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Pas d’exemption des visas pour la Bosnie-Herzégovine (2)

lundi 30 novembre 2009


Les ministres de l’intérieur et de la justice des 27, réunis à Bruxelles le 30 novembre ont décidé d’abolir, à dater du 19 décembre, les visas d’entrée dans l’espace Schengen pour les citoyens de la Macédoine, du Monténégro et de la Serbie. Cette mesure ne s’applique pas à l’Albanie et à la Bosnie-Herzégovine -sans compter le Kosovo- dont les ressortissants devront attendre que leurs gouvernements réalisent toutes les réformes exigées à cet effet par Bruxelles.

On a déjà relevé, s’agissant de la Bosnie-Herzégovine, toutes les injustices signifiées par cette discrimination qui frappe l’ensemble de ses habitants mais tout particulièrement les Bosniaques, qui ne peuvent se prévaloir d’une quelconque double nationalité pour tourner la décision de l’UE. S’il est vrai que les autorités bosniennes portent une part de responsabilité dans le retard pris pour l’adoption des mesures nécessaires, cette carence doit être située dans le cadre de la crise qui frappe tout le système politique bosnien, crise elle-même reliée au refus de la Communauté internationale et de l’Union européenne d’affronter réellement le problème de la BH. C’est cette "Communauté internationale" qui a imposé à la Bosnie-Herzégovine un cadre constitutionnel non viable, c’est l’Union européenne qui se montre incapable d’imposer la révision de ce cadre dont la nocivité est avérée.

Les dernières informations sur le déroulement du processus de Butmir, que les négociateurs internationaux s’évertuent à maintenir en vie, indiquent que ceux-ci s’apprêtent à mettre en avant des propositions encore en retrait sur les précédentes déjà bien insuffisantes pour, une fois de plus, céder aux exigences des dirigeants de la RS, arc-boutés sur leur lecture restrictive des accords de Dayton.

Dans une résolution sur l’élargissement de l’UE, votée le 26 novembre, le Parlement européen a enregistré le retard pris par la BH dans le processus de l’intégration européenne des Balkans occidentaux, mais il est regrettable qu’il n’ait pas recommandé à l’exécutif européen la voie à suivre pour surmonter la paralysie catastrophique de l’Etat de BH.

Voici le paragraphe de la résolution consacrée à la BH :

"Le Parlement européen []

24. reconnaît que des progrès ont été accomplis par la BiH dans le domaine de la sécurité et de la gestion des frontières ; exprime toutefois son mécontentement face aux progrès limités accomplis par la BiH, en tant que pays candidat potentiel, sur la voie de l’adhésion à l’Union ; constate avec une inquiétude grandissante l’instabilité du climat politique et l’absence d’une vision commune partagée par les deux entités, et condamne l’utilisation de propos incendiaires à même de compromettre les progrès accomplis dans le processus de réconciliation interethnique et le fonctionnement des structures de l’État ; demande au Conseil de poursuivre ses efforts, avec le soutien de la communauté internationale, afin de maintenir le dialogue avec les dirigeants politiques de BiH pour aider ce pays et ses ressortissants à demeurer sur la voie de l’intégration européenne ; souligne l’importance d’un cadre constitutionnel plus durable pour permettre aux institutions du pays de fonctionner plus efficacement ; prend acte, en conséquence, des tout récents efforts diplomatiques conjoints menés par la présidence du Conseil, la Commission et le gouvernement des États-Unis et préconise de nouvelles négociations tenant compte des précédents arrangements conclus entre responsables politiques en BiH ; rappelle la nécessité d’associer plus étroitement les parlementaires et la société civile au maintien d’un pays viable"

Jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour qu’il soit prouvé que le simple "dialogue" entre les dirigeants politiques de BH ne suffira pas à tirer le pays de l’ornière dans laquelle il est enfoncé ? Ne faudra-il pas mettre les dirigeant serbes en demeure d’accepter une réforme fondamentale du système politique pour que cessent de régner en Bosnie-Herzégovine des Etats dans l’Etat, l’emprise de la RS étant d’autant plus grande que, de par l’hégémonie qu’y exerce Milorad Dodik, elle dispose d’un pouvoir bien plus fort qu’une Fédération profondément divisée. Les dirigeants de Belgrade protestent de leurs bonnes intentions comme partisans et garants de la souveraineté et de l’intégrité de la BH. Ils auraient pourtant leur mot à dire pour persuader leurs amis de Banja Luka de la nécessité de mettre sur pied en BH un Etat viable, avec Sarajevo pour capitale. Cela entrerait dans le devoir de coopération régionale que leur demande d’assurer l’UE. Mais il y a loin des paroles aux actes.

Pour le moment, comme illustration de la politique de paix qu’entend, paraît-il, mener Belgrade, c’est Ivica Dacic, ministre de l’intérieur et homme fort du gouvernement serbe qui vient recueillir à Bruxelles la récompense de la bonne conduite de la Serbie sous forme de la dispense des visas. C’est le même Ivica Dacic qui été le porte-parole du SPS de Milosevic pendant les années 1992-2000, puis son successeur à la tête de ce parti. Il s’était fait notamment remarquer, au lendemain de la déclaration d’indépendance du Kosovo, par ses appels à la vindicte populaire contre Natasa Kandic et sa demande d’interdire tous les partis de Serbie qui accepteraient cette indépendance. Il a tout récemment représenté le SPS au congrès du parti socialiste de BH, qui participe à la coalition gouvernementale de Dodik. Il ne manque donc pas de titres pour influencer la politique de la RS.dans le sens d’une toujours plus grande démocratie.

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