Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/ fr SPIP - www.spip.net Association Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/IMG/siteon0.jpg http://www.association-sarajevo.org/ 253 581 Rapport du Haut-Représentant Valentin Inzko sur la Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article822 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article822 2012-05-21T14:46:25Z text/html fr Maurice LAZAR Le Haut-Représentant de la Communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko, a présenté le 15 mai au Conseil de Sécurité des Nations-Unies son rapport semestriel. Réduit de fait au rôle d'observateur d'une situation sur laquelle il n'a aucune prise, ce diplomate qui connaît bien le pays en dresse un tableau réaliste. <br />Dans le domaine politique, les progrès constatés depuis le rapport de novembre 2011 ont vite été énumérés : un gouvernement a enfin été formé, le budget pour (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Le Haut-Représentant de la Communauté internationale en Bosnie-Herzégovine, Valentin Inzko, a présenté le 15 mai au Conseil de Sécurité des Nations-Unies son rapport semestriel. Réduit de fait au rôle d'observateur d'une situation sur laquelle il n'a aucune prise, ce diplomate qui connaît bien le pays en dresse un tableau réaliste.</p> <p class="spip">Dans le domaine politique, les progrès constatés depuis le rapport de novembre 2011 ont vite été énumérés : un gouvernement a enfin été formé, le budget pour l'année 2011 (il s'agit bien de 2011, car celui pour 2012 est toujours en attente) a enfin été adopté, les lois relatives à l'aide de l'Etat et au recensement ont enfin été votées, après des années de mise en demeure par l'UE ; le règlement de la question de la propriété des biens militaires et des biens, qui traîne lui aussi depuis longtemps, a fait l'objet d'un accord entre les 6 partis gouvernementaux, mais cet accord reste à formaliser.</p> <p class="spip">Pour ce qui est de la mission spécifique du Haut-Représentant, qui est de veiller à l'exécution des accords de Dayton par le bon fonctionnement des institutions dans le respect de l'intégrité et de la souveraineté du pays, on peut citer quelques lignes du rapport, qui sont autant d'accusations transparentes contre les dirigeants de la « Republika Srpska », les deux partis croates nationalistes ,HDZ-BiH et HDZ-199O étant seulement mentionnés pour « toujours contester la légalité et la légitimité du gouvernement au pouvoir dans la Fédération croato-bosniaque » :</p> <p class="spip">« Les développements positifs ont fait oublier plusieurs menaces qui ont continué de peser sur l'Accord cadre général pour la paix, notamment les efforts déployés par certains pour remettre en cause l'intégrité territoriale du pays et pour revenir sur les réformes liées à l'application de l'Accord. …............................................................................................................................................................ De hauts responsables ont admis publiquement qu'ils cherchaient délibérément à entraver le fonctionnement des institutions de Dayton. …............................................................................................................................................................, Ces déclarations jettent un doute sur l'attachement des hauts dirigeants concernés à l'ordre constitutionnel de la BH, notamment à la souveraineté et l'intégrité territoriale de ce pays, et par extension, à l'accord de paix. …............................................................................................................................................................ Je reste préoccupé par le fait que de hauts responsables de la RS continuent de contester qu'un génocide a été commis à Srebrenica en 1995 comme l'ont confirmé la CIJ et le TPIY ».</p> <p class="spip">Ces appréciations sont accompagnées de citations appropriées de déclarations de Milorad Dodik, qui en a produit d'autres après la publication du document, toutes dans le sens d'une dissolution de la BH.</p> <p class="spip">Il serait souhaitable que les responsables de l'UE et des capitales européennes tiennent compte de ce rapport pour évaluer et modifier leurs relations avec les dirigeants de la RS, alors qu'ils disposent d'un dispositif de sanctions parfaitement applicables aux manquements relevés par le Haut-représentant Valentin Inzko.</p> <p class="spip">Ce rapport devrait aussi avoir des répercussions sur l'attitude des gouvernements européens à l'égard de la Serbie, dont les nouvelles autorités ne ménageront certainement pas un appui moindre aux dirigeants de la RS que le président battu Boris Tadic qui a, avec constance, manifesté son plein soutien à Milorad Dodik. De ce point de vue, l'élection surprise de Tomislav Nikolic, le « nationaliste », au détriment de Boris Tadic, l' « européen », ne changera pas grand-chose , l'un et l'autre partageant les mêmes valeurs de la « serbité » et de l' « européanisme ». Il est certes regrettable pour les démocrates de Serbie de voir réapparaître au premier plan un ancien partisan de Seselj, mais ils avaient déjà en bonne place, au pouvoir, en la personne d'Ivica Dacic, un ancien fidèle de Milosevic, qu'ils garderont quelle que soit la combinaison gouvernementale qui sortira des tractations post-électorales, car c'est le SPS (parti socialiste serbe) fondé par Milosevic, qui en détient les clés, pouvant s'allier, au gré de ses intérêts, aux démocrates de Tadic ou aux radicaux de Nikolic.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Vingtième anniversaire du début de la guerre en Bosnie-Herzégovine et du siège de Sarajevo http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article820 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article820 2012-04-04T16:54:44Z text/html fr Maurice LAZAR La commémoration du début officiel de la guerre en Bosnie-Herzégovine, le 6 avril 1992, et du siège de Sarajevo, le 2 mai, sera marquée cette année par des manifestations exceptionnelles organisées par la municipalité de Sarajevo, avec la participation de nombreuses personnalités étrangères, notamment dans le cadre du projet « Sarajevo 2012 » lancé à l'initiative de Rémy Ourdan, chef du service international du « Monde », qui a couvert les événements sur place durant 4 ans, comme (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La commémoration du début officiel de la guerre en Bosnie-Herzégovine, le 6 avril 1992, et du siège de Sarajevo, le 2 mai, sera marquée cette année par des manifestations exceptionnelles organisées par la municipalité de Sarajevo, avec la participation de nombreuses personnalités étrangères, notamment dans le cadre du projet « Sarajevo 2012 » lancé à l'initiative de Rémy Ourdan, chef du service international du « Monde », qui a couvert les événements sur place durant 4 ans, comme correspondant de diverses radios, puis de ce journal.</p> <p class="spip">Le siège, qui a duré 1395 jours, est considéré comme le plus long de l'histoire moderne. 11541 personnes, dont environ 1600 enfants, ont péri sous les tirs et les bombardements des forces militaires serbes placées sous le contrôle ou l'autorité du régime de Milosevic et de ses subordonnés locaux. La guerre, dans son ensemble, a causé une centaine de milliers de morts, la plupart civiles, et provoqué le déplacement de la moitié de la population à l'intérieur ou à l'extérieur du pays, dont elle a détruit l'unité forgée au cours des siècles. Le massacre de Srebrenica, qualifié de génocide par le Tribunal pénal international et la Cour internationale de justice a représenté le condensé et le couronnement de la politique d'agression et de purification ethnique menée par le régime de Milosevic et ses affidés. Si l'on ne peut attribuer aux dirigeants serbes de l'époque la responsabilité exclusive de la désintégration de la Fédération yougoslave, la majorité des historiens et les juges internationaux s'accordent sur le rôle prépondérant du nationalisme serbe dans le processus qui a abouti aux conflits meurtriers des années 90. La Bosnie-Herzégovine en a payé le plus lourd tribut, mais aucun des pays de l'ex-Yougoslavie n'en est sorti indemne, à des degrés divers.