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Un point de vue de Sarajevo

La débâcle post-électorale du SDP

mercredi 4 décembre 2002


Le parti social-démocrate n’a pas eu la force d’analyser les causes de sa débâcle électorale et de procéder, sur cette base, à sa propre démocratisation en revenant à ses sources, c’est-à-dire à son programme originel.

Le triomphe de Lagumdzija au congrès extraordinaire du Parti social-démocrate de B-H a été marqué par le départ mouvementé du premier président de ce parti, Nijaz Durakovic, lequel porte - avec le nouvel-ancien leader Zlatko Lagumdzija - l’entière responsabilité de l’échec électoral du SDP. Le groupe des opposants et membres de la présidence du SDP n’a pas su imposer l’analyse critique des causes de l’échec électoral, ni un changement des statuts, ce qui aurait permis de réduire les pouvoirs du président et de démocratiser le mouvement. Ce groupe a d’ailleurs sa part de responsabilité dans le déroulement des événements et la situation où s’est retrouvé le SDP, car il s’est conduit de manière conformiste et opportuniste et n’a pas su réagir à temps, alors qu’il était devenu évident que Lagumdzija se comportait comme le propriétaire de ce parti, faisant preuve d’un véritable autoritarisme tant au sein du parti lui-même que dans l’exercice du pouvoir.

Durakovic, en s’inscrivant sur la liste d’un autre parti, le Parti pour la Bosnie, a entraîné avec lui certains des membres et sympathisants du SDP. Si bien qu’un grand nombre de citoyens de gauche à orientation citoyenne se sont abstenus, écœurés par ce qui se passait au sein du SDP, de l’Alliance démocratique pour le changement et, d’une manière générale, par la façon dont s’était déroulée la campagne électorale. Tout ce qui a favorisé la victoire des partis nationalistes et, surtout du SDA. Certains médias de la presse écrite, avant tout Dnevni Avaz et Walter, ont usé de tous les moyens pour contrecarrer Lagumdzija, mais des moyens qui n’étaient pas conformes à l’éthique journalistique. Si bien que cette campagne sans scrupules, surtout dans le cas de Dnevi Avaz, a eu un effet contraire, renforçant la solidarité à l’intérieur du parti et donc la position de Lagumdzija.

Ce dernier a fait preuve, au cours des préparatifs du Congrès extraordinaire, d’un véritable savoir-faire autocratique. Il a su, grâce à la négligence des autres membres de la direction, créer à temps sa propre infrastructure de cadres au sein du SDP, des cadres qui agissaient exclusivement sous ses ordres et non dans l’intérêt du parti. Conscients que Lagumdzija s’était assuré une importante majorité, ses opposants se sont retirés. L’attitude de Bogdan Bogicevic et d’Ivo Komsic qui ont renoncé, à la dernière minute, à présenter leur candidature au poste de président, a été d’une évidente lâcheté.

L’érosion du SDP se poursuit après la tenue du Congrès extraordinaire.

Un Groupe dirigé par Sead Avdic, Miro Lazovic ; Sefudin Tokic et Ivo Komsic s’apprête à former un nouveau parti social-démocrate. Ils semblent optimistes et annoncent l’adhésion de plusieurs importantes personnalités. Laissons de côté pour le moment le véritable poids politique que peuvent avoir Avdic, Tokic, Lazovic et Komsic. Il faut en effet, pour créer un véritable parti, outre du savoir-faire, du temps et de l’argent. La totalité de l’infrastructure du parti est restée entre les mains du SDP. Il semble par ailleurs logique de s’attendre à ce qu’à l’intérieur de ce parti se forme un véritable front d’opposition a l’autoritarisme de Lagumdzija. Au moment où les nouveaux pouvoirs doivent être constitués, la situation se voit en quelque sorte modifiée, le groupe des renégats du SDP ayant emporté avec lui une partie des mandats parlementaires.

D’une manière générale, le parti social-démocrate n’a pas eu la force d’analyser les causes de sa débâcle aux élections et de procéder, sur cette base, à sa propre démocratisation en revenant à ses sources, c’est-à-dire à son programme originel.

Ce n’est qu’après les élections que les opposants de Lagumdzija ont pris conscience du fait que le SDP s’était éloigné de sa base naturelle - la classe ouvrière, la paysannerie et autres groupes sociaux marginalisés. La question qui se pose maintenant est la suivante : cette nouvelle situation créera-t-elle les conditions permettant de motiver à nouveau ceux qui se sont abstenus ou va-t-elle au contraire les décourager. La seconde supposition semble pour le moment la plus probable. Les électeurs, les jeunes surtout, ont perdu tout espoir de voir apparaître dans ce pays des forces démocratiques capables d’offrir de véritables perspectives.

La victoire éclatante de Lagumdzija au SDP lui a été acquise grâce au courant rigide et soumis de ce parti, ce qui est, en soi, plutôt déprimant. Il semble difficile que la nouvelle alternative social-démocrate puisse obtenir rapidement des résultats encourageants. La défaite électorale et post-électorale du SDP est due à l’égotisme politique et à la cupidité de ses principaux représentants. Si Lagumdzija devait être la personnification de l’orientation de la majorité du SDP, on pourrait alors douter des véritables perspectives démocratiques de ce parti - ce qui serait fatal pour la B-H, la scène politique et l’Etat même de Bosnie-Herzégovine.

Article écrit par Zija D. (Oslobodjenje), pour l’Association Sarajevo.


Traduction : Nicole Philip-Dizdarevic


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