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Avant la conférence internationale de Sarajevo, le 2 juin

vendredi 21 mai 2010


On ne pourra prétendre que la crise permanente qui mine l’existence de la Bosnie-Herzégovine n’aura pas été diagnostiquée, y compris par les autorités internationales qui portent des responsabilités en la matière. La liste est longue des rapports et recommandations des diverses instances de Bruxelles ( Conseil, Commission,Parlement), du Conseil de l’Europe, de la Cour européenne des droits de l’Homme, du Conseil de sécurité de l’ONU, sans omettre le Congrès des Etats-Unis. On attend prochainement la discussion de rapports très critiques devant le Conseil de Sécurité et le Parlement européen.

Dernier en date de ces documents, le discours prononcé à Sarajevo le 20 mai par le Haut-Représentant Valentin Inzko à l’occasion d’un séminaire sur l’Union européenne et les Balkans occidentaux, est assez remarquable, dans sa concision, par la netteté de son analyse et de ses avertissements (voir le site www.ohr.int/ohr).

Après avoir rituellement relevé les quelques progrès réalisés par la Bosnie-Herzégovine sur le chemin des réformes qu’elle doit accomplir - même si certaines, comme celle de la police, ne sont guère effectives-, il a clairement désigné comme frein majeur à l’avancée du pays, la difficulté sinon l’impossibilité d’instaurer en BH un système politico-institutionnel viable. Relevant l’incompatibilité des projets des principales forces nationalistes en présence, il n’en a nommé aucune comme principalement responsable de ce blocage et dénoncé aussi bien la mise en cause des institutions centrales de l’Etat que celle des entités. Mais tout son discours était axé sur la nécessité de doter l’Etat bosnien de l’autorité nécessaire pour mener les réformes et unifier le pays.

Plus intéressant toutefois que ce constat maintes fois dressé de la paralysie des institutions bosniennes, est ce qui peut apparaître comme une véritable leçon ou mise en demeure adressée par le Haut-Représentant à ses employeurs de la Communauté internationale et plus précisément ceux de Bruxelles : "Il est important que l’UE relève sérieusement les défis particuliers que lui posent la BH, aussi bien que ceux de la région…" "Il est important que l’UE prenne en compte la spécificité des problèmes de la région et y adapte sa politique et sa présence"… "Généralement l’UE a besoin de devenir plus active et engagée pour intensifier le processus d’intégration de la BH et de la région, afin d’atteindre les objectifs recherchés"…"La question est de savoir comment améliorer l’engagement européen. Pour ce faire, il est important que l’UE utilise plus efficacement les moyens dont elle dispose…" Elle doit mieux définir et communiquer les conditions dont la réalisation est nécessaire à l’intégration européenne. Cela est particulièrement important en BH où il y a de constantes discussions sur les compétences de l’Etat et des entités"…"Dans ce contexte, l’UE doit être prête à pousser les réformes en avant. Elle devrait, pour le dire simplement, plus activement puiser dans sa boîte à outils, user de la carotte et du bâton"…

Valentin Inzko a rappelé que la Haute-Représentante de l’UE pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton, s’était engagée devant le Parlement européen à promouvoir une nouvelle stratégie européenne pour la BH et il escomptait que l’établissement d’un nouveau service renforcé de l’intervention extérieure de l’Union permettrait cette nouvelle approche des problèmes. Il a aussi salué dans son allocution l’amélioration des relations entre Etats de la région, marquée par les visites des présidents croate et serbe en BH, le vote de la résolution du parlement serbe sur Srebrenica et les dialogues facilités par la Turquie. Il s’agit sur ce dernier point de la rencontre à Istanbul entre les chefs d’Etat serbe et turc, Tadic et Gul et le président de la présidence collégiale bosnienne Silajdzic. Celui-ci doit se rendre le 25 mai à Belgrade sur l’invitation de Boris Tadic. Il accomplira cette visite seul, sans le membre serbe de la présidence, Radmanovic, ni celle de son membre croate, Komsic, qui refuse d’aller à Belgrade en raison de l’emprisonnement de l’ancien responsable de Tuzla, Ilija Jurisic, injustement condamné pour crimes de guerre par la justice serbe selon les autorités de la Fédération. La rencontre entre Silajdzic et Tadic ,critiquée par Banja Luka qui affirme que le coprésident bosniaque agit sans mandat, est un nouveau signe du refroidissement que connaissent actuellement les relations entre la RS et la Serbie.

Pendant ce temps, les autorités bosniennes, de concert avec celles de l’UE, s’apprêtent à accueillir, non sans querelles entre les services du ministère des affaires étrangères et ceux de la présidence du conseil des ministres, les délégations qui vont participer à la conférence internationale sur l’avenir européen des Balkans occidentaux. La question de la représentation du Kosovo a finalement été réglée par l’acceptation par la Serbie de la formule dite "Gymnich", du nom de la ville allemande où elle a été expérimentée en 1974 par les ministres des Affaires étrangères de l’UE. Elle consiste à réunir des délégués désignés par leurs seuls noms, sans autre marque ou symbole de représentation. La Serbie, qui exigeait que le Kosovo n’assiste à la réunion que par l’intermédiaire de l’UNMIK, se satisfera de la présence du chef de cette mission de l’ONU ; le Kosovo s’estimera être traité à égalité de tous les autres participants à la réunion. Celle-ci revêtira par conséquent un caractère informel, avec des échanges de vues sur tous les sujets possibles, sans décision ni communiqué final. Il est probable que les délégués des 47 pays attendus, dont tous ceux de la région, de l’UE, des Etats-Unis, de la Russie et de la Turquie, exprimeront des positions sensiblement ou fortement différentes. On a d’ores et déjà noté la vigueur des propos tenus par le nouveau secrétaire du Foreign Office William Hague, qui dans un article paru sur le site : www.europesworld.org , a préconisé, comme Valentin Inzko, la méthode de "la carotte et du bâton" et proposé une approche "musclée" de l’intervention de l’UE en BH, pour obtenir les changements nécessaires. Cela lui a valu d’être qualifié de "brute" par Milorad Dodik, connu pour la douceur de son langage. Le journaliste d’ "Oslobodjenje" Zija Dizdarevic croit savoir que la diplomatie britannique est en faveur d’une action pour un renforcement radical de l’Etat en BH, qu’elle a le soutien de Washington, mais qu’elle doit encore convaincre Berlin et Paris.

Toutes les parties bosniennes espèrent, quant à elles, qu’il sortira au moins de cette conférence quelque chose de positif concernant la libération des visas, toujours attendue et toujours reportée.

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