</p> <p class="spip">L'importance de ce vingtième anniversaire devrait retentir au-delà des frontières de la Bosnie-Herzégovine. L' « expérience de la Bosnie », comme on l'appelle, est en effet souvent invoquée, avec celle du Rwanda, comme l'exemple de ce que la « Communauté internationale »- terme commode pour diluer les responsabilités- ne doit pas faire lorsque un pays ou une population se trouvent en butte à une agression interne ou étrangère. Chaque situation étant spécifique, une réponse définitive et péremptoire est sans doute impossible. Mais en l'occurrence, il est certain que c'est l'Europe instituée, alors dénommée Communauté européenne, et en son sein ses principales puissances, la France au premier rang, qui par incapacité, impuissance, aveuglement ou quelque autre infirmité, se sont rendues coupables de non-assistance à peuples en danger. Il était visible, dès l'automne 1991, avec la destruction de Vukovar et le refus de la Serbie de Milosevic d'accepter l'arbitrage de la Conférence de La Haye, que la seule manière de juguler les conflits armés, à ce moment encore limités, était d'exercer une pression résolue sur Belgrade, avec menace de sanction crédible, pour lui imposer l'arrêt des hostilités et l'acceptation d'un accord de type confédéral, le seul envisageable et dans cette période, possible et applicable. On a préféré « laisser le temps au temps » faire son œuvre et ne rien entreprendre en renvoyant la recherche d'une solution à un Conseil de sécurité des Nations Unies paralysé par le véto que la Russie oppose toujours dans les cas analogues. Cette démission n'est sans doute pas pour rien dans la perte de confiance dans les valeurs et l'efficacité de l'Union européenne dont on constate chaque jour les effets, sur tous les plans.</p> <p class="spip">S'il est sans doute vain de demander aux responsables européens de revenir sur ce passé et de reconnaître les fautes de leurs prédécesseurs, il est par contre nécessaire d'exiger d'eux qu'ils n'abandonnent pas une nouvelle fois la Bosnie-Herzégovine au sort que lui destinent les mêmes forces nationalistes qui, hier usaient de la violence et aujourd'hui misent sur le pourrissement de la situation, pour parvenir à leurs fins, c'est-à-dire à la dissolution du pays par sa partition en territoires ethniquement purs, contraire à son histoire comme aux valeurs européennes, et de plus, grosse de tous les dangers pour la paix en Europe. De ce point de vue, il faut souligner le contraste entre la célébration le 9 janvier, à Banja Luka, de vingtième anniversaire de la création de ce qui allait devenir la « Republika Srpska », à l'origine de la guerre de Bosnie, et la commémoration prévue à Sarajevo, du début de cette guerre et du siège de la ville où allait se manifester la résistance à cette tentative d'instaurer en Europe un ordre fondé sur la séparation et le découpage « ethniques » des populations et des territoires. A Banja Luka se sont rassemblés le ban et l'arrière ban de toutes les autorités politiques, religieuses et culturelles serbes, de Serbie et de RS, pour communier dans le culte du nationalisme, à Sarajevo se retrouveront les acteurs, les témoins et les héritiers d'un autre combat, celui pour une société ouverte et démocratique, qui reste à construire en Bosnie-Herzégovine.</p> <p class="spip">Le paradoxe de la situation est que dans la course engagée par les pays de la région pour se rapprocher de l'Union européenne dans le but, illusoire ou non, de trouver des avantages à leur adhésion, le pays qui a actuellement le vent en poupe est la Serbie et le bon dernier, la Bosnie-Herzégovine. Sans user de l'argument de la morale, il est facile de montrer que, sur bien des points essentiels, la Serbie n'a pas réellement rompu avec sa politique des années Milosevic. C'est vrai sur le plan des personnes, avec la forte présence gouvernementale d'Ivica Dacic, chef du SPS (parti socialiste de Serbie, fondé par Milosevic) dont il fut le porte-parole pendant toutes les guerres yougoslaves. C'est vrai en ce qui concerne le Kosovo, dont la Serbie ne se résigne pas à reconnaître que cette « province » s'est définitivement détachée d'elle. C'est aussi vrai de la Bosnie-Herzégovine, avec le soutien de Belgrade aux autorités de la RS et de son président Milorad Dodik qui continue d'afficher son objectif de voir le pays disparaître en tant qu'Etat. En fait de « coopération régionale », condition imposée par Bruxelles pour adhérer à l'UE, on peut attendre mieux. S'il est incontestable que la Serbie a vocation, comme tous les pays des « Balkans occidentaux », à l'adhésion à l'UE, l'impératif de la « coopération régionale » ne doit pas être oublié. Sur ce point et s'agissant de la Bosnie-Herzégovine la récente résolution du Parlement européen relative à l'élargissement de l'UE à la Serbie le rappelle heureusement dans son alinéa 43 qui, entre autres « demande au gouvernement serbe de s'assurer que ses relations directes avec les autorités de la Republika Srpska soient conformes avec ce soutien affiché et ne nuisent pas à l'intégrité, à la souveraineté, aux compétences ou au fonctionnement effectif de l'État de Bosnie Herzégovine ; en outre, invite instamment les autorités serbes à soutenir les réformes menées en Bosnie-Herzégovine pour renforcer et moderniser les institutions du pays avec, en perspective, les réformes liées à l'Union européenne »</p> <p class="spip">Si la Bosnie-Herzégovine se trouve dans l'état déplorable qui est le sien, et indépendamment de la faiblesse de sa classe politique, qui n'est pas un cas unique en Europe, c'est bien du fait du système politique non viable qui lui a été imposé par les accords de Dayton, qui eux-mêmes n'ont pas été, quoi qu'on en dise, inventés par les Américains, dont le seul « mérite » est d'avoir réussi à les faire accepter. Dans l'importante thèse de Thierry Tardy intitulée « La France et la gestion des conflits yougoslaves ,1991-1995 » ( Bruxelles,Ed. Bruylant, 1999), l'auteur remarque à juste titre que « l'accord de Dayton reprend très largement le plan Juppé-Kinkel présenté à l'automne 1993 et repris ensuite par le Groupe de contact » (p.302). La principale responsable du désastre de la guerre en BH est bien l'UE et c'est à elle qu'il revient de le réparer autant que faire se peut. Vingt ans après le début de cette guerre infâmante pour l'Europe, il serait temps que Bruxelles et les capitales européennes prennent la mesure des périls que fait peser le problème irrésolu de la BH, non seulement pour le pays et la région, mais pour l'Europe tout entière. Sa résolution passe par la refondation du système politico-institutionnel de BH dans le sens maintes fois indiqué par les organismes européens, refondation qui dépend elle-même du retrait des exigences des dirigeants de la RS soutenus par Belgrade. C'est de Belgrade qu'est partie la guerre, c'est de Belgrade que doit être exigée sa fin réelle.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Les viols pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article819 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article819 2012-03-29T15:34:41Z text/html fr Maurice LAZAR La justice n'a toujours pas été rendue aux femmes victimes de viol pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine <br />Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits l'engagement qu'il a pris en 2010 de garantir justice, vérité et réparation pour les centaines de victimes de violences sexuelles commises pendant la guerre, souligne Amnesty International dans un rapport publié jeudi 29 mars. <br />Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La justice n'a toujours pas été rendue aux femmes victimes de viol pendant la guerre en Bosnie-Herzégovine</p> <p class="spip">Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits l'engagement qu'il a pris en 2010 de garantir justice, vérité et réparation pour les centaines de victimes de violences sexuelles commises pendant la guerre, souligne Amnesty International dans un rapport publié jeudi 29 mars.</p> <p class="spip">Il est temps que le gouvernement de Bosnie-Herzégovine traduise dans les faits l'engagement qu'il a pris en 2010 de garantir justice, vérité et réparation pour les centaines de victimes de violences sexuelles commises pendant la guerre, souligne Amnesty International dans un rapport publié jeudi 29 mars.</p> <p class="spip">« Près de deux décennies après la fin de la guerre, des centaines de femmes continuent de vivre avec les conséquences du viol et d'autres formes de torture, sans avoir accès comme il se doit à l'aide médicale, psychologique et financière dont elles ont besoin pour reconstruire leur vie brisée. Pendant ce temps, la plupart des responsables présumés restent impunis », a déclaré Jezerca Tigani, directrice adjointe du programme Europe et Asie centrale d'Amnesty International.</p> <p class="spip">Le rapport d'Amnesty International, intitulé Old Crimes, Same Suffering : No justice for survivors of wartime rape in north-east Bosnia and Herzegovina, se penche sur la situation actuelle des femmes victimes de viol au cours de la guerre vivant dans le canton de Tuzla (nord-est du pays), qui illustre les problèmes rencontrés par les victimes pour accéder à leurs droits au niveau local.</p> <p class="spip">Pendant le conflit qui a duré de 1992 à 1995, Tuzla était considéré comme un « lieu sûr » et des milliers de victimes de crimes de violence sexuelle commis par les forces armées serbes s'y sont réfugiées. Beaucoup y sont restées après la guerre car elles n'ont pas pu ou pas voulu retourner chez elles en Republika Srpska, région de Bosnie à majorité serbe aujourd'hui.