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Après l’élection présidentielle en Serbie

mercredi 30 juin 2004


En donnant la victoire à Boris Tadic, les électeurs de Serbie ont d’abord voulu écarter le danger majeur qu’aurait représenté pour l’avenir de leur pays l’élection du candidat du parti radical, dont le leader Seselj, emprisonné à Scheweningen, symbolise toutes les dérives criminelles de la politique serbe de l’ère Milosevic. Qu’ils aient saisi l’importance de l’enjeu et accompli le geste collectif de rejet qui s’imposait est un acte politique de grande portée, qu’il faut saluer.

Il serait néanmoins illusoire de s’en tenir à une satisfaction de l’instant, car les conditions dans lesquelles a été obtenu le succès de Tadic ne sont pas, pour la Serbie, le gage d’une stabilisation démocratique assurée. L’abstention de 51,5 % des électeurs, le poids des 45 % des suffrages exprimés en faveur de l’ultra-nationaliste Nikolic, sont l’expression de la méfiance de la population envers l’ensemble des formations politiques et de la persistance d’un puissant courant hostile à toute ouverture vers l’extérieur et la modernité. Le candidat de Seselj a brandi avec insistance, tout au long de sa campagne électorale, l’étendard de la « Grande Serbie », fût-ce en faisant mine de renoncer aux méthodes que le nationalisme serbe avait été contraint, par la force, d’abandonner. Il a, sans vergogne, affiché sa pleine solidarité avec les criminels poursuivis par le TPI.

Le « camp démocrate » reste, pour sa part, traversé par les divisions qu’il connaît depuis la chute de Milosevic. Le fait nouveau est que Tadic, l’héritier de Djindjic, ait, avec ses 28 % du premier tour, largement distancé Marsicanin, le pâle représentant de Kostunica, qui n’a recueilli que 13 % des voix. Cette suprématie déplace le centre de gravité du bloc électoral majoritaire, encore que la percée de Karic (19%), homme d’affaires qui a bâti sa fortune sous le règne de Milosevic, vienne brouiller la signification des évolutions en cours.

L’appui apporté à la candidature de Tadic par les secteurs les plus en pointe de l’opposition au nationalisme serbe, qu’il se présente sous les couleurs de Milosevic, de Seselj ou de Kostunica, indique néanmoins qu’il existe aujourd’hui une chance réelle de faire bouger les choses en Serbie. Il semble, en effet, que les vainqueurs du scrutin aient compris, leçon de l’assassinat de Djindjic à l’appui, que leur salut, comme celui de leur pays, ne résidait pas dans la timidité, mais dans la radicalisation de la rupture avec le passé récent de la Serbie.

L’attitude des autorités vis-à-vis du TPI sera, de ce point de vue, immédiatement éclairante. On peut espérer que les dirigeants de Belgrade auront bien pris conscience de ce que les proclamations de foi européenne devaient s’accompagner des preuves de leur sincérité et que l’obstination bornée de Kostunica n’est plus de mise dans ce domaine.

Pour le moment, l’accession de Boris Tadic à la Présidence de la Serbie, fonction qui ne comporte que peu de pouvoir effectif sur la marche des affaires du pays, ne peut avoir qu’un effet d’image, même s’il revêt beaucoup d’importance dans les circonstances présentes. Le gouvernement dirigé par Vojislav Kostunica reste celui constitué sur la base d’une alliance parlementaire de la coalition DSS (Kostunica)-G 17 (Labus) - SPO-NS (Draskovic) avec le SPS de Milosevic, mais il est évident que la position de Kostunica, qui n’a cessé de poursuivre sa guerre posthume contre Djindjic, pour la perdre, est sortie très fragilisée de ces élections. Il faudra du temps et une nouvelle consultation populaire pour que les clarifications s’opèrent, dans les esprits et sur la scène politique, et rien n’est joué. Des réformes nécessaires dans toutes les structures du pays, aux questions que posent les relations avec le Kosovo, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine, les difficultés ne manquent pas, qu’ il faudra trancher, souvent de manière douloureuse.

Placée sous le signe de l’ouverture européenne, la campagne de Tadic a payé. Les instances européennes devront répondre au désir exprimé, mais en maintenant les exigences, maintes fois renouvelées, de conformité aux obligations à juste titre imposées. Le revirement attendu de Belgrade sur la question des criminels de guerre sera, en la matière, un test décisif. A Belgrade, comme à Banja-Luka, les dirigeants serbes se trouvent maintenant, après tant d’années perdues, devant des choix cruciaux.

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