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La Bosnie-Herzégovine : enjeux de la transition,

sous la direction de Christophe Solioz et Svebor Dizdarevic. - Paris, L’Harmattan, 2002,160 p.

jeudi 13 mars 2003


Les auteurs des cinq textes réunis dans ce recueil, Bozidar Gajo Sekulic, Zarko Papic, Srdjan Dizdarevic,Dragoljub Stojanov et Christophe Solioz, dressent le sombre tableau de la situation de la Bosnie-Herzégovine dix ans après le début de la guerre, sept ans après l’instauration de la paix de Dayton, qualifiée par Sekulic de "paix négative" comme d’ailleurs , selon lui, celle qui régnait avant la guerre, par opposition à la "paix positive" dont il trace les traits et qu’il appelle de ses vœux.
André Svebor Dizdarevic rappelle d’entrée, dans sa préface, les données et les chiffres qui rendent compte de l’état catastrophique du pays, que chacune des études décline sur les thèmes de l’économie, du social, du droit et de la politique. Pour ne retenir qu’une seule citation de l’ouvrage, caractéristique de la tonalité de l’ouvrage, voici la liste des maux de la B.-H. que recense D. Stojanov, du seul point de vue de l’économiste :
- l’instabilité politique,
- le marché, divisé et non intégré
- les mécanismes du marché, inexistants
- la fragilité de l’ Etat et l’inefficacité de la bureaucratie
- la corruption
- l’absence de véritables institutions économiques
- l’Etat de droit, encore insuffisant
- la dépendance du pays de l’aide internationale
- l’absence d’une stratégie de développement économique
- le manque sérieux de capital, capital financier mais aussi humain et social". Démêler ce qui, dans le désastre, incombe aux responsables locaux et internationaux, n’est pas une mince recherche et c’est très justement que le préfacier note que la constatation de l’état de dépendance du pays forme le fil d’Ariane qui traverse le recueil. L’interrogation sur le rapport entre les facteurs interne et externe de la conduite des affaires en Bosnie se retrouve en effet dans toutes les contributions, comme elle l’est dans la réalité du pays.
Le schéma idéal, qui se profile en filigrane, serait assurément que les intervenants extérieurs et intérieurs œuvrent ensemble sur des projets intelligemment dirigés dans la bonne direction, mais nos auteurs n’ont pas de mal à montrer que ce n’est pas ce qui a été fait jusqu’à présent, à commencer par l’invention de l’absurde architecture institutionnelle de Dayton. A l’inadéquation ou au retard des mesures prises par le Haut-Représentant répondent le sabotage ou l’insuffisance des dirigeants locaux, à la gabegie générée par l’aide internationale, qui nourrit d’abord sa propre administration, répond la corruption de certains politiciens du cru. Les mauvaises orientations, s’ajoutant aux défaillances humaines, révèlent des "quadratures du cercle" et des "cercles vicieux" explicatifs du défaut de décollage de la société et de l’économie bosniennes, bien que l’aide internationale ait permis la remise en état des infrastructures de base. Plusieurs des auteurs insistent sur l’erreur commise, qui consiste à compter sur les seules vertus d’un marché unifié pour rebâtir une société unifiée sur des bases démocratiques, alors que les conditions politiques et institutionnelles de cette stratégie ne sont pas réunies.
Certains des auteurs des contributions, écrites avant les dernières élections, escomptaient que l’Alliance pour le Progrès réussirait, sur la base d’un partenariat avec le Haut-représentant, à changer la donne politique et à enclencher les réformes nécessaires à la fondation d’un authentique Etat de droit en Bosnie-Herzégovine. Les dernières élections ont balayé cet espoir qui, pour le moins, peinait à prendre corps. Z. Papic privilégiait, pour sa part, l’action des organisations de la société civile comme substitut de celle des institutions et partis politiques défaillants.
Tout cela est aujourd’hui à revoir et la "Communauté internationale" se retrouve plus que jamais devant le choix entre un retrait impossible, un statu quo intenable et un protectorat officiellement inavouable.
Mais quelle que soit l’option retenue, encore que le plus probable soit qu’aucune ne s’affirme clairement, les problèmes fondamentaux de la Bosnie resteront et avec eux l’intéret d’une "réflexion sur le processus de transition en Bosnie-Herzégovine, le role et la responsabilité à la fois des acteurs locaux et de la communauté internationale, et notamment de l’Europe", ambition affichée de ce livre.

Maurice LAZAR


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