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Onzième anniversaire des accords de Dayton

mercredi 22 novembre 2006


Le onzième anniversaire de la conclusion de l’accord de Dayton a été marqué à Sarajevo par une réunion tenue à l’invitation de l’ambassadeur des Etats-Unis en BH et une réception par la Présidence collégiale de l’Etat des ambassadeurs des pays signataires de cet accord.

Les déclarations faites et les opinions émises à cette occasion n’ont apporté aucun élément nouveau de nature à faire espérer que la Bosnie-Herzégovine puisse sortir de la situation de blocage dans laquelle elle se trouve engluée.

Du côté des autorités internationales, on s’en tient au principe que le cadre général de l’accord de Dayton doit être maintenu, ce qui implique aussi bien l’assurance de la préservation de l’intégrité de la Bosnie-Herzégovine -quel que soit par exemple le futur statut du Kosovo-, que de la nécessité d’un consensus interne, à obtenir selon la procédure prévue par la constitution de Dayton, pour que celle-ci soit modifiée, ce qui exclut en fait toute possibilité de changement en profondeur, dans le court terme.

On verra comment réagiront les dirigeants de la RS lorsque sera annoncée la décision relative au Kosovo que les Nations Unies devront bien prendre après les élections du 21 janvier en Serbie, mais pour l’heure ils sont bien les seuls à se satisfaire du statu quo, dans la mesure où il leur permet de défendre leur pré carré serbe dans une Bosnie-Herzégovine impotente. L’extrême émiettement de la scène politique dans la Fédération ne fait que favoriser leur jeu d’empêchement.

C’est ainsi que les députés de la RS ont obtenu un report de la constitution de la Chambre des représentants de BH et de l’élection de son bureau sous le prétexte qu’il serait prématuré de désigner celui-ci en l’absence d’un accord sur la composition du gouvernement central, qui pourrait ne pas correspondre à la majorité dégagée au parlement. Le SDP, seul important parti "multiethnique" étant exclu ou s’étant exclu de ce gouvernement, il semble convenu que les principaux postes reviendront au SDA, au SBiH ( Silajdzic), et au SNSD (Dodik) qui revendique pour lui la présidence du conseil des ministres. La participation croate à la majorité gouvernementale et parlementaire dépendra, quant à elle, du choix des alliances que contracteront dans la Fédération le SDA et le SBiH avec l’un ou l’autre des frères ennemis du HDZ, divisés entre HDZ et HDZ 1990, le HDZ étant maintenant handicapé par la condamnation à 5 ans de prison, pour malversations, de son leader et ancien membre de la Présidence collégiale Dragan Covic, peine estimée abusive par ses amis et certains de ses adversaires. Le SDA penche vers le HDZ, le SBiH vers le HFDZ 1990 qui, comme lui, a pris position contre le projet avorté de réforme constitutionnelle.

Etant donnée la conception du gouvernement bosnien qui est celle de Milorad Dodik, d’un partage des postes sur une base arithmétique et non sur une orientation politique commune, le rôle du futur gouvernement central ne pourra, de toute façon, qu’être très diminué. Il s’agira une nouvelle fois de sacrifier aux apparences d’un fonctionnement minimal des institutions, ce qui autorisera les instances internationales à s’autoféliciter d’ avoir mis la Bosnie-Herzégovine sur les rails du progrès. C’est ce que vient de faire le Conseil de Sécurité des Nations Unies le 8 novembre dont, selon le communiqué de son service de presse, "la plupart des membres ont estimé que ce pays (la BH) était désormais en mesure de s’assumer pleinement même si des blocages non négligeables demeuraient". La résolution 1722, adoptée le 21 novembre par le Conseil de Sécurité, qui a reconduit pour un an l’EUFOR en Bosnie-Herzégovine, a d’ailleurs donné une nouvelle preuve de sa confiance aux dirigeants bosniens en déclarant "qu’il incombait, au premier chef, aux autorités de Bosnie-Herzégovine, de faire progresser la mise en oeuvre de l’Accord de paix", les "appelant à participer activement au relèvement de la société civile ainsi qu’au renforcement des institutions conjointes".

Les autorités de Bruxelles utilisant à peu près le même langage apaisant, avec seulement quelques admonestations et exhortations en plus, les dirigeants de Banja Luka , principaux responsables des blocages observés, ont peu de soucis à se faire quant à un éventuel changement des règles du jeu en Bosnie-Herzégovine.

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