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Vers un large accord en Bosnie-Herzégovine ?

jeudi 9 décembre 2010


La note dominante des commentaires sur la situation en Bosnie-Herzégovine après les élections d’octobre est qu’après l’exacerbation des tensions qui n’avait cessé d’enfler ces dernières années, un modus vivendi serait en voie d’élaboration pour permettre, sinon une réconciliation générale, du moins un apaisement des relations entre les forces politiques du pays, jusqu’à présent séparées par des antagonismes apparemment irréductibles. Le rapprochement entre le SDP (sociaux-démocrates) de Zlatko Lagumdzija, vainqueur dans la Fédération, et le SNSD (sociaux-démocrates indépendants) de Milorad Dodik, dominant en RS, en serait le signe le plus évident avec le retournement spectaculaire des positions de ces partis et de leurs leaders, qui ne s’étaient pas épargné invectives et insultes durant la campagne électorale. Pour Dodik, Lagumdzija était la dernière incarnation de la volonté de domination des Musulmans sur les autres composantes nationales de la BH ; quant à Lagumdzija, il demandait l’exclusion du SNSD de l’Internationale socialiste (dont les deux partis sont membres !), autant pour des raisons éthiques que politiques. Autrement dit, ils n’étaient d’accord sur rien et principalement pas sur ce qui se trouve au cœur de la confrontation qui se joue en Bosnie-Herzégovine entre principes ethnique et civique.

Mais après une période pendant laquelle les deux partis ont évité de se rencontrer, l’arithmétique des résultats électoraux les a conduits à la conclusion qu’il serait difficile de constituer une majorité gouvernementale au niveau de l’Etat central sans la participation de l’un et de l’autre. Comme c’est aussi le désir de la plupart des autres formations politiques, intéressées à conserver des positions de pouvoir dans une large coalition, et par ailleurs le souhait de l’Union européenne, avant tout soucieuse d’un semblant de stabilité politique pour se sortir du guêpier bosnien, il ne restait au SDP et au SNSD qu’à tenter de jouer la carte de l’entente, avec pour objectif prioritaire affiché l’engagement de la BH sur le chemin de l’intégration européenne. Le SDP, qui a fait de cette orientation le pilier de sa politique, y trouve son compte ; le SNSD n’a rien contre à condition que soient maintenus les pouvoirs et compétences actuels de l’entité serbe, d’autant plus que l’adhésion à l’UE demeure parallèlement la grande affaire de Belgrade qui soutient pleinement les dirigeants de la RS.

Les deux partis ont ainsi annoncé qu’ils allaient essayer de trouver des solutions concrètes aux problèmes les plus urgents dont la "Communauté internationale" et l’UE demandent les solutions, à savoir celui du recensement et de la propriété des biens publics, sur lesquels la RS a pris des mesures unilatérales illégales, celui du statut de Brcko et celui de la réforme constitutionnelle. En ce qui concerne celle-ci, si la question posée par l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme condamnant la discrimination ethnique en matière électorale pourrait être facilement réglée, il n’y a guère d’espoir d’une avancée réelle sur le point fondamental des mécanismes de prise de décision et notamment sur le droit de veto des entités, qui empêche tout travail de réforme en profondeur de la politique, de l’économie et de la société bosniennes. Sur ce point, l’idée est avancée que ce droit de veto soit exclu pour tout ce qui touche aux réformes nécessaires au processus d’adhésion à l’ UE, concession a priori peu envisageable de la part du bloc serbe renforcé par l’accord réalisé entre le SNSD et le SDS (fondé par Karadzic), mais dont l’acceptation serait le véritable test de sa prétendue volonté de compromis.

Au cas où l’accord gouvernemental entre le SPD et SNSD se réalisait, et il faudrait qu’en soient aussi parties prenantes les autres forces politiques bosniennes, le plus probable serait qu’il n’irait guère au-delà d’un gel de la situation, dans un climat qu’on espère plus serein, encore que de récentes déclarations de Milorad Dodik (voir Le Courrier des Balkans du 7 décembre) montrent que le tout-puissant dirigeant de la RS ne baisse ni le ton ni ses prétentions. De toute façon, les tractations partisanes continuent dans tous les sens et il faudra attendre la constitution des majorités dans les cantons et le parlement de la Fédération pour que puisse se former la direction des institutions centrales de l’Etat, ce qui risque de prendre beaucoup de temps. La participation du SDA, parti majoritaire bosniaque, ne posant pas problème majeur, l’une des questions épineuses est celle de la représentation croate, éclatée entre les deux HDZ et deux autres partis plus petits, en désaccord tant sur les alliances à passer que sur les formules constitutionnelles devant assurer l’égalité des droits des Croates en BH. Le HDZ-BH de Dragan Covic qui a renoué avec le HDZ-1990 pour constituer un bloc croate face au bloc serbe et au bloc bosniaque, notion que refusent énergiquement le SDA comme le SDP, est assuré du soutien de Milorad Dodik dans sa revendication d’une troisième entité et sa candidature à la présidence du Conseil des ministres, rejetés l’une comme l’autre par le SDP et le SDA.

Si la tendance vers un large accord se confirmait, elle signifierait, à moins d’un effectif changement de cap constitutionnel, autant l’impuissance des forces internes à refonder le système politique bosnien dans le sens d’une démocratie efficiente que le désintérêt de l’Union européenne cet égard, la Bosnie-Herzégovine étant reléguée au dernier rang de ses préoccupations, au profit de la prééminence du rôle accordé à la Serbie dans la région, qui se voit ouvrir toutes grandes les portes de l’Europe. Les restrictions encore formulées en raison de l’impunité persistante de Mladic dénoncée par le Procureur en chef du TPIY, Serge Brammertz, dans son dernier rapport au Conseil de sécurité de l’ONU, apparaissent de pure forme et d’aucun poids réel. Les autorités européennes, tout à leur satisfaction des messages de modération ou de réconciliation envoyés aux pays de la région par le Président Boris Tadic, ne s’estiment pas en droit de lui demander en outre de se démarquer de la politique de sabordage de la BH de son ami Dodik. Elles espèrent sans doute que la pleine adhésion de la Serbie aux valeurs européennes suffira à entraîner toute la région vers l’intégration à l’Union européenne, y compris la Bosnie-Herzégovine maintenue dans le carcan de ses divisions imposé par la violence de la "purification ethnique". La position singulière de la Serbie à propos de son refus de participer à la cérémonie de remise du prix Nobel au prisonnier chinois Liu Xiaobo, de même que,outre la Chine, 18 autres pays peu réputés pour leur attachement à la démocratie et aux droits de l’homme, devrait en dire long sur la fiabilité de cet engagement. Le rapporteur du Parlement européen pour la Serbie, Zeljko Kacin, s’est déclaré profondément choqué de cette décision de la part d’un pays candidat à l’adhésion à l’Union européenne.

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