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Décès de Nikola Kovac

jeudi 27 septembre 2007


Nikola Kovac est mort à Sarajevo le 24 septembre d’une crise cardiaque.

Disparaît avec lui une personnalité qui a représenté en France, pendant les années de guerre, le meilleur de l’esprit de cette Bosnie-Herzégovine qui luttait pour maintenir son intégrité de pays démocratique et multinational, dont il était la parfaire référence.

Né en 1936, il est devenu professeur de langues romanes à l’Université de Sarajevo après y avoir fait ses études supérieures et passé une dizaine d’années en France, notamment comme lecteur de serbo-croate à l’INALCO. Il a ainsi formé, à Sarajevo, plusieurs générations d’étudiants en français et en littérature comparée, parallèlement aux nombreux travaux qu’il a publiés dans ces domaines, et aussi comme critique d’art et analyste politique.

Ministre de l’Education du gouvernement de Bosnie-Herzégovine en 1992 et 1993, il a été ensuite envoyé à Paris, où il est resté ambassadeur de 1993 à 2000, expliquant sans relâche à ses divers interlocuteurs, souvent peu ou mal informés, les causes et les enjeux de la guerre qui détruisait son pays.

Il a naturellement noué de nombreux liens d’amitié avec ceux qui, en France, ont défendu la Bosnie-Herzégovine contre ses agresseurs, laissant auprès d’eux le souvenir d’un homme intelligent, intègre, profondément attaché, malgré la modération de son ton, à des convictions intransigeantes sur les principes.

Retourné à Sarajevo à la fin de son mandat, il est revenu à ses travaux d’enseignement, d’écriture et de traduction, notamment d’auteurs français. Il portait, ces dernières années, un regard très désabusé sur le cours des événements en Bosnie-Herzégovine.

Le bureau de l’Association Sarajevo présente, avec une très grande tristesse, ses condoléances à son épouse Bubana et à ses enfants.

Le bureau de l’ Association Sarajevo


Témoignage :

La première fois que je l’ai vu, c’était à l’automne 1993, le lendemain de sa prise de fonctions en tant que premier ambassadeur de Bosnie-Herzégovine en France. C’était au siège parisien de la campagne d’opinion « Sarajevo Capitale Culturelle de l’Europe », un vaste mouvement international d’intellectuels, d’écrivains et d’artistes qui ne supportaient plus d’assister passivement à la partition ethnique de la Bosnie-Herzégovine exécutée au couteau et au canon sous les yeux ébahis des citoyens du monde, et qui s’emparaient de la culture comme du seul levier encore à leur disposition pour mobiliser les opinions publiques et faire pression sur la diplomatie.

Ma première impression de Nikola Kovac, je m’en souviens parfaitement : un homme las, accablé même – mais comment ne pas l’être, après avoir passé 17 mois sous les bombardements et les tirs de snipers à Sarajevo, qui était alors « un immense camp de concentration à ciel ouvert », selon les mots de son maire de l’époque, Muhamed Kresevljakovic. Mais c’était aussi et surtout, un homme d’une intégrité sans faille, d’une grande courtoisie, qui écoutait beaucoup et parlait peu, d’une voix mesurée, en termes choisis.

Professeur de littérature française à la Faculté des Lettres de Sarajevo, traducteur de Michel Foucault, ancien ministre de la culture, Nikola Kovac se référait volontiers à Albert Camus pour exprimer sa vérité sur son pays : « Je ne puis admettre une Bosnie divisée en plusieurs Etats ethniquement purs ; ma révolte me dicte de ne pas céder sur ce point, disait-il. On ne peut accepter de renier ses valeurs sans se trahir ; je pense, à l’instar de Camus, que les valeurs ne se construisent pas d’elles-mêmes et qu’il faut savoir conserver celles que l’on possède si l’on veut en créer d’autres... » Serbe de Bosnie originaire de l’Herzégovine, avocat d’une démocratie multinationale, il synthétisait par sa personne et ses positions la complexité de ceux qui refusent de se laisser définir par un seul mot, rabattre à une identité unique. Et ce sont ces principes-là qu’il a défendus inlassablement chez nous, en France, dénonçant le silence honteux et humiliant de la Communauté Internationale vis-à-vis de son pays martyrisé.

Je n’ai cessé de le croiser à Paris tout au long des années 1990. J’ai lu tous ses ouvrages en traduction française, souvent avant leur publication. Mais il aura fallu la fin de la guerre et les difficiles années de l’après-guerre pour que j’aie l’occasion de découvrir un autre Nikola Kovac, immergé dans son « milieu naturel » qui était l’Université et la littérature. Et de m’apercevoir que « Monsieur l’Ambassadeur » était avant tout un être humain drôle et spirituel, chaleureux et généreux. A tous ceux qui se souviennent de lui en France - et ils sont nombreux -, Nikola Kovac va beaucoup manquer désormais.

Sophie KEPES, écrivain

Texte pour le journal "Dani"


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