre entre progressivement en application. Le budget 2011 a ainsi été voté avec un année de retard, un projet de loi sur le recensement recueille maintenant l’assentiment qui lui manquait depuis plus longtemps encore, et après son investiture par la Chambre des représentants prévue le 12 janvier, le Président du Conseil des ministres désigné par la Présidence collégiale, Vjekoslav Bevanda, pourra présenter son nouveau gouvernement dans le mois qui vient. Ce n’est plus qu’une cuisine de partage entre les partis des postes de ministres, de sous-ministres et de directeurs d’agences étatiques, selon les affectations et les quotas « ethniques » prévus par l’accord.

Cet apparent apaisement du climat politique contraste avec la réalité des oppositions qui divisent le pays, aussi bien sur les regards portés sur le passé que sur les visions de son avenir, réalité que viennnent de rappeler les cérémonies organisées en « Republika Srpska » à l’occasion du vingtième anniversaire de sa création, le 9 janvier 1992, trois mois avant le début de la guerre qui allait s’accompagner des horreurs et entraîner les conséquences que l’on sait. Au-delà de l’événement local, cette commémoration, voulue éclatante, a revêtu une signification régionale, voire internationale.

Elle a en effet été l’occasion d’une réunion panserbe (succédant à une autre tenue quelques jours auparavant à Belgrade autour du Président Tadic) avec tout le ban et l’arrière ban des personnalités politiques de Serbie ( le Président Tadic, le Premier ministre Cvetkovic, le Vice-premier ministre Dacic), de la plus hautes autorité de l’Eglise orthodoxe serbe en la personne du Patriarche Irinej et de représentants des Serbes de la région, dont ceux du Kosovo en quasi-révolte contre les autorités de Belgrade. D’autres présences étaient à signaler, celle par exemple d’Emir, devenu Nemanja Kusturica, venu vanter la qualité de la politique culturelle de la RS, celle d’une importante délégation du HDZ-BiH croate avec à sa tête son leader Dragan Covic, et surtout celle de l’ambassadeur de Russie en BH, Alexander Botsan-Kharchenko, qui a remis une médaille décernée par le Président Medvedev au Président Milorad Dodik pour l’importante contribution qu’il a apportée à la défense du droit international ( ?!). Tandis que le patriarche Irinej bénissait l’entité serbe, consacrée comme le plus jeune Etat serbe, le vice-premier ministre et ministre de l’intérieur Ivica Dacic, ancien proche collaborateur de Milosevic, louait son rôle de « Piemont de la serbitude » dans l’inimitable jargon français de « glassrbije » (site en français de la radio de Belgrade), ce qui veut probablement dire « rassembleur ou unificateur du peuple serbe ».Dans ce concert de dithyrambes, c’est le Président Tadic qui a dû apporter une note de mesure en rappelant que son indéfectible soutien à la RS n’excluait pas son attachement à l’intégrité et à la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine, qu’il ne dissocie pas, à l’intention de la Communauté internationale, de l’intégrité et de la souveraineté de la Serbie telle qu’il l’entend, Kosovo inclus. Mais il fut bien le seul à se tenir dans ce registre.

L’heure était à l’illustration et à l’exaltation de la sauvegarde du peuple serbe de Bosnie, la RS étant célébrée comme son rempart, depuis sa proclamation initiale et sa défense à travers une guerre qui lui aurait été imposée, jusqu’à aujourd’hui et pour l’éternité, tant elle reste menacée par la volonté des Bosniaques de centraliser et de dominer la BH. Dans ses discours répétitifs sur ce thème, Milorad Dodik est allé jusqu’à poser la légitimité de la Republika Srpska comme antérieure à celle de la Bosnie-Herzégovine, la première remontant à volonté du peuple serbe de Bosnie en 1992, la seconde résultant seulement des accords de Dayton de 1995.

Protestant contre le procès de « srebrenisation » qui, d’après lui, serait fait à la RS, Milorad Dodik, comme la majorité des dirigeants qui se sont exprimés, s’est prudemment abstenu de mentionner les pères fondateurs de l’entité serbe, Karadzic, Krajisnik, Plavsic, tous passés par la case du TPI et accusés ou condamnés pour des crimes contre l’humanité ou de génocide. Il a fallu que les dirigeants du SDS (créé par Karadzic), parti rival du SNSD de Dodik dans l’entité et son allié au niveau de l’Etat central, rappellent ces noms pour que l’on se souvienne que la création et l’action de la RS signifient bien autre chose que de simples luttes d’affirmations nationales par des moyens démocratiques. Aucun des participants aux cérémonies du 9 janvier ne semble en avoir eu conscience et c’est en parfaite innocence que, face aux violentes réactions provoquées dans la Fédération par l’indécence de ces célébrations, les médias et les responsables politique de la RS dénoncent la haine maladive des Serbes que prouveraient, selon eux, ces protestations.

Les rassemblements et les discours tenus à l’occasion de ce Jour de la RS, vingt après ce qui fut l’acte annonciateur de la guerre d’agression et de destruction de la Bosnie-Herzégovine, confirment que la majorité des responsables serbes, de Serbie et hors de Serbie, se refusent toujours à un examen lucide de la politique qui a mené la région au désastre, et que, bien au contraire, ils n’en démordent pas. Pour les dirigeants de la RS, l’avenir ne se conçoit que dans la poursuite des objectifs que s’étaient assignés les fondateurs de ce qui allait devenir l’entité reconnue par les accords de Dayton.

Quant aux représentants de la Communauté internationale en BH, le déchaînement de l’ultranationalisme négationniste en RS les laisse sans voix. Un porte-parole du Haut-Représentant a seulement tenu à rappeler que, sous le régime de Dayton, les entités ne pouvaient être reconnues comme des Etats. Pour la suite, l’UE et les capitales européennes ne pourront que se satisfaire de la formation, dans quelques semaines, d’un gouvernement de BH sans politique et sans projet.

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