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Le référendum et les Balkans

Opinion du bureau de l’Association Sarajevo

samedi 16 avril 2005


L’Association Sarajevo s’est toujours interdit d’intervenir dans les débats politiques hexagonaux, sauf évidemment lorsqu’il s’agissait d’analyser, de commenter et le plus souvent, de condamner l’aveuglement, l’indifférence et les mauvais choix de la France - classe politique, opinion et médias réunis - face aux problèmes des Balkans en général, de la Bosnie-Herzégovine en particulier.

C’est dans cet esprit que les membres du bureau de l’Association, qui n’engagent pas l’Association dans son ensemble puisque ses adhérents n’en ont pas débattu, tiennent à faire état de leur réflexion et de leur position à l’égard du référendum sur le traité de constitution européenne, en fonction de l’avenir des Balkans, avenir qu’ils considèrent crucial, non seulement pour ses populations, mais aussi pour l’Europe tout entière.

Tous les observateurs de la situation dans la région - très peu nombreux en France - s’accordent pour considérer que si la paix, dans le sens d’absence de conflits armés, n’y semble pas menacée dans l’immédiat, l’accumulation des problèmes économiques, sociaux, politiques, institutionnels, de frontières, etc...ne saurait durer sans amener sinon une explosion, du moins des soubresauts, qui ne manqueraient pas d’affecter les pays de l’Europe protégée, quel que soit son statut ou sa constitution, qu’elle soit d’inspiration « libérale » ou « sociale ».

Les mêmes s’accordent aussi pour affirmer que ce n’est que dans le cadre de l’intégration à l’Union européenne que les pays des « Balkans occidentaux » (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Macédoine, Serbie-Monténégro) pourront trouver une réponse aux multiples questions qui se posent à eux, aussi bien par l’aide que devra leur procurer l’Europe, par les obligations qui les pousseront à procéder aux réformes nécessaires, que par les garanties qu’offrira à tous leurs citoyens le droit commun européen en matière d’exercice des libertés et de protection des minorités.

De ce point de vue, le « oui » et le « non » n’ont pas la même valeur. Si la nouvelle constitution est ratifiée, la construction européenne se poursuit, les autorités communautaires, dont le Parlement européen, sont renforcées, la politique d’élargissement est confirmée, la charte des droits fondamentaux acquiert valeur constitutionnelle, ce qui est essentiel pour l’ instauration d’Etats de droit dans les Balkans. Il n’est certes pas assuré que l’ Europe, dotée ainsi d’une plus grande capacité d’action, rompra avec son actuelle politique à courte vue, mais la possibilité d’un changement existera si les forces nécessaires pour l’imposer se manifestent, comme cela est vrai dans tous les domaines.

Si le « non » l’emporte, l’Union européenne continuera d’exister dans son impotence codifiée par le traité de Nice, ce qui ne présage pas un grand dynamisme pour s’attaquer au gigantesque chantier des Balkans, dans le contexte d’un scepticisme accru sur les chances de dégager une volonté commune d’agir. En attendant que la machine reparte, des années décisives seront perdues, d’autant plus, il ne faut pas s’y tromper, que c’est l’idée même de l’élargissement qui est mise en cause par la grande majorité des partisans du « non », qu’ils soient de gauche ou de droite, qui prêchent, chacun selon ses canons, le culte d’un idéal modèle français, fermé aux aspirations et aux besoins des autres peuples d’Europe.

Pour rester sur le terrain de l’histoire récente des guerres yougoslaves vues dans le prisme français, on ne manquera pas, en tout cas, de relever que, dans la cohorte des animateurs du camp du « non », très nombreux ont été ceux qui ont pris le parti opposé à l’intervention contre le régime de Milosevic, ce qui n’est pas sans signification sur le sens de l’orientation d’une partie importante du mouvement qui milite pour le rejet de la constitution européenne.

La condition préalable à toute grande politique d’intégration des « Balkans occidentaux » dans l’Union Européenne, clé de leur reconstruction dans un cadre démocratique, est que cette Union européenne existe, qu’elle puisse agir avec détermination et qu’elle s’ouvre sans ambiguïté aux pays qui attendent à sa porte. C’est ce qui détermine notre choix du « oui ».

Faïk Dizdarevic,Francis Jeanson,Maurice Lazar,Boris Najman


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