Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

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Les élections en Serbie

mardi 30 décembre 2003


Le meilleur des commentaires des résultats des élections en Serbie ne se résumerait-il pas dans un « pas de commentaires », tant l’événement parle de lui-même ?

Trois ans après la chute de Milosevic, près de quatre ans après l’intervention armée de l’OTAN qui a mis fin à la mainmise de Belgrade sur le Kosovo, huit ans après la fin des combats en Bosnie, la Serbie se voit et se reconnaît dans l’état où elle se trouvait quand elle s’est engagée dans le conflit qui s’est terminé par sa défaite, dans le paysage dévasté de la région. La différence, essentielle surtout pour ses voisins, est néanmoins qu’elle ne peut plus, pour très longtemps et peut-on l’espérer, à jamais, relancer des guerres pour régler ses comptes.

Sinon, la configuration politique que révèle le nouvel éventail parlementaire, ressemble largement à celle qui caractérisait le pays durant les années du règne de Milosevic. Le nationalisme demeure la marchandise la plus prisée, avec sa variante ultra, dosant différemment ses composantes Milosevic et Seselj, sa figure intransigeante mais convenable, représentée par l’ « honnête » Kostunica, son incarnation folklorique personnifiée par l’ imprévisible Draskovic. Si l’on ajoute aux suffrages de ces formations qui seront représentées au parlement celles qui se sont perdues sur de petites listes, cela fait un bloc d’au moins 70% de la population qui s’enferme dans un refus de comprendre ce qui s’est passé et de tirer une quelconque leçon de l’histoire.

Sous la pression de la nécessité économique imposée par l’Union européenne et les Etats-Unis, les partis dits démocratiques finiront sans doute par constituer un gouvernement excluant les fidèles de Seselj et de Milosevic. Mais la coalition qu’ils seront contraints de former sera minée par les haines personnelles que se vouent leurs dirigeants et paralysée par les objectifs incompatibles qu’ils affichent les uns et les autres, sur la politique économique et financière, la lutte contre les mafias, l’union avec le Monténégro, les relations avec le TPI et les pays voisins, etc.. La question tabou du Kosovo reste la seule à figurer au menu de l’Union sacrée, au prix d’un déni obstiné de la réalité. On peut douter, dans ces conditions, qu’émerge de ce magmas une politique cohérente. Pendant ce temps, le chaudron serbe continuera de bouillir et les bonnes paroles prodiguées de l’extérieur n’y pourront rien.

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