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Lettre à Jean-Christophe Cambadélis

Secrétaire national du Parti socialiste,chargé des relations internationales

dimanche 27 décembre 2009


Paris, le 26 décembre 2009

Monsieur le Secrétaire national,

Je suis heureux de pouvoir saluer, au nom de l’Association Sarajevo, le communiqué que vous avez publié, le 22 décembre, à l’occasion du dépôt de la candidature d’adhésion de la Serbie à l’Union européenne.

Dans le silence quasi général du milieu politique français, vous avez justement posé les questions qui s’imposent quant aux conditions cruciales qui restent à remplir par les autorités serbes pour que leur demande soit prise en considération.

Je me permets de vous citer : " Mais cette Serbie émergente ne saurait faire l’impasse ni sur son passé ni sur la nécessité d’améliorer les relations avec les Etats immédiatement voisins. De nombreuses décisions et actions symboliques doivent encore être prises :

 L’arrestation de Ratko Mladic

 La normalisation des relations entre Pristina et Belgrade

 La reconnaissance par l’ex-parti de Milosevic de sa responsabilité dans les drames vécus par les populations de l’ex-Yougoslavie".

Ces réserves d’importance tempèrent quelque peu les éloges que votre communiqué adresse par ailleurs au Président Boris Tadic et à son gouvernement pour leur orientation démocratique et pro-européenne car leur politique est contradictoire, en tous points, de celle que vous attendez d’eux. Il s’agit sans doute de ménager les sentiments du "parti frère", membre de l’Internationale socialiste, qu’est le Parti démocrate de Boris Tadic, dont vous n’êtes quand même pas sans ignorer qu’il est devenu l’allié du Parti socialiste serbe, celui-là même que vous désignez comme l’ "ex-parti de Milosevic" alors qu’il s’agit bien du même. Le président de celui-ci, Ivica Dacic, est d’ailleurs le très influent ministre de l’Intérieur du gouvernement serbe, après avoir été le porte-parole du SPS présidé par Milosevic pendant les années des guerres yougoslaves.

L’actualité immédiate apporte un nouveau sujet de préoccupation quant au rôle que s’attribue la Serbie dans les Balkans, en relation avec son éventuelle intégration à l’Union européenne. Je vous adresse, en pièce jointe, l’information diffusée par la radio serbe sur la réunion tenue à Belgrade le 24 décembre autour de Boris Tadic, avec des délégués serbes venus de tous les pays voisins de la Serbie. Celle-ci entend, de fait, s’instituer en protectrice de toutes les populations serbes dispersées dans la région. Cette prétention, qui rappelle la politique grand-serbe à l’origine des guerres des années 90, est de nature à s’interroger sur la fonction stabilisatrice pour la paix dans les Balkans à laquelle aspire le gouvernement de Belgrade, avec l’accord apparent des capitales européennes.

Parmi les participants à cette réunion du 24 décembre figurait au premier rang Milorad Dodik, Premier ministre de la "Republika Srpska" et Président du SNSD (sociaux-démocrates indépendants de la RS), autre parti étonnement membre de l’Internationale socialiste et qui aurait plutôt sa place dans un rassemblement des partis ultra-nationalistes européens, s’il en existe un. Il conduit en effet une politique chauvine qui risque de mener droit au démembrement de la Bosnie-Herzégovine, avec ses redoutables conséquences pour la paix dans les Balkans et en Europe.

Je ne veux pas développer ici de plus amples considérations sur les risques qu’il y aurait à introduire dans l’Union européenne un pays qui n’aurait pas au préalable réglé les questions essentielles que vous mentionnez dans votre communiqué, et peut-être aussi clarifié ses relations avec la Russie de Poutine, l’amitié privilégiée avec celle-ci étant présentée par les autorités de Belgrade comme le deuxième pilier de la politique étrangère de la Serbie, l’autre étant l’adhésion à l’UE.

L’Association Sarajevo espère qu’au cas où le gouvernement français négligerait de prendre en compte vos observations sur les conditions à poser à l’acceptation de la candidature de la Serbie à l’UE, le Parti socialiste saurait défendre avec vigueur sa position sur le sujet comme il le fait dans les autres domaines de la politique intérieure et internationale.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Secrétaire national, mes cordiales salutations.

Boris Najman,

Président de l’Association Sarajevo, antérieurement présidée par Francis Jeanson.


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