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Un appel au protectorat

Nihada Jablic, paru dans Nezavisne Novine, Banja Luka

vendredi 4 avril 2003


Le constat des derniers audits effectués par le Bureau du Haut représentant est la preuve cruelle que la Bosnie-Herzégovine doit rester sous protectorat. Si cet Etat devait demeurer entre les mains des autorités locales, ne serait-ce encore qu’un mois ou deux, il ne resterait bientôt plus rien à voler. Les bénéfices enregistrés par les trois grandes compagnies d’électricité - une aubaine pour la B-H - ont été (et sont) dépensés pour financer les campagnes électorales de certains partis, les résidences secondaires des directeurs, les comptes en banque des politiciens, etc... Bien qu’il se soit avéré que ces compagnies avaient été délestées de plus de 100 millions de KM (marks convertibles), les membres du Bureau du Haut représentant n’ont pas manqué de s’étonner lorsqu’ils se sont aperçus de la façon dont étaient dépensés les fonds du Ministère des réfugiés et personnes déplacées de la Fédération de B-H. Personne ne connaît le nombre exact de ceux qui, dans ce pays, sont toujours sans-abri, mais ce que l’on sait, c’est que 14.3 millions de KM ont disparu des caisses de ce ministère - uniquement au cours de l’année 2001. Après avoir visité plusieurs campements et prononcé quelques paroles d’encouragement à l’intention de leurs occupants au début de leur mandat, l’ancien ministre Sefer Halilovic et son adjoint Mijat Tuka, se sont hâtés de dépenser les fonds envoyés par les nombreux donateurs. Rien de nouveau, ni d’inhabituel. Le ministre de l’Alliance (pour le changement) n’a fait que continuer là où son prédécesseur Sulejman Garib s’était arrêté. Bien que ni Tuka ni Halilovic n’aient encore été accusés pour avoir consacré une partie des sommes destinées aux réfugiés à l’achat de somptueux sous-vêtements - péché mignon de Garib - leur bilan est le même. Au lieu de mettre en œuvre les nombreux projets destinés à accélérer le processus de retour, les membres de ce ministère se sont contentés d’augmenter leurs salaires en prélevant sur l’argent destiné à la construction de logements pour les réfugiés. Mijat Tuka a froidement déclaré qu’il ne savait même pas ce qu’il touchait tous les mois. Ce sont malheureusement les réfugiés qui ont subi les conséquences de cet odieux comportement ; l’argent a disparu et les étrangers ont su en tirer la leçon : ne plus jamais financer des projets censés accélérer le processus du retour. Les budgets de la Fédération de B-H et de l’Etat restent des plus modestes, mais les nouvelles autorités devront opérer des miracles pour regagner la confiance des donateurs étrangers. Les hauts fonctionnaires du Ministère des réfugiés de la Fédération de B-H n’ont pas de soucis à se faire malgré le fait qu’ils n’hésitaient pas à réclamer leur dû à chacun des réfugiés venu leur rendre visite, sous prétexte de les "aider" à faire publier leur "triste histoire" dans les journaux. Même s’ils devaient être un jour cités en justice, vu la lenteur de la procédure, ils ne risqueraient pas grand chose. Mais quel sera le sort des réfugiés ? Si le Bureau du Haut représentant ne veille pas sur eux, ils devront se résigner à s’en tenir au principe selon lequel "celui qui possède une tente ne peut posséder un logement".

(Article de Nihada Jablic, paru dans Nezavisne Novine, Banja Luka).


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