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L’avenir de la Bosnie-Herzégovine

A propos des rapports de l’ESI et de l’ICG

jeudi 31 juillet 2003


Le débat sur l’action de la « Communauté internationale » en Bosnie-Herzégovine depuis la fin de la guerre a été relancé avec la publication récente d’un article très critique de la politique de l’actuel Haut-Représentant, écrit par deux chercheurs, Gerald Knaus et Felix Martin, de L’European Stability Initiative (ESI), basé à Berlin. Paddy Ashdown y est comparé au « Raj » qui gouvernait l’Inde au temps de l’Empire britannique. Le rapport de l’ICG, daté du 22 juillet et intitulé « Bosnia’s nationalist governments : Paddy Ashdown and the paradoxes of state building » est venu alimenter et élargir la discussion. Tous ces textes sont consultables, ainsi que les réponses qu’a tenu à leur apporter la principale personnalité visée, sur les sites de l’ESI www.esiweb.org, de l’ICG www.intl-crisis-group.org, de l’IWPR www.iwpr.net, du Courrier des Balkans www.balkans.eu.org et du Haut-Représentant www.ohr.int.

Le constat de la situation de crise et de stagnation de la Bosnie-Herzégovine et les questions relatives aux responsabilités qui incombent aux différents acteurs qui interviennent dans la gestion du pays ne datent pas, à vrai dire, de ce mois de juillet 2003. La litanie des maux dont souffre la Bosnie est récitée depuis des années. Pour ne prendre qu’un exemple récent, l’ouvrage « La Bosnie-Herzégovine : enjeux de la transition » Ed. L’Harmattan, publié sous la direction de Christophe Solioz et Svebor Dizdarevic, dont il a été rendu compte sur ce site de l’Association Sarajevo, établit un diagnostic détaillé et sans concession de l’état de la Bosnie-Herzégovine. Le « Forum for Democratic Alternatives », à l’origine de ce recueil d’études annonce une nouvelle publication pour le mois septembre (voir son site www.christophesolioz.ch).

Le fait que le débat ait pris de l’ampleur, au moins en Grande-Bretagne, en Allemagne, au Parlement européen et bien entendu en Bosnie, indique que les choses en sont arrivées à alarmer des cercles plus larges que ceux des responsables professionnellement concernés, sans parler des populations qui font les frais de la situation. On notera le silence de l’opinion et de la diplomatie française qui préfèrent s’attacher aux grandes affaires de ce monde, quitte à montrer leur impuissance, plutôt qu’à ces questions balkaniques qui touchent pourtant directement l’avenir de l’Europe et à propos desquelles la France pourrait jouer un rôle utile, en réparation des fautes commises dans le passé.

Près de huit ans après la paix de Dayton, les questions fondamentales que pose la Bosnie-Herzégovine restent, en gros, inchangées. Le pays a été détruit par la guerre, sa société pulvérisée, son Etat réduit à une construction hypothétique. Mais, dans ce délabrement et malgré toutes les contradictions qu’il présente, ce pays continue d’exister parce qu’il constitue une réalité humaine, historique et géopolitique, dont la disparition créerait plus de problèmes qu’elle n’en résoudrait. Ce constat est à la base d’un consensus international qui n’est mis en cause,avec plus ou moins de précautions de langage, que par ceux qui, en Serbie, n’en finissent pas de poursuivre des rêves condamnés. Il est vrai que cette évidence est masquée, en Bosnie même, par le jeu qu’y mènent les clans qui tirent prébendes et miettes de pouvoirs de la désintégration du pays, en exploitant à leur profit la détresse et les ressentiments de populations privées de toute perspective d’avenir, d’autant que leur destin leur semble scellé ailleurs.

Si le débat réouvert par les analyses et les recommandations, d’ailleurs différentes, de ses intervenants - l’ESI se prononçant par exemple et grosso modo pour un retrait du Haut-Commissaire, l’ICG pour une intervention plus poussée -, pouvait être repris et poussé jusqu’au bout par les décideurs locaux et internationaux, il en sortirait peut-être une nouvelle politique pour la Bosnie-Herzégovine, en vue d’assurer son unité, de la débarrasser d’institutions hors d’état de fonctionner et de la faire diriger par des équipes responsables capables, avec l’aide internationale, de redresser la société et l’économie du pays. C’est à ces conditions que son intégration à l’Europe, pour l’instant promesse en l’air, apparaîtrait comme un projet réalisable.

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