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SCANDALE EN REPUBLIKA SRPSKA

Gordana Katana (IWPR)

vendredi 7 mars 2003

Un rapport dévastateur affirme que les dirigeants d’une compagnie électrotechnique dirigée par le gouvernement de « Republika Srpska » auraient soutiré à l’économie 90 millions de dollars par an.

La Republika Srpska vient d’être ébranlée par un scandale financier retentissant, une grande compagnie électrotechnique appartenant à l’Etat ayant été accusée de mauvaise gestion et d’escroquerie par le Bureau du Haut représentant en Bosnie-Herzégovine, le OHR - (Office of the High Representant).

Le 26 février, le Haut représentant, Paddy Ashdown, à limogé Svetozar Acimovic, directeur général de cette compagnie (l’EPRS) et le gouvernement de la Republika Srpska a renvoyé dès le lendemain la plupart des membres de la direction.

Ashdown a demandé aux autorités de veiller à ce que des poursuites judiciaires soient engagées contre tous les suspects. L’OHR estime néanmoins que le gouvernement de la RS est tout aussi responsable, ayant toujours été opposé à la privatisation de cette institution.

Ces licenciements ont suivi la publication, le 25 février, d’un audit des comptes de cette compagnie, gérée par l’Etat. Le Haut représentant a accusé cette société d’avoir fait perdre à l’économie du pays des millions de marks convertibles suite à sa mauvaise gestion.

L’adjoint du Haut représentant, Donald Hays, a déclaré aux médias qu’il avait été prouvé que les fonctionnaires en question avaient outrepassé leur autorité. "Une mauvaise gestion et les conflits d’intérêt ont coûté chaque année à ce pays au moins 166 millions de marks convertibles (91 millions de dollars) - mais ce n’est là que la partie visible de l’iceberg"..."C’est une histoire de détournement, de gestion erronée, de négligence - une honte pour cette compagnie".

Acimovic a démenti catégoriquement ces allégations. " Les sommes réelles sont bien en-dessous des soi-disant 166 millions de marks convertibles dont il est question", a-t-il déclaré aux médias. Le rapport des auditeurs évoque aussi une somme de 71 millions de dollars, qui aurait été transférée du "quartier général de l’EPRS à une annexe à Trebinje, ainsi qu’aux centrales de Gacko et d’Ugljevik. Les auditeurs estiment que cet argent a été mal exploité.

La société a également été critiquée pour sa mauvaise politique dans le remboursement de ses dettes. Au lieu de les récupérer en espèces, elle a accepté d’autres formes de remboursement, ce qui a entraîné une perte d’au moins 28 millions de dollars.

Ceci est la dernière des nombreuses confrontations entre les autorités de la RS et la communauté internationale sur le sujet de la privatisation. Les dirigeants de cette entité arguent que privatiser n’est pas vraiment dans l’intérêt de la population car cela risquerait de faire monter les prix. Quant à la communauté internationale, elle accuse l’EPRS de gaspiller de grosses sommes d’argent et d’employer deux fois plus de personnel que nécessaire.

Avec l’arrivée de Paddy Ashdown en mai 2002, la situation s’est encore dégradée. Le nouveau Haut représentant a d’abord insisté pour que les sociétés appartenant à l’Etat soient vendues, tout en accusant les autorités de s’y opposer dans la crainte de perdre leur pouvoir financier. Un point de vue soutenu par de nombreux analystes. Tant le parti au pouvoir que l’opposition ont refusé de soutenir la privatisation. Les politiciens et directeurs de l’EPRS ont veillé à s’assurer le soutien des syndicats en suggérant que la vente entraînerait la fermeture de nombreux emplois dans cette compagnie.

Au mois d’octobre 2001, l’EPRS avait procédé à un appel d’offre pour revendre une partie de son excédent d’énergie dans la région et n’avait reçu qu’une seule proposition, de la part de l’EFT (Energy Financing Team), basé à Londres. Cette transaction avait encore renforcé les soupçons de l’OHR.

Le rapport du commissaire aux comptes révèle que les profits de l’EFT résultant de la "re-vente" d’énergie au Monténégro se sont élevés à 40% l’année dernière et estime que les profits pour 2003 pourraient être encore plus importants. "Ces profits sont astronomiques comparés à la marge de bénéfice habituelle, qui se situe entre un et cinq pour cent", est-il stipulé dans ce rapport. Mais l’EFT a rejeté ces accusations, affirmant que l’appel d’offre avait été négocié en accord avec les lois de la RS et de la Bosnie-Herzégovine, et de manière conforme aux conditions imposées par l’Union européenne. L’EFT a exigé que les plus éminentes sociétés internationales d’auditing procèdent à une nouvelle enquête et que les conclusions en soient présentées à l’opinion publique".

Acimovic a lui aussi réfuté toutes les accusations : "Un comité d’experts a évalué les offres et estimé que celle de l’EFT était la plus favorable. Par ailleurs, cette décision a été approuvée par Mladen Ivanic, alors premier ministre".

L’actuel premier ministre de la RS, Dragan Mikerevic, a déclaré aux médias qu’il n’avait pas encore étudié cet audit en détail, mais que son gouvernement "agirait dans le cadre de ses compétences", ajoutant que la responsabilité de ce scandale incombait uniquement aux directeurs de l’EPRS.


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