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Peter Sorensen, représentant spécial de l’UE en Bosnie-Herzégovine est arrivé à Sarajevo

mardi 6 septembre 2011


Le diplomate danois Peter Sorensen, nommé par l’Union européenne comme son Représentant spécial en Bonsie-Herzégovine a débarqué à Sarajevo le 5 septembre. Valentin Inzko, qui cumulait jusqu’à présent cette fonction avec celle de Haut-Représentant de la Communauté internationale, comme tous ses prédécesseurs, n’assumera désormais que cette dernière, qui dépend du Conseil de Sécurité des Nations-Unies. La répartition des compétences entre ces deux envoyés internationaux en BH est en principe claire : Valentin Inzko continuera de veiller à l’application des accords de Dayton, sous le contrôle du Conseil d’application de ces accords (PIC), dans lequel sont représentés 55 Etats ou organisations internationales ; Peter Sorensen sera chargé d’assister la Bosnie-Herzégovine dans le processus de son adhésion à l’Union européenne. Le premier aura toujours le droit d’annuler les actes qu’il estimerait contraires à ces accords et de destituer les personnes qui agiraient à leur encontre ; le second, outre sa capacité de donner des conseils, aura à sa disposition les « mesures restrictives » prévues par une décision du Conseil de l’UE du 21 mars 2011 « à l’encontre de certaines personnes physiques et morales dont les activités portent atteinte à la souveraineté, à l’intégrité territoriale, à l’ordre constitutionnel et à la personnalité internationale de la Bosnie-Herzégovine… ou nuisent à l’application de l’accord-cadre général pour la paix de Dayton/Paris et de ses annexes ». Les deux hommes ne manqueront pas de marquer d’emblée leur bonne entente, mais il faudra attendre le résultat de leurs actions complémentaires pour juger si la nouvelle organisation de la présence internationale en BH sera plus efficace que l’ancienne, dont il faut bien constater l’échec. L’Union européenne se trouve, en tout cas, maintenant en première ligne pour aider la BH à réaliser les réformes qu’elle lui réclame pour avoir en face d’elle des interlocuteurs fiables ce qui, dans les circonstances présentes, paraît plus aléatoire que jamais.

La réunion des six principaux partis politiques bosniens qui s’est tenue, à Mostar, le jour même de l’arrivée en BH de Peter Sorensen, n’a en effet pas abouti à un accord sur la formation d’un gouvernement central, onze mois après les élections. Si les participants à la réunion ont noté des progrès dans le règlement de questions que Bruxelles juge prioritaires, à savoir le recensement, le statut de la propriété militaire et celui de l’aide de l’Etat, rien n’a avancé pour ce qui concerne les réformes constitutionnelles et la répartition des portefeuilles ministériels où l’affrontement principal se livre entre le SNSD ( Alliance des sociaux-démocrates, serbe) de Milorad Dodik et le SPD ( parti social-démocrate, d’orientation multiethnique) de Zlatko Lagumdzija. Comme il est maintenant admis que la présidence du gouvernement reviendrait à un membre du HDZ croate, se trouvent surtout en jeu le nombre de ministres de chaque camp et l’attribution du ministère des affaires étrangères. La définition d’un véritable programme de gouvernement n’est pas vraiment à l’ordre du jour. Le SPD, qui a obtenu le plus de suffrages aux élections du 3 octobre dernier, revendique le portefeuille des affaires étrangères pour son président Lagumdzija, ce que rejette énergiquement Dodik qui, au nom de la rotation « ethnique », non inscrite dans la constitution de Dayton, le demande pour un parti serbe, le sien ou le SDS.

Le SNSD et le SDS (fondé par Karadzic), vigoureux adversaires sur le plan intérieur en RS, viennent de conclure un accord pour défendre des positions communes dans le sens d’un renforcement des pouvoirs des entités, c’est-à-dire de la Republika Srpska, notamment par le retour des compétences qu’elles avaient perdues au profit de l’Etat central depuis la signature des accords de Dayton. Pour exprimer et renforcer cette cohésion du bloc serbe, presque tous les titulaires serbes des institutions de BH ont participé à une réunion convoquée par ces deux partis, à l’exception des magistrats de l’ordre judiciaire, qui se sont attiré les foudres de Milorad Dodik qui ne tolère pas qu’une quelconque autorité serbe échappe au contrôle du président de la RS qu’il est.

C’est fort de ce soutien et dans l’état d’esprit de ne rien lâcher que le Président de la RS s’apprête à accueillir Peter Sorensen. Il y a de quoi attendre avec curiosité la rencontre et les discussions entre le chantre du statu quo corrigé dans le sens d’un retour en arrière et le nouvel envoyé de Bruxelles, qui a déclaré que la BH avait besoin de changements et qu’il allait, quant à lui, se concentrer sur l’avenir, « Dayton étant une chose du passé ». Cela finira-t-il, comme toujours dans le passé, dans l’immobilisme de l’UE, ou au contraire et heureusement, par un renouveau de sa politique en faveur de l’édification d’une Bosnie-Herzégovine unie dans ses différences ?

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