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Prochaine signature de l’ASA entre l’UE et la BH. Incertitudes serbes

vendredi 30 mai 2008


Les ministres des affaires étrangères des 27, réunis à Bruxelles le 27 mai, ont prévu que la signature de l’Accord de stabilisation et d’association (ASA) avec la Bosnie-Herzégovine se ferait lors de la prochaine tenue de leur Conseil, le 16 juin. Le vice-président de la Commission, Jacques Barrot, avait lancé la veille le dialogue avec les autorités bosniennes en vue de la libéralisation du régime des visas d’entrée dans les pays de l’UE, qui dépendra de la réalisation d’un certain nombre de conditions techniques et d’autres, relatives notamment à la lutte contre le crime organisé, la corruption et l’immigration illégale. La BH rattraperait ainsi une partie de son retard, en matière d’intégration européenne, sur les autres pays de la région.

Les chefs de la diplomatie européenne ont par ailleurs exprimé leur satisfaction du résultat des élections en Serbie, dont ils espèrent qu’il conduira à la formation d’un gouvernement avec un clair agenda européen et un engagement constructif dans le processus de l’intégration européenne. Ils ont confirmé que la Serbie pourrait accéder prochainement au statut de pays candidat à l’UE, si elle remplissait les conditions nécessaires. Celles-ci n’ont toutefois pas été rappelées. Au moment où le Procureur en chef du TPI, Serge Brammetz, s’apprête à présenter son premier rapport au Conseil de Sécurité, qu’on annonce négatif pour ce qui concerne la coopération des autorités serbes, il était sans doute inopportun de trop préciser les choses.

Pour l’heure, la "victoire" du camp européen peine à se concrétiser en Serbie. Après l’accord sur les principes d’une coalition gouvernementale, vite et facilement obtenu entre les radicaux (Seselj), les nationalistes qu’on ne qualifie plus maintenant de "modérés" ( Kostunica) et les socialistes (héritiers de Milosevic), les trois partenaires se sont entendus pour constituer l’exécutif de la municipalité de Belgrade. La fonction de maire devrait très probablement revenir au radical Aleksandar Vucic, ministre de l’information sous Milosevic en 1998-1999, au plus fort des attaques contre les médias indépendants.

Ce sérieux accroc à la conclusion d’un accord politique entre les partisans du Président Tadic et les socialistes, nécessaire à la constitution d’un gouvernement à direction démocrate, n’est toutefois pas irréparable. Il est certes difficile pour les démocrates et leurs alliés de tolérer que les socialistes offrent la capitale aux radicaux, mais les socialistes peuvent très bien rompre l’accord qu’ils viennent de signer, s’ils y trouvent leur intérêt. L’actuel maire démocrate de Belgrade a fixé au 14 juillet la réunion du conseil municipal qui élira le nouveau titulaire de la fonction. Les tractations tous azimuts actuellement engagées auront jusque là le temps de porter leurs fruits, dans un sens ou dans un autre, avec le supplément d’incertitude introduit par les dissensions qui sépareraient, dit-on, les socialistes de leurs alliés de deux petites formations, le parti des retraités et la "Serbie unie" de l’homme d’affaires et ancien compagnon d’Arkan, Dragan Markovic "Palma", fortement attirés par les démocrates.

Les dirigeants du SPS jugent, en tout cas, leur situation suffisamment forte pour dicter leurs conditions à leurs alliés potentiels des deux bords A Kostunica, ils demandent de renoncer à faire annuler d’emblée l’Accord de stabilisation et d’association approuvé par la majorité du gouvernement sortant. Aux démocrates, ils demandent de faire cesser les "persécutions" contre la famille Milosevic et de libérer de prison l’ancien directeur de la télévision RTS, condamné comme responsable de la mort de 11 de ses employés qu’il avait maintenus dans l’immeuble de la station, sachant qu’il allait être bombardé par l’aviation de l’OTAN. Ils attendent des deux blocs une prise en compte de leurs revendications en matière de revalorisation des revenus des couches les plus défavorisées du pays, particulièrement les personnes âgées et les retraités qui constituent la base électorale de leur parti.

Malgré l’accord municipal de Belgrade, les démocrates continuent de croire à leurs chances de bâtir une majorité avec le SPS. Boris Tadic a renouvelé son appel à la réconciliation nationale entre les forces politiques qui ont exercé le pouvoir en Serbie avant et après 2000, autrement dit à passer l’ère Milosevic, sa politique et ses crimes, aux oubliettes. Le LDP, qui s’est résigné à soutenir un gouvernement démocrates-socialistes pour que la Serbie avance sur la voie européenne, commence à trouver la pilule par trop amère. Les dirigeants du parti démocrate présentent l’alliance avec les socialistes comme naturelle entre partis "de gauche".Boris Tadic avance même que Zoran Djindjic l’avait aussi envisagée, ce qui a formellement été démenti par Zoran Zivkovic , l’un de ses proches et son successeur au poste de Premier ministre après son assassinat.

Le ministre des Affaires étrangères de Serbie, Vuk Jeremic, tente de mener une entreprise du même genre au plan international. Mettant en parallèle, lors d’une réunion à Zagreb, le sort de Vukovar et celui des Serbes de la Krajina, il en a conclu que les torts passés des uns et des autres était également partagés et qu’il fallait maintenant se tourner vers l’avenir européen de la région, pour lequel la Croatie et la Serbie devaient jouer conjointement le rôle de leaders. Au moment où la Cour de justice internationale commence son examen de la plainte pour génocide déposée contre la Serbie par la Croatie, ces propos ont été très mal reçus par les dirigeants croates qui y ont vivement répliqué.

Bruxelles et les capitales européennes se déclarent assurées de l’orientation démocratique et européenne de la Serbie. Leurs responsables veulent croire que les difficultés apparues à Belgrade ne relèvent que d’habituels problèmes d’arithmétique parlementaire. Le SPS leur semble avoir déjà opéré sa mue en parti social-démocrate respectable, prêt à entrer dans la grande famille de l’Internationale socialiste, ce qui a été le souhait constant de son fondateur Milosevic. Le Président de l’Internationale socialiste et du PASOK, ancien Premier ministre du gouvernement grec, Georges Papandreou, se prête aimablement à ce jeu.

Pour ce qui est de la démocratie, les dirigeants européens devraient pourtant savoir qu’en févier dernier encore, le Président du SPS Ivica Dacic demandait au Parlement serbe l’interdiction des partis qui accepteraient l’indépendance du Kosovo et fustigeait, dans la même enceinte, la conduite de la militante des droits de l’homme Natasa Kandic, accusée de trahison. Singulière posture démocratique pour celui qui est destiné à devenir le vice-premier ministre du futur gouvernement de la Serbie, qu’il soit à dominante radicale ou démocrate.

Pour ce qui est de l’Europe, les propos d’Ivica Dacic ne diffèrent guère de ceux de ses collègues démocrates dont le violent amour de l’Union européenne égale leur non moins violente condamnation de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par, à ce jour, 20 pays de l’Union, avec la récente décision de la République tchèque. Mais, très étrangement pour des observateurs naïfs de la scène diplomatique européenne, les gesticulations permanentes du Ministre des Affaires étrangères Jeremic contre ce qui est la politique de l’Union en direction du Kosovo, ne semblent guère affecter ses confrères européens. C’est très timidement que la ministre des affaires étrangères d’Autriche, Ursula Plassnik et son collègue de Slovénie, Dimitrij Rupel viennent de laisser entendre aux dirigeants serbes que l’adhésion à l’UE impliquait de bons rapports de voisinage avec tous les pays de la région, y compris donc le Kosovo. Une grande majorité de députés européens, contre l’avis de leurs collègues d’Espagne, de Chypre, de Grèce, de Roumanie et de Slovaquie, et malgré la protestation de la délégation serbe, ont accepté que le drapeau du Kosovo flotte à Bruxelles pendant une réunion avec des représentants des parlements des Balkans occidentaux, celui du Kosovo compris. De même que l’arrestation et la livraison à La Haye de Mladic et consorts restent toujours - bien que sans grande conviction -exigées de Belgrade, l’inéluctabilité de la reconnaissance de l’existence d’un Etat du Kosovo devrait être rappelée à la Serbie, mais l’Union européenne préfère ne pas prononcer les mots qui fâchent.

On se retrouve ainsi dans la vieille position d’attente que les choses s’arrangent d’elles-mêmes, au risque de voir au contraire la situation pourrir et s’aggraver. La réhabilitation du SPS, si elle se confirmait, serait le dernier signe de l’aveuglement volontaire d’une Europe incapable de peser sur sa propre destinée, aujourd’hui comme hier.

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