</p> <p class="spip">Il y a seulement deux ans, après des années d'intenses pressions exercées par plusieurs organisations locales et internationales de la société civile, dont Amnesty International, le gouvernement de Bosnie-Herzégovine s'est enfin engagé à garantir les droits des victimes en promettant de mettre au point un « programme national en faveur des femmes victimes de violences sexuelles pendant ou après le conflit », mais en raison de l'impasse politique qui perdure au niveau de l'État, ce programme n'a toujours pas été finalisé ni adopté.</p> <p class="spip">« Le nouveau gouvernement, formé fin 2011, doit encore montrer sa volonté d'adopter et de mettre en œuvre les engagements pris par ses prédécesseurs. C'est une priorité urgente, a insisté Jezerca Tigani.</p> <p class="spip">« Les responsables politiques de haut niveau, en particulier ceux de la Republika Srpska, doivent reconnaître le fait que des crimes de violence sexuelle ont été commis à grande échelle durant la guerre. »</p> <p class="spip">De nombreux crimes de droit international, tels que le viol et les autres formes de torture, l'esclavage sexuel, la disparition forcée et la détention arbitraire, ont été commis au cours du conflit en Bosnie-Herzégovine.</p> <p class="spip">Les victimes vivant aujourd'hui à Tuzla ont parlé à Amnesty International des graves problèmes physiques et psychologiques qu'elles continuent de rencontrer, parmi lesquels figurent l'état de stress post-traumatique, l'anxiété, les maladies sexuellement transmissibles, le diabète, l'hypertension et l'insomnie. Très peu d'entre elles bénéficient d'une assurance maladie suffisante pour faire face à leurs pathologies spécifiques, ce qui limite leur accès aux services de santé dont elles ont absolument besoin, et la plupart ne peuvent pas payer tous les médicaments qu'il leur faut.</p> <p class="spip">Aucun des responsables directs des crimes commis contre les victimes interrogées au cours des recherches d'Amnesty International n'a été traduit en justice. Sur les dizaines de milliers d'affaires de crimes de violence sexuelle commis pendant la guerre, moins de 40 ont été jugées par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie à La Haye ou par les tribunaux nationaux bosniaques. Le rapport met en évidence le fait que le système judiciaire bosniaque, complexe, organisé sur plusieurs niveaux et manquant de moyens, entrave la progression des procédures pénales, ce qui prive les victimes de leur droit d'obtenir justice.</p> <p class="spip">« Le manque de ressources et de compétence des organismes locaux d'action sociale et de santé est à l'origine de graves lacunes et incohérences dans la manière dont ils fournissent les services de réadaptation indispensables aux victimes de violence sexuelle pendant la guerre, ce qui a pour effet de priver ces femmes de leur droit à la réadaptation – une partie essentielle des réparations auxquelles elles ont droit, a ajouté Jezerca Tigani.</p> <p class="spip">« Les droits des victimes doivent être une priorité pour les autorités centrales et locales. Les institutions locales ont besoin de moyens et de recommandations du gouvernement central pour apporter une aide directe aux femmes. Jusqu'ici, les victimes ont dû s'en remettre à l'aide psychosociale et médicale des ONG destinées aux femmes à Tuzla, dont la détermination à fournir des soins excellents et hautement spécialisés à ces femmes malgré d'immenses obstacles est remarquable.</p> <p class="spip">« Il a fallu plus de dix ans pour que les autorités bosniaques reconnaissent leurs obligations internationales envers les personnes victimes de viol pendant la guerre. Combien de temps leur faudra-t-il pour surmonter l'impasse politique et le désaccord sur la répartition des compétences entre l'État et les collectivités locales afin de mettre en œuvre leurs engagements ? Combien de temps encore les milliers de femmes victimes se verront-elles encore dire qu'elles doivent attendre leurs droits d'obtenir justice, vérité et réparation ? »</p> <p class="spip">Témoignages J'ai survécu, mais je suis la seule à savoir comment. Il est très difficile de vivre, mais je dois vivre et je fais de mon mieux. Tout ce que je fais est pour mes enfants, afin qu'ils aient une meilleure vie, qu'ils ne souffrent pas. Mais nous devons nous battre pour nos droits. Nous ne pouvons pas attendre que quelqu'un nous aide. C'est ainsi, voilà tout. (I., Tuzla)</p> <p class="spip">Je me souviens de tout et j'aimerais que ce ne soit pas le cas. Je me souviens de la torture. Ils m'ont battue jusqu'à ce que je ne puisse plus me lever. Ils venaient et m'emmenaient seule, puis je me retrouvais avec l'homme dans une pièce. J'ai été détenue pendant trois mois. J'ignorais où mes enfants se trouvaient. Je rêve toutes les nuits de ce qui s'est passé. Même avec ces comprimés, je fais ces rêves. Je suis retournée chez mon fils. Je vis avec lui, son épouse et leur fille de cinq ans. Nous pouvons à peine survivre avec ma pension. Mon fils et son épouse n'ont pas de revenus et n'ont pas la possibilité de trouver du travail ici. Je n'ai pas d'assurance maladie ici, alors je parcours 100 km jusqu'à Tuzla pour voir un docteur et suivre ma thérapie à Vive Zene. (M., qui est rentrée de Tuzla, où elle vivait en tant que personne déplacée depuis 2003, à Zvornik, en Republika Srpska, il y a plusieurs années)</p> <p class="spip">L. vivait dans le village près de Zvornik, dans le nord-est de la Bosnie-Herzégovine. Elle était enceinte et avait un fils d'un an quand la guerre a débuté. Son mari était en Croatie pour son travail à l'époque. Lorsque le village a été occupé par les paramilitaires serbes, elle s'est enfuie et s'est cachée dans les bois pendant presque un an avec d'autres villageois des environs. Cependant, en janvier 1993, ils ont commencé à se diriger vers Tuzla pour chercher de la nourriture et un abri. L. et son fils ont été séparés du groupe et elle s'est évanouie, épuisée. Elle s'est réveillée dans un hôpital à Zvornik, entourée de soldats serbes. On lui a dit que son fils était mort. L. était également enceinte de huit mois à ce moment-là. Elle a expliqué à Amnesty International que les soldats l'avaient torturée et que, à cause des violents coups qui lui avaient été infligés, elle avait perdu son bébé. Par la suite, elle a été détenue secrètement dans trois camps successifs à Zvornik et près de Bijeljina, où elle a été violée à plusieurs reprises. Elle a finalement été libérée dans le cadre d'un échange de prisonniers. Elle s'est rendue à Tuzla, où elle a fini par retrouver son mari. Elle a eu deux enfants après la guerre. Les expériences qu'elle a vécues pendant la guerre lui ont laissé de nombreux problèmes physiques et mentaux chroniques, mais c'est toujours elle qui s'occupe principalement de ses enfants, de son mari et de ses beaux-parents.</p> <p class="spip">29 mars 2012</p></div> La Bosnie-Herzégovine vue du Parlement européen http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article817 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article817 2012-03-16T12:27:06Z text/html fr Maurice LAZAR Le Parlement européen a adopté le 14 mars 2012 une longue résolution sur l'élargissement de l'Union européenne à la Bosnie-Herzégovine. On en trouvera le texte intégral sur le site de l'Association Sarajevo www.association-sarajevo.org en date du 16 mars. <br />Le document récapitule, en les résumant, la plupart des maux qui accablent le pays et indique les pistes qui lui permettraient de sortir de l'ornière, en s'engageant simultanément sur la voie de l'intégration européenne. Il reprend en les (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Le Parlement européen a adopté le 14 mars 2012 une longue résolution sur l'élargissement de l'Union européenne à la Bosnie-Herzégovine. On en trouvera le texte intégral sur le site de l'Association Sarajevo www.association-sarajevo.org en date du 16 mars.</p> <p class="spip">Le document récapitule, en les résumant, la plupart des maux qui accablent le pays et indique les pistes qui lui permettraient de sortir de l'ornière, en s'engageant simultanément sur la voie de l'intégration européenne. Il reprend en les mettant à jour, toutes les observations et critiques énoncées dans les résolutions votées précédemment, à intervalles réguliers, par le Parlement de Strasbourg.</p> <p class="spip">Les députés européens ont pu, cette fois, saluer la formation en BH d'un nouveau gouvernement après seize mois de crise et se féliciter des progrès réalisés par le vote de deux lois longtemps attendues, celle sur le recensement et celle sur les aides publiques. Celles-ci étaient exigées par Bruxelles en préalable au dépôt par la BH d'une demande d'adhésion à l'UE. Il semble par ailleurs que l'adoption par le Parlement de BH du budget 2012 soit en vue, ce qui n'est pas encore le cas de l'exécution d'une autre condition posée par Bruxelles, qui concerne la mise en conformité de la Constitution à l'arrêt Sejdic-Finci de la Cour européenne des droits de l'homme, du 25-11-2009.Il s'agit des droits des citoyens bosniens qui ne se reconnaissent pas comme Bosniaques, Croates ou Serbes, à se présenter aux élections à la Présidence collégiale de la BH et à celles de la Chambre des Peuples. Sur ce point, les désaccords persistent.</p> <p class="spip">La résolution balaie tout le champ des carences et des problèmes qui minent la société bosnienne, de l'éducation à la justice, de la corruption au respect de l'annexe 7 des accords de Dayton qui a trait aux retours des personnes déplacées, de la remontée des extrémismes nationaux et religieux à la lumière à faire sur les crimes sexuels commis pendant la guerre, etc...</p> <p class="spip">Mais son thème dominant est le renforcement des institutions centrales de l'Etat par une réforme constitutionnelle, nécessité soulignée dans plusieurs passages du texte. Le malheur est que les députés européens, qui insistent depuis longtemps sur cette condition clé de toutes les réformes indispensables, ne proposent rien pour avancer dans ce sens, sinon le sempiternel appel à la bonne volonté des responsables politiques bosniens, dont la plupart sont bien installés dans le statu quo. C'est principalement le cas des dirigeants de la RS qui ne démordent pas de leur opposition à toute centralisation du pouvoir en BH, même légère. Leur volonté est au contraire d'aller vers une dissolution du pays et de son Etat.</p> <p class="spip">La résolution du Parlement européen se termine par un point 58, qui illustre bien la singulière situation de la BH dans la région. Il y est écrit : « Le Parlement européen se dit préoccupé par le fait que la Bosnie-Herzégovine soit le seul pays de la région à ne pas autoriser l'entrée de ressortissants du Kosovo sur son territoire ; prie dès lors instamment les autorités de Bosnie-Herzégovine d'accepter les documents de voyage des ressortissants du Kosovo pour entrer dans le pays, comme le font la Serbie et d'autres pays ; » Cet exemple montre à quel point le pouvoir de nuisance des dirigeants de la RS est grand, car c'est eux qui s'opposent à la liberté de circuler des citoyens du Kosovo, que la Serbie a été obligée d'accepter sous la pression de l'UE. Il montre aussi la faiblesse des autorités de Bruxelles face à l'arrogance de Milorad Dodik, qui érige la Republika Srpska en bastion de l'ultra-nationalisme serbe. L'UE n'a, en fait, pas de politique en direction de la BH, si ce n'est celle du laisser-faire.</p> <p class="spip">Les élections législatives et, peut-être, présidentielles qui se tiendront en Serbie le 6 mai révèleront la nouvelle configuration des forces politiques dans ce pays. Que le Président Boris Tadic en sorte, ou non, vainqueur, il serait souhaitable qu'à leur issue, l'UE invite la Serbie, qui a dû céder sur le Kosovo à considérer qu'elle a aussi un rôle à jouer dans l'établissement d'un Etat viable en BH, en se désolidarisant de l'extrémisme de Dodik et de ses partisans en BH. Ce devrait être, pour la Serbie, une condition sine qua non de son adhésion à l'UE, car le problème de la BH demeure crucial dans les Balkans et en Europe et, comme se plait à le dire le ministre des affaires étrangères serbe Vuk Jeremic, sa clé se trouve à Belgrade. Si les autorités européennes continuent de refuser d'agir, et l'exemple du Kosovo prouve qu'elles le peuvent, les bonnes résolutions du Parlement européen continueront de ne servir qu'à encombrer ses archives.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> La Bosnie-Herzégovine a un gouvernement http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article812 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article812 2012-02-11T16:44:22Z text/html fr Maurice LAZAR Plus d'un mois après l'accord passé entre les six principaux partis politiques bosniens, plus de seize mois après les élections générales du 3 octobre 2010, marqués par les tumultueuses discussions pour parvenir à cet accord, le Conseil des ministres de BH qui sera présidé par Vjekoslav Bevanda ( membre du parti nationaliste bosno-croate HDZ-BiH) a obtenu l'investiture de la Chambre des représentants par 26 voix contre 7 et une abstention. L'opposition est venue des deux partis rivaux du (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Plus d'un mois après l'accord passé entre les six principaux partis politiques bosniens, plus de seize mois après les élections générales du 3 octobre 2010, marqués par les tumultueuses discussions pour parvenir à cet accord, le Conseil des ministres de BH qui sera présidé par Vjekoslav Bevanda ( membre du parti nationaliste bosno-croate HDZ-BiH) a obtenu l'investiture de la Chambre des représentants par 26 voix contre 7 et une abstention. L'opposition est venue des deux partis rivaux du SDA (fondé par Alija Izetbegovic), l'Alliance pour un meilleur avenir de la BH (SBB) de Fahrudin Radoncic et le Parti pour la BH ( SBiH) de Haris Silajdic, qui reprochent au nouveau gouvernement de n'avoir pas de programme et de ne pas comporter de femmes ministres de plein exercice [5 des postes de ministres-adjoints seront toutefois détenus par des femmes]. Outre Vjekoslav Bevanda, apprécié pour ses compétences économiques, les deux principales figures ministérielles seront, aux Affaires étrangères, Zlatko Lagumdzija, Président du SDP (parti social-démocrate) et aux Finances, Nikola Spiric, président du Conseil des ministres sortant et membre du SNSD (parti de Milorad Dodik). Chaque titulaire de portefeuille sera flanqué d'un adjoint, voire deux, de bords « ethniques » ou politiques différents. Cinq des dix ministres appartenaient au cabinet précédent ; les principales innovations sur ce plan sont l'entrée au gouvernement du SDP avec l'attribution de deux portefeuilles, dont celui des Affaires étrangères, et celle du SDS (parti fondé par Karadzic) qui partagera la représentation de la RS avec un ministre, pour deux au SNSD. On remarquera la discordance des alliances au niveau de l'Etat central et à celui des entités, le SDS étant dans le gouvernement central mais dans l'opposition au SNSD en RS, les deux branches du HDZ étant au gouvernement central mais exclues du gouvernement de la Fédération croato-bosniaque, dont elles contestent toujours la légitimité, comme le font à leur suite les autorités de l'entité serbe.</p> <p class="spip">La première tâche, urgente, du gouvernement sera de régulariser le budget pour l'année 2011, qui après avoir été adopté par le Parlement, n'a pas été promulgué en raison de problèmes de procédure, puis de préparer et de faire adopter le budget de 2012. Avant même la constitution définitive du Conseil des ministres, la Parlement avait voté deux lois depuis très longtemps attendues, l'une sur le recensement, l'autre sur le financement et la distribution de l'aide publique.</p> <p class="spip">Sur le premier point, les représentants de la RS ont obtenu gain de cause en faisant supprimer du projet initial un article qui subordonnait la prise en compte du prochain recensement, pour la répartition « ethnique » des fonctions publiques, à la pleine application de l'annexe 7 des accords de Dayton sur le retour des personnes déplacées. Les partisans de cette clause estiment que cette suppression ne changera rien à la situation actuelle, le recensement de 1991 devant, selon eux, demeurer la base de cette répartition au niveau des entités et des cantons , conformément aux constitutions de l'Etat et des entités, mais cette interprétation n'est pas celle des représentants de la RS. Le recensement, qui contiendra les mentions de nationalité et de religion, prévu pour 1993, constatera ou légitimera, au choix, les épurations ethniques intervenues pendant ou à l'issue de la guerre.</p> <p class="spip">La loi sur l'aide publique dispose que le financement et la répartition de l'aide publique seront réglés par un organisme composé de 3 représentants de l'Etat, 2 de chacune des entités et 1 du district de Brcko. Accusé par son opposition d'avoir cédé une compétence de la RS au profit d'une autorité centrale, ce qui est le leitmotiv de toutes les revendications des Serbes de Bosnie, le gouvernement de Milorad Dodik répond que c'est un bon compromis puisqu'il s'agit d'un transfert à une institution mixte, qui préserve le pouvoir de décision de chaque entité.</p> <p class="spip">Ces deux règlements répondaient à des exigences maintes fois renouvelées par Bruxelles, posées comme des conditions expresses à l'avancée de la BH vers l'UE et, subséquemment, à la délivrance d'une aide qui profitera à tout le pays, les deux entités étant également intéressées. Il était donc avantageux pour tous qu'ils interviennent un jour, de même que le vote du budget, sans lequel c'est tout l'Etat, avec ses entités, qui se seraient trouvées asphyxiés.</p> <p class="spip">Reste à satisfaire à la dernière condition posée par l'UE, qui concerne la mise en conformité de la Constitution du pays à l'arrêt Sejdic-Finci de la Cour européenne des droits de l'homme, pour donner le droit aux citoyens ne se réclamant d'aucun des « peuples constitutifs » de la BH (bosniaque, croate, serbe) d'être élus à la Présidence collégiale et à la Chambre des peuples. Les responsables bosniens assurent que la question sera bientôt réglée. La Bosnie-Herzégovine remplirait alors les conditions formelles d'une prise en compte d'une demande de candidature à l'UE, que certains prévoient déjà pour les mois de mars ou juin, avec une acceptation possible en 1993.</p> <p class="spip">Ces prévisions optimistes mais plausibles ne doivent pas dissimuler les obstacles qui se dressent sur la voie d'un redressement durable de la situation de la BH, tant la crise qui sévit en Europe y est redoublée par des dysfonctionnements institutionnels qui entravent les prises de décision et plus encore par des visions opposées de l'avenir du pays qui mettent en cause son existence même. Car pendant que le gouvernement se constituait, il n'était question de la part de Milorad Dodik que de s'en prendre à sa dernière cible visée, les institutions judiciaires centrales de la BH, Cour et Bureau des Procureurs de BH, coupables de se conduire en marionnettes manipulées par les Bosniaques et les étrangers à leurs ordres. Le dernier prétexte à cette attaque est la disculpation de Jovan Divjak, Ejup Ganic et leurs 12 coaccusés dans l'affaire de la « rue Dobrovoljacka ». D'après des déclarations répétées du Président de la RS, ce gouvernement ne devrait d'ailleurs pas être conçu comme un gouvernement, mais comme un simple Conseil des ministres, seulement habilité à refléter la composition « ethnique » du pays et à prendre les mesures minimales nécessaires à sa conservation pour satisfaire la « Communauté internationale », en donnant l'apparence de l'existence d'une coquille vide dite « Bosnie-Herzégovine ». En réitérant ses déclarations sur la dissolution inévitable de la Bosnie-Herzégovine, Milorad Dodik ne cesse d'infliger des rebuffades aux responsables de l'Union européenne qui avaient cru qu'en le faisant échapper à des sanctions en mai 2011, ils allaient mettre une fin définitive à ses menaces. On verra ce qu'il adviendra des promesses du Président du nouveau Conseil des ministres, Vjekoslav Bevanda, de donner la priorité à l'orientation européenne de la BH. Il est probable que, de son côté, Zlatko Lagumdzija tiendra à défendre sa réputation d'ardent partisan de l'intégration de la BH aux structures euro-atlantiques. Mais on sait que Milorad Dodik répète qu'il ne sacrifiera pas la RS à l'Europe et que, grand ami de la Russie qui ne lui ménage pas en retour son soutien, il a plus que des réticences à l'égard de l'OTAN. Il sera intéressant d'observer le choc de ces politiques contraires.</p> <p class="spip">En tout état de cause, si l'entrée en fonction du nouveau gouvernement et la réalisation des accords relatifs aux conditions posées par l'UE (budget, recensement, aide publique, réforme constitutionnelle en conformité de l'arrêt Sejdic-Finci) permettaient à la BH de faire des pas en avant, elles ne suffiraient pas à elles seules à la remettre sur pieds. Comme l'a souligné la résolution de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe du 15-12-2011, comme l'a réaffirmé il y a quelques jours l'ancien président de Croatie, Stipe Mesic, ce sont les institutions de Dayton qui sont à revoir pour mettre à bas l'ethnocratie qui rend impossible l'exercice de la démocratie en Bosnie-Herzégovine. Il faudrait pour cela un engagement résolu de l'UE, dont on voit mal les prémices dans les circonstances actuelles, qui ne viserait pas seulement les dirigeants de la RS, mais aussi ceux de la Serbie, dont le soutien à Milorad Dodik ne faiblit pas.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Pas encore de gouvernement en Bosnie-Herzégovine. Dodik plus agressif que jamais http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article811 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article811 2012-02-02T14:01:44Z text/html fr Maurice LAZAR Dans un communiqué en date du 1° février, les ambassadeurs du Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton (PIC) expriment leurs préoccupations du fait que « le fonctionnement des institutions de la Bosnie-Herzégovine et l'accomplissement des obligations internationales du pays soient mis en danger par le défaut persistant d'adoption des budgets des années 2011 et 2012 » et ils pressent les autorités bosniennes responsables, Conseil des ministres, Présidence et Parlement, de faire en (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Dans un communiqué en date du 1° février, les ambassadeurs du Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton (PIC) expriment leurs préoccupations du fait que « le fonctionnement des institutions de la Bosnie-Herzégovine et l'accomplissement des obligations internationales du pays soient mis en danger par le défaut persistant d'adoption des budgets des années 2011 et 2012 » et ils pressent les autorités bosniennes responsables, Conseil des ministres, Présidence et Parlement, de faire en sorte que ces lois de finances soient votées conformément à la Constitution et à la loi.</p> <p class="spip">Contrairement à ce qui avait été trop vite avancé, le budget pour 2011 n'a, en effet, pas été réellement approuvé après l'accord passé entre les six principaux partis en vue de former un nouveau gouvernement, après maintenant 16 mois de vacance. Ce budget pour 2011 n'a pas été promulgué au Journal officiel en raison de contestations dont on ne sait exactement si elles sont procédurales ou politiques, ou les deux à la fois, tant les mécanismes de prises de décision sont compliqués et les oppositions politiques difficiles à surmonter. Quant à celui pour 2012, c'est le gouvernement à venir qui doit l'élaborer et le soumettre au vote du Parlement, mais ce gouvernement n'a pas encore été définitivement formé. Les « peuples constitutifs » et les partis de BH qui sont censés les représenter se sont bien partagé les portefeuilles mais les procédures d'habilitation de leurs titulaires traînent, sans compter les obstacles que les événements en cours viennent dresser pour retarder l'exécution des accords.</p> <p class="spip">L'un de ces événements a été la décision du bureau des procureurs de BH de cesser les investigations concernant les responsabilités supposées de Jovan Divjak, Ejup Ganic et 12 autres personnalités dans l'affaire de l'attaque du convoi de l'Armée fédérale yougoslave (JNA) qui se retirait de Sarajevo début avril 1992, dite de la « rue Dobrovoljacka ». Milorad Dodik et les dirigeants de la RS en ont pris prétexte pour renouveler leur hostilité aux institutions judiciaires centrales de la BH, Cour et Bureau des Procureurs. Ils ont semblé faire de leur abolition un préalable à la formation du nouveau gouvernement, pour revenir ensuite en arrière, tout en prévoyant de lancer une initiative législative en ce sens et en brandissant à nouveau leur menace de tenir un référendum en RS sur ce thème.</p> <p class="spip">A ce facteur de tension, périodiquement réactivé, vient de s'ajouter la violente polémique qui a opposé, à Belgrade, le Président de la RS, Milorad Dodik, au dirigeant du parti libéral-démocrate Cedomir Jovanovic. Celui-ci n' a pas craint, à la veille de la campagne électorale qui va s'ouvrir en Serbie, de carrément déclarer que la RS s'est construite sur des crimes, tels que le génocide de Srebrenica ou le siège de Sarajevo, et que la Serbie devait changer de politique en renonçant à faire de la préservation de la RS une compensation à la perte du Kosovo. Milorad Dodik a, quant à lui, profité de cette tribune pour réaffirmer ses thèses, comme il l'avait fait le 9 janvier, lors de la célébration à Banja Luka du vingtième anniversaire de la création de la RS par Radovan Karadzic, où il avait glorifié cet acte comme une mesure nécessaire à la défense du peuple serbe de Bosnie, menacé dans son existence. Pressé par Jovanovic, il a loué le rôle du fondateur de l'entité serbe actuellement en procès à La Haye. Il a dénié le caractère génocidaire du massacre de Srebrenica en limitant la portée du jugement du TPIY dans l'affaire Krstic. Il a accompagné sa démonstration de ses prédictions, devenues habituelles, sur l'inéluctabilité de la dissolution de la Bosnie-Herzégovine, fondée autant sur l'inexistence de celle-ci comme entité étatique historique que sur son impossibilité de fonctionner. Il a réitéré sa conception de la RS comme sujet de droit international, qu'il s'efforce d'accréditer par ses déplacements à l'étranger, le soutien de la Russie et aussi la caution de l'Etat d'Israël, suivant l'idée couramment émise dans certains milieux serbes de l'équivalence entre « serbophobie » et antisémitisme, justifications respectives de la politique serbe et de la politique israélienne.</p> <p class="spip">Il est une des assertions du Président de l'entité serbe que l'on ne saurait, en tout cas, contester, encore qu'il fasse tout pour la rendre plus vraie que nature. C'est celle de l'impossibilité de faire fonctionner les institutions de Dayton, tout au moins dans les conditions actuelles d'inertie de la « Communauté internationale » et d'abord, de l'Union européenne. Le dernier document d'origine internationale qui dénonce cet état des choses est la résolution n° 1855 sur « Le fonctionnement des institutions démocratiques de la BH » adoptée le 24 janvier par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. L'une de ses phrases essentielles est la suivante : « [L'assemblée] réaffirme que l'exécution de l'arrêt Sejdic et Finci [sur les droits électifs des citoyens non bosniaques, croates et serbes] constitue une première étape dans la réforme constitutionnelle globale qui s'avère nécessaire pour se défaire du carcan institutionnel imposé par la Constitution de Dayton et se diriger vers une démocratie moderne, eurocompatible et fonctionnelle dans laquelle tous les citoyens, quelle que soit leur origine ethnique, jouissent des mêmes droits et libertés ». Le texte pointe également les abus que permettent d'entraîner les dispositions des accords de Dayton concernant les règles de quorum, le vote par entité et la notion d' « intérêt vital national ». Les rapporteurs du texte, la Norvégienne Karin Woldseth et le Français Jean-Claude Mignon, avaient, dans leur rapport, mis directement en cause les partis nationalistes croates et serbes, accusés de vouloir faire prévaloir le principe de l'ethnicité sur celui de la démocratie. Mais, et là encore Milorad Dodik a raison lorsqu'il se moque de résolutions qui n'ont aucune prise sur la réalité, puisque ce qui compterait effectivement serait l'engagement actif de l'Union européenne contre ses entreprises destructrices, mais elle demeure muette et donc complaisante à son égard. Le Haut-Représentant de la Communauté internationale Valentin Inzko réagit par des mots, mais son rôle est devenu nul par la faute de l'UE, le Représentant spécial de l'UE Peter Sorensen se tait et l'on ne sait pas à quoi il sert. Pour Bruxelles et les capitales européennes, c'est comme si la Bosnie-Herzégovine n'existait seulement que dans et par leurs paroles de regrets et de déplorations, sans plus.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Le parquet de Bosnie-Herzégovine disculpe Jovan Divjak, Ejup Ganic et 12 autres personnalités. http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article810 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article810 2012-01-18T18:12:10Z text/html fr Maurice LAZAR Le bureau des procureurs de Bosnie-Herzégovine a décidé de cesser ses investigations sur les responsabilités de quatorze personnalités bosniennes supposées impliquées dans l'affaire dite de la « rue Dobrovoljocka », en référence à l'attaque de la colonne de l'Armée fédérale yougoslave (JNA) qui évacuait Sarajevo début avril 1992 et qui avait provoqué, selon ce bureau, la mort de sept militaires, tandis que quatorze étaient blessés ( Les autorités serbes de Serbie et de RS avancent quant à (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Le bureau des procureurs de Bosnie-Herzégovine a décidé de cesser ses investigations sur les responsabilités de quatorze personnalités bosniennes supposées impliquées dans l'affaire dite de la « rue Dobrovoljocka », en référence à l'attaque de la colonne de l'Armée fédérale yougoslave (JNA) qui évacuait Sarajevo début avril 1992 et qui avait provoqué, selon ce bureau, la mort de sept militaires, tandis que quatorze étaient blessés ( Les autorités serbes de Serbie et de RS avancent quant à elles les nombres respectifs de quarante-deux et soixante-douze). C'est en vertu de mandats d'arrêt émis par la justice serbe de Serbie qui a lancé des poursuites sur la même affaire qu'Ejup Ganic, à l'époque membre de la présidence de BH et Jovan Divjak, dirigeant militaire de la résistance bosnienne, ont été arrêtés et retenus plusieurs mois, le premier à Londres en 2010 et le second à Vienne l'année dernière. Le parquet de BH a jugé, après avoir entendu 352 témoins et examiné 412 pièces, dont des documents audio-visuels, qu'il n'existait aucune preuve à l'encontre des personnes visées, mais qu'il y avait matière à continuer l'enquête pour crimes de guerre commis contre les victimes de cette attaque. Les procureurs de Belgrade ont déclaré, pour leur part, maintenir leurs accusations et poursuivre leur action.</p> <p class="spip">Cette décision du bureau des procureurs de BH a suscité un tollé général en Republika Srpska où dirigeants et médias de tous bords crient au déni de justice, imputé aux magistrats bosniaques mais aussi aux procureurs étrangers qui font partie du parquet, et nommément à l'un d'eux, Jude Romano, qui doit bientôt quitter ses fonctions. On y voit une nouvelle preuve de la partialité des autorités internationales et de la volonté de certains cercles de faire porter la culpabilité de tous les crimes commis au cours de la guerre sur le côté serbe. Réagissant depuis Israel où il effectuait un voyage de diplomatie parallèle de promotion de l'amitié entre cet Etat et la RS, Milorad Dodik a déclaré que « l'arrêt des investigations du bureau des procureurs de BH était une décision purement politique de l'un de ses membres étrangers et que la RS ne pouvait faire confiance à la Cour de BH et à ses procureurs centraux ». Il a réaffirmé qu'il considérait que l'attaque de la rue Dobrovoljacka avait été le début de tout, ce qui entre dans l'interprétation de la guerre de BH comme guerre de défense du peuple serbe de Bosnie, célébrée comme telle tout au long des cérémonies du vingtième anniversaire de la fondation de la RS.</p> <p class="spip">Le Président de la RS est revenu, dans une interview à l'hebdomadaire de Banja Luka « Novi Reporter », sur la signification de cet anniversaire en mettant l'accent sur l'importance cruciale du renforcement de l'entité serbe qu'il présente comme un « sublimé et un concentré des aspirations à la liberté que les Serbes de la région portent depuis des siècles », ce qui rejoint certaines déclarations exaltant le rôle de la RS au cours des cérémonies de cet anniversaire, celles en particulier du patriarche de l'Eglise orthodoxe serbe Irinej ou du vice-premier ministre et ministre de l'intérieur du gouvernement serbe Ivica Dacic, l'ancien porte-parole du SPS (parti socialiste serbe) de Milosevic pendant les guerres yougoslaves.</p> <p class="spip">Pendant ce temps, le Conseil des ministres de BH qui sera présidé par Vjekoslav Bevanda est toujours en formation, mais comme l'annonce aussi Milorad Dodik, ses compétences seront très strictement limitées, pour qu'elles n'empiètent pas sur celles des entités, qui pour les dirigeants de la RS, doivent demeurer prépondérantes.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Vingtième anniversaire de la création de la "Republika Srpska" http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article809 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article809 2012-01-11T15:57:23Z text/html fr Maurice LAZAR L'accord conclu par les six principaux partis parlementaires bosniens le 28 décembre entre progressivement en application. Le budget 2011 a ainsi été voté avec un année de retard, un projet de loi sur le recensement recueille maintenant l'assentiment qui lui manquait depuis plus longtemps encore, et après son investiture par la Chambre des représentants prévue le 12 janvier, le Président du Conseil des ministres désigné par la Présidence collégiale, Vjekoslav Bevanda, pourra présenter son (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">L'accord conclu par les six principaux partis parlementaires bosniens le 28 décembre entre progressivement en application. Le budget 2011 a ainsi été voté avec un année de retard, un projet de loi sur le recensement recueille maintenant l'assentiment qui lui manquait depuis plus longtemps encore, et après son investiture par la Chambre des représentants prévue le 12 janvier, le Président du Conseil des ministres désigné par la Présidence collégiale, Vjekoslav Bevanda, pourra présenter son nouveau gouvernement dans le mois qui vient. Ce n'est plus qu'une cuisine de partage entre les partis des postes de ministres, de sous-ministres et de directeurs d'agences étatiques, selon les affectations et les quotas « ethniques » prévus par l'accord.</p> <p class="spip">Cet apparent apaisement du climat politique contraste avec la réalité des oppositions qui divisent le pays, aussi bien sur les regards portés sur le passé que sur les visions de son avenir, réalité que viennnent de rappeler les cérémonies organisées en « Republika Srpska » à l'occasion du vingtième anniversaire de sa création, le 9 janvier 1992, trois mois avant le début de la guerre qui allait s'accompagner des horreurs et entraîner les conséquences que l'on sait. Au-delà de l'événement local, cette commémoration, voulue éclatante, a revêtu une signification régionale, voire internationale.</p> <p class="spip">Elle a en effet été l'occasion d'une réunion panserbe (succédant à une autre tenue quelques jours auparavant à Belgrade autour du Président Tadic) avec tout le ban et l'arrière ban des personnalités politiques de Serbie ( le Président Tadic, le Premier ministre Cvetkovic, le Vice-premier ministre Dacic), de la plus hautes autorité de l'Eglise orthodoxe serbe en la personne du Patriarche Irinej et de représentants des Serbes de la région, dont ceux du Kosovo en quasi-révolte contre les autorités de Belgrade. D'autres présences étaient à signaler, celle par exemple d'Emir, devenu Nemanja Kusturica, venu vanter la qualité de la politique culturelle de la RS, celle d'une importante délégation du HDZ-BiH croate avec à sa tête son leader Dragan Covic, et surtout celle de l'ambassadeur de Russie en BH, Alexander Botsan-Kharchenko, qui a remis une médaille décernée par le Président Medvedev au Président Milorad Dodik pour l'importante contribution qu'il a apportée à la défense du droit international ( ?!). Tandis que le patriarche Irinej bénissait l'entité serbe, consacrée comme le plus jeune Etat serbe, le vice-premier ministre et ministre de l'intérieur Ivica Dacic, ancien proche collaborateur de Milosevic, louait son rôle de « Piemont de la serbitude » dans l'inimitable jargon français de « glassrbije » (site en français de la radio de Belgrade), ce qui veut probablement dire « rassembleur ou unificateur du peuple serbe ».Dans ce concert de dithyrambes, c'est le Président Tadic qui a dû apporter une note de mesure en rappelant que son indéfectible soutien à la RS n'excluait pas son attachement à l'intégrité et à la souveraineté de la Bosnie-Herzégovine, qu'il ne dissocie pas, à l'intention de la Communauté internationale, de l'intégrité et de la souveraineté de la Serbie telle qu'il l'entend, Kosovo inclus. Mais il fut bien le seul à se tenir dans ce registre.</p> <p class="spip">L'heure était à l'illustration et à l'exaltation de la sauvegarde du peuple serbe de Bosnie, la RS étant célébrée comme son rempart, depuis sa proclamation initiale et sa défense à travers une guerre qui lui aurait été imposée, jusqu'à aujourd'hui et pour l'éternité, tant elle reste menacée par la volonté des Bosniaques de centraliser et de dominer la BH. Dans ses discours répétitifs sur ce thème, Milorad Dodik est allé jusqu'à poser la légitimité de la Republika Srpska comme antérieure à celle de la Bosnie-Herzégovine, la première remontant à volonté du peuple serbe de Bosnie en 1992, la seconde résultant seulement des accords de Dayton de 1995.</p> <p class="spip">Protestant contre le procès de « srebrenisation » qui, d'après lui, serait fait à la RS, Milorad Dodik, comme la majorité des dirigeants qui se sont exprimés, s'est prudemment abstenu de mentionner les pères fondateurs de l'entité serbe, Karadzic, Krajisnik, Plavsic, tous passés par la case du TPI et accusés ou condamnés pour des crimes contre l'humanité ou de génocide. Il a fallu que les dirigeants du SDS (créé par Karadzic), parti rival du SNSD de Dodik dans l'entité et son allié au niveau de l'Etat central, rappellent ces noms pour que l'on se souvienne que la création et l'action de la RS signifient bien autre chose que de simples luttes d'affirmations nationales par des moyens démocratiques. Aucun des participants aux cérémonies du 9 janvier ne semble en avoir eu conscience et c'est en parfaite innocence que, face aux violentes réactions provoquées dans la Fédération par l'indécence de ces célébrations, les médias et les responsables politique de la RS dénoncent la haine maladive des Serbes que prouveraient, selon eux, ces protestations.</p> <p class="spip">Les rassemblements et les discours tenus à l'occasion de ce Jour de la RS, vingt après ce qui fut l'acte annonciateur de la guerre d'agression et de destruction de la Bosnie-Herzégovine, confirment que la majorité des responsables serbes, de Serbie et hors de Serbie, se refusent toujours à un examen lucide de la politique qui a mené la région au désastre, et que, bien au contraire, ils n'en démordent pas. Pour les dirigeants de la RS, l'avenir ne se conçoit que dans la poursuite des objectifs que s'étaient assignés les fondateurs de ce qui allait devenir l'entité reconnue par les accords de Dayton.</p> <p class="spip">Quant aux représentants de la Communauté internationale en BH, le déchaînement de l'ultranationalisme négationniste en RS les laisse sans voix. Un porte-parole du Haut-Représentant a seulement tenu à rappeler que, sous le régime de Dayton, les entités ne pouvaient être reconnues comme des Etats. Pour la suite, l'UE et les capitales européennes ne pourront que se satisfaire de la formation, dans quelques semaines, d'un gouvernement de BH sans politique et sans projet.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> Vers un gouvernement en Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article808 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article808 2011-12-30T14:02:19Z text/html fr Maurice LAZAR Près de 15 mois après les élections du 3 octobre 2011, les 6 principaux partis représentés au Parlement bosnien sont parvenus à un accord pour former le gouvernement central du pays, alors que certains observateurs tenaient pour plausible l'hypothèse que cela n'arriverait jamais. Les dirigeants de ces partis, réunis à Sarajevo le 28 décembre, se sont dans le même élan entendus sur deux sujets qui posent problème depuis longtemps, ceux du recensement de la population et de (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">Près de 15 mois après les élections du 3 octobre 2011, les 6 principaux partis représentés au Parlement bosnien sont parvenus à un accord pour former le gouvernement central du pays, alors que certains observateurs tenaient pour plausible l'hypothèse que cela n'arriverait jamais. Les dirigeants de ces partis, réunis à Sarajevo le 28 décembre, se sont dans le même élan entendus sur deux sujets qui posent problème depuis longtemps, ceux du recensement de la population et de l'affectation de l'aide publique, et il semble qu'une solution soit en vue pour mettre la Constitution de l' Etat en conformité avec l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme sur l' affaire Sejdic-Finci, c'est à dire sur les droits politiques des citoyens ne relevant d'aucun des 3 « peuples constitutifs » du pays ( Bosniaques, Croates et Serbes). Pour compléter le tout, et ce n'est pas le moins important, un accord a aussi été trouvé pour le budget 2011, qui n'avait pas été voté et sur celui de l'année 2012, qui devra être préparé par le nouveau gouvernement et être adopté par le Parlement dans les trois mois. On peut penser que la menace d' effondrement économique et financier qui pesait sur le pays, les deux entités confondues, n'a pas été étrangère à la concorde soudainement apparue entre les principaux responsables politiques, par ailleurs sous la pression des diverses autorités internationales qui s'intéressent à la Bosnie-Herzégovine. Celles-ci ont manifesté leur satisfaction et estimé que la B-H pourra maintenant reprendre le chemin de l'intégration européenne qu'elle avait perdu.</p> <p class="spip">Sans sous-estimer le progrès qui vient d'être réalisé, qui reste à concrétiser par la formation effective du gouvernement suivant les procédures constitutionnelles de désignation et d'élection du Président du Conseil et de ses ministres, quelques observations sont de nature à relativiser les avancées qui se profilent.</p> <p class="spip">La première concerne la méthode même qui a présidé à la constitution du futur gouvernement, très illustrative de la démocratie de Dayton. Elle a consisté essentiellement à répartir les ministères entre « ethnies », les Bosniaques s'en voyant attribuer 4 (Affaires étrangères,Sécurité,Défense,Transports et Communications) les Croates 3 (Présidence,Justice, Droits de la personne et Réfugiés) et les Serbes autant (Economie et Finances, Relations économiques extérieures, Affaires civiles ). A ce jeu, Milorad Dodik, président de la RS, a dû renoncer aux 4 portefeuilles qu'il revendiquait pour les Serbes, dont celui des affaires étrangères, mais a obtenu ceux concernant l'économie et d'importantes directions d'agences centrales de l'Etat, elles aussi distribuées sur des critères « ethniques ». Les Croates ont hérité du poste de Président du gouvernement qui reviendra au parti majoritaire croate HDZ-BiH en la personne d'un ancien ministre des finances de la Fédération croato-bosniaque Vjekoslav Bevanda, dont la nomination a été officialisée par la Présidence tripartite. Le SDP (parti social-démocrate) qui a recueilli le plus de voix dans l'ensemble du pays et dans la Fédération est considéré comme bosniaque par les nationalistes croates et serbes, mais il refuse cette étiquette pour se réclamer de la « multiethnicité ». C'est à ce titre qu'il a exigé de pouvoir désigner un ministre de nationalité croate issu de ses rangs, exigence seulement à moitié satisfaite par l'accord qui lui a permis de nommer un ministre-adjoint pris dans le quota croate ( tous les ministres sont flanqués d'un adjoint d'une autre nationalité que la leur). Il est aussi question qu'un ministre du contingent bosniaque aille à un titulaire de nationalité « autre ». Ces entorses à la règle jusqu'ici en vigueur perturberaient l'ethnicisme dominant de la Constitution de Dayton dont se réclament tous les partis nationalistes bosniens. Elles représenteraient un succès symbolique pour le SDP qui en a engrangé un autre, bien réel et auquel il tenait beaucoup, celui du gain probable du ministère des affaires étrangères qui devrait échoir à son leader Zlatko Lagumdzija, ce à quoi s'opposait avec force Milorad Dodik. Compte-tenu de la pratique courante en BH, selon laquelle les ministres parlent plus au nom de leurs partis qu'à celui du gouvernement auquel ils appartiennent, on peut s'attendre à ce que Zlatko Lagumdzija défende vigoureusement l'orientation euroatlantique qui est la sienne, en contradiction de celle de son adjoint serbe qui partagera certainement les vues de son chef de parti Milorad Dodik, étroitement lié à la Russie et au parti « Russie unie » de Poutine, au dernier congrès duquel il a été invité et a assisté. Les nominations personnelles aux postes ministériels et administratifs ne sont pas encore connues. Sauf accident de parcours toujours possible, la formation du gouvernement est prévue pour le mois de janvier.</p> <p class="spip">Les difficultés de tous ordres et en tous sens rencontrées pour que l'entente se fasse amènent à s'interroger sur la signification que peut revêtir un gouvernement tel que celui qui est en voie de constitution. Si, conformément à l'accord conclu entre les six partis, il fait voter les budgets pour 2001 et 2012 et s'il réalise les quelques reformes limitées exigées pour la reprise du processus de l'intégration européenne, il fera œuvre utile, ne serait-ce que par le ballon d'oxygène de l'aide financière que l'UE et le FMI devraient accorder à la BH. Mais quelle cohérence, quelle vision d'avenir habiteraient une coalition bâtie, non sur un projet commun, mais comme un simple assemblage de politiques contradictoires, les dirigeants de la RS mettant plus que jamais l'accent sur la prééminence de leur entité, ceux du SPD et du SDA sur l'unité et la primauté de la BH en tant qu'Etat, et ceux des deux HDZ sur la nécessité de créer une 3° entité, croate ? Milorad Dodik a d'ailleurs déclaré à la chaîne BNTV, après l'accord, que pour lui « la BH n'avait pas de gouvernement. Ce n'est pas un pays au sens classique, c'est une union d'Etats. Il a un Conseil des ministres….qui est un corps technique, consultatif ». C'est dire…</p> <p class="spip">On relèvera par ailleurs la discordance entre la composition prévue du gouvernement central et celle des majorités politiques formées dans les deux entités : en RS, le SDS (parti fondé par Karadzic) est dans l'opposition, mais au niveau central de la BH, il sera au gouvernement où il partagera les sièges serbes avec le SNSD de Milorad Dodik ; dans la Fédération, les deux partis issus du HDZ contestent la légitimité du gouvernement à direction SPD, mais au niveau central ils cohabiteront avec leurs adversaires du SDA et du SDP et c'est un membre du HDZ-BiH, ne reconnaissant pas, pour l'heure, l'exécutif de la Fédération, qui présidera le gouvernement de la BH. On rappellera que l'une des causes de la longueur du blocage de la formation du gouvernement central aura été l'exigence posée par les nationalistes croates du HDZ de former un nouveau gouvernement de la Fédération au sein duquel ils représenteraient seuls l'ensemble des Croates de l'entité. Le Conseil de l'Europe a dénoncé cette prétention. On ne sait encore dans quel sens sera résolu ce conflit dont se servait Milorad Dodik pour prolonger la crise. Si le désaccord sur ce point perdurait, on imagine la situation burlesque d'un président de gouvernement central ignorant les autorités de l'une des deux entités de l'Etat, mais le journal « Dnevni List », de Mostar, fait état d'un accord qui serait intervenu entre le SDP et le HDZ-BiH, qui reconnaîtrait le caractère multiethnique du SDP et donc son droit à représenter des Croates, ce qui ouvrirait la voie à un règlement de la crise politique dans la Fédération.</p> <p class="spip">Si tout se déroule sans anicroche, la BH se verra donc dotée d'un gouvernement et d'un budget au début de l'année 2012. Les seuls pleinement satisfaits de ce dénouement (provisoire ?) sont les représentants des autorités internationales et surtout européennes, d'abord soucieux de l'apparence de normalité d'un pays auquel a été imposé un système politique ingérable et, de plus, incompatible avec les normes démocratiques européennes. La question principale qui se pose est donc de savoir s'il existe une volonté d'aller plus loin, pour changer ce système en profondeur. Si le premier et le dernier mot doivent bien sûr revenir aux Bosniens eux-mêmes, une impulsion de l'UE est nécessaire pour leur permettre de briser le carcan institutionnel qui bride leurs aspirations à participer, malgré tout ce qui mine actuellement la construction européenne, à un mode vie commun aux peuples européens. La nécessité d'une profonde refondation constitutionnelle, bien au-delà de celle limitée aux cas visés par l'affaire Sejdic-Finci, a mainte fois été énoncée. Ce n'est pas faire preuve de pessimisme que de constater que l'UE est bien loin de commencer d'entreprendre quelque chose en ce sens, tant elle s'use, dans tous les domaines, à colmater les brèches plutôt qu'à fonder une politique d'avenir. Il apparaît que dans les pays de l'ex-Yougoslavie, Bruxelles et les capitales européennes concentrent toute leur attention aux relations entre Belgrade et Pristina, pour ménager un accord sans trop froisser la susceptibilité des dirigeants serbes. Ceux-ci, contraints de reculer jour après jour sur le Kosovo, demeurent libres de défendre comme ils le veulent les « intérêts » serbes dans tout le reste de la région, comme en témoigne la toute récente réunion panserbe tenue à Belgrade autour du Président Boris Tadic. Cela vaut en premier lieu pour la défense de la Republika Srpska et de ses dirigeants, avec en tête Milorad Dodik dont on peut parier que la volonté de détruire la BH ne diminuera pas avec l'accord de gouvernement du 28 décembre. Si rien n'est fait pour la contrecarrer et promouvoir une autre disposition des pouvoirs en BH, les limites du compromis qui vient d'être si laborieusement élaboré et accepté risquent d'être vite atteintes.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div> L'Union européenne et la Bosnie-Herzégovine http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article802 http://www.association-sarajevo.org/spip.php?article802 2011-10-15T13:54:01Z text/html fr Maurice LAZAR La Commission de Bruxelles a transmis le 12 octobre au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne ses rapports sur le processus d'élargissement de l'Union. S'agissant des Balkans occidentaux, elle donne la meilleure note au Monténégro en proposant de lui octroyer le statut de candidat avec la promesse d'une ouverture très prochaine des négociations en vue de l'adhésion, de donner un encouragement à la Serbie en lui accordant ce statut à la condition que des « progrès (...) - <a href="http://www.association-sarajevo.org/spip.php?rubrique19" rel="directory">sur la B.H.</a> <div class='rss_texte'><p class="spip">La Commission de Bruxelles a transmis le 12 octobre au Parlement européen et au Conseil de l'Union européenne ses rapports sur le processus d'élargissement de l'Union. S'agissant des Balkans occidentaux, elle donne la meilleure note au Monténégro en proposant de lui octroyer le statut de candidat avec la promesse d'une ouverture très prochaine des négociations en vue de l'adhésion, de donner un encouragement à la Serbie en lui accordant ce statut à la condition que des « progrès substantiels » soient enregistrés dans les relