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La Bosnie-Herzégovine vue du Parlement européen

vendredi 16 mars 2012


Le Parlement européen a adopté le 14 mars 2012 une longue résolution sur l’élargissement de l’Union européenne à la Bosnie-Herzégovine. On en trouvera le texte intégral sur le site de l’Association Sarajevo www.association-sarajevo.org en date du 16 mars.

Le document récapitule, en les résumant, la plupart des maux qui accablent le pays et indique les pistes qui lui permettraient de sortir de l’ornière, en s’engageant simultanément sur la voie de l’intégration européenne. Il reprend en les mettant à jour, toutes les observations et critiques énoncées dans les résolutions votées précédemment, à intervalles réguliers, par le Parlement de Strasbourg.

Les députés européens ont pu, cette fois, saluer la formation en BH d’un nouveau gouvernement après seize mois de crise et se féliciter des progrès réalisés par le vote de deux lois longtemps attendues, celle sur le recensement et celle sur les aides publiques. Celles-ci étaient exigées par Bruxelles en préalable au dépôt par la BH d’une demande d’adhésion à l’UE. Il semble par ailleurs que l’adoption par le Parlement de BH du budget 2012 soit en vue, ce qui n’est pas encore le cas de l’exécution d’une autre condition posée par Bruxelles, qui concerne la mise en conformité de la Constitution à l’arrêt Sejdic-Finci de la Cour européenne des droits de l’homme, du 25-11-2009.Il s’agit des droits des citoyens bosniens qui ne se reconnaissent pas comme Bosniaques, Croates ou Serbes, à se présenter aux élections à la Présidence collégiale de la BH et à celles de la Chambre des Peuples. Sur ce point, les désaccords persistent.

La résolution balaie tout le champ des carences et des problèmes qui minent la société bosnienne, de l’éducation à la justice, de la corruption au respect de l’annexe 7 des accords de Dayton qui a trait aux retours des personnes déplacées, de la remontée des extrémismes nationaux et religieux à la lumière à faire sur les crimes sexuels commis pendant la guerre, etc...

Mais son thème dominant est le renforcement des institutions centrales de l’Etat par une réforme constitutionnelle, nécessité soulignée dans plusieurs passages du texte. Le malheur est que les députés européens, qui insistent depuis longtemps sur cette condition clé de toutes les réformes indispensables, ne proposent rien pour avancer dans ce sens, sinon le sempiternel appel à la bonne volonté des responsables politiques bosniens, dont la plupart sont bien installés dans le statu quo. C’est principalement le cas des dirigeants de la RS qui ne démordent pas de leur opposition à toute centralisation du pouvoir en BH, même légère. Leur volonté est au contraire d’aller vers une dissolution du pays et de son Etat.

La résolution du Parlement européen se termine par un point 58, qui illustre bien la singulière situation de la BH dans la région. Il y est écrit : « Le Parlement européen se dit préoccupé par le fait que la Bosnie-Herzégovine soit le seul pays de la région à ne pas autoriser l’entrée de ressortissants du Kosovo sur son territoire ; prie dès lors instamment les autorités de Bosnie-Herzégovine d’accepter les documents de voyage des ressortissants du Kosovo pour entrer dans le pays, comme le font la Serbie et d’autres pays ; » Cet exemple montre à quel point le pouvoir de nuisance des dirigeants de la RS est grand, car c’est eux qui s’opposent à la liberté de circuler des citoyens du Kosovo, que la Serbie a été obligée d’accepter sous la pression de l’UE. Il montre aussi la faiblesse des autorités de Bruxelles face à l’arrogance de Milorad Dodik, qui érige la Republika Srpska en bastion de l’ultra-nationalisme serbe. L’UE n’a, en fait, pas de politique en direction de la BH, si ce n’est celle du laisser-faire.

Les élections législatives et, peut-être, présidentielles qui se tiendront en Serbie le 6 mai révèleront la nouvelle configuration des forces politiques dans ce pays. Que le Président Boris Tadic en sorte, ou non, vainqueur, il serait souhaitable qu’à leur issue, l’UE invite la Serbie, qui a dû céder sur le Kosovo à considérer qu’elle a aussi un rôle à jouer dans l’établissement d’un Etat viable en BH, en se désolidarisant de l’extrémisme de Dodik et de ses partisans en BH. Ce devrait être, pour la Serbie, une condition sine qua non de son adhésion à l’UE, car le problème de la BH demeure crucial dans les Balkans et en Europe et, comme se plait à le dire le ministre des affaires étrangères serbe Vuk Jeremic, sa clé se trouve à Belgrade. Si les autorités européennes continuent de refuser d’agir, et l’exemple du Kosovo prouve qu’elles le peuvent, les bonnes résolutions du Parlement européen continueront de ne servir qu’à encombrer ses archives.

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