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Après l’adoption du projet de réforme de la police

mercredi 19 octobre 2005


Alors que l’accord sur la réforme de la police, réalisé au forceps sous la pression de la « communauté internationale », était censé mettre la Bosnie-Herzégovine sur le chemin menant à son intégration à l’Union européenne, on assiste à une recrudescence des tensions qui, ouvertes ou latentes, n’ont cessé de miner le pays depuis la paix bâclée de Dayton.

La découverte d‘un charnier contenant les restes de 482 victimes du massacre de Srebrenica, dans le village de Lipje, à 30 km de la ville, vient d’abord rappeler la présence d’un passé qui ne passe pas et accentue le contraste entre les promesses renouvelées de châtier les coupables et la réalité persistante de leur impunité. La parution d’un nouveau recueil de « poèmes » de Karadzic, à Pozarevac , ville natale de Milosevic, tombe, de ce point vue, à point.

Tout se passe comme si le consentement finalement arraché aux représentants politiques de la Republika Srpska, de centraliser et professionnaliser le régime de la police au niveau de l’Etat de B.-H., devait les entraîner dans une surenchère d’affirmation de leur serbisme. Cela concerne naturellement les éléments les plus extrémistes des nationalistes serbes de Bosnie, comme ceux qu’abrite l’Académie des sciences de la RS, qui agitent la menace du rattachement à la Serbie si le Kosovo en était officiellement détaché, mais aussi les hommes politiques réputés « modérés », comme le chef du SNSD (sociaux-démocrates indépendants) Milorad Dodik, qui tient également le discours de la séparation pour le cas où l’entité serbe se trouverait mise en question. Certains observateurs ne veulent y voir qu’une posture de circonstance en vue des prochaines élections, mais se bercer de cette explication ne peut que maintenir les Serbes de Bosnie dans les illusions qui ont tant coûté, à eux-mêmes et plus encore aux autres composantes de la population bosnienne.

D’autres mesures, comme l’annulation par Paddy Ashdown de la décision du conseil d’administration de l’entreprise publique qui gère l’aéroport de Sarajevo de lui donner le nom d’Alija Izetbegovic ou la révocation, par le même, du doyen de la Faculté de droit de Sarajevo-Est pour appartenance au SDS et compagnonnage avec Karadzic, avivent les polémiques qui touchent à la fois aux relations ethno-politiques qui font le pain quotidien de l’actualité bosnienne et aux pouvoirs de plus en plus contestés du Haut-Représentant. Il est souvent difficile, dans les critiques qui s’abattent sur ce dernier, de distinguer celles qui portent sur le bien-fondé de ses décisions de celles qui le visent en tant que « gouverneur » abusif, outrepassant ses prérogatives. On peut encore mentionner, parmi les contentieux les plus graves qui, outre les difficultés économiques et sociales, grèvent la vie quotidienne des habitants, l’apartheid scolaire qui sévit dans plusieurs cantons dirigés par le HDZ.

L’adoption par les deux chambres du parlement de B.-H. du projet de réforme de la police, qui reste frappé d’oppositions de principe en RS et de scepticisme, quant à son application, dans bien des milieux de la Fédération, permettra probablement l’ouverture, dès décembre, des négociations pour la conclusion d’un accord de stabilisation et d’association avec Bruxelles, mais aucune autre avancée ne verra le jour en l’absence d’une refonte de la constitution et du système politique bosniens. Le sous-secrétaire d’Etat américain Burns a fait une déclaration remarquée en ce sens lors de son passage à Sarajevo le 12 octobre, appelant aux réformes constitutionnelles nécessaires pour que la Bosnie-Herzégovine devienne un « pays normal ».

Les participants à la rencontre organisée à Genève les 20 et 21octobre par l’ « Association Bosnie-Herzégovine 2005 », qui réunira la fine fleur des personnalités préoccupées de l’avenir de la Bosnie-Herzégovine, auront certainement des suggestions à faire, mais c’est aux dirigeants de l’Union Européenne qu’il reviendra d’assumer leurs responsabilités et de prendre des engagements à la hauteur des enjeux posés, qui n’intéressent pas seulement la Bosnie-Herzégovine mais l’Europe tout entière. Serait-ce trop leur demander ?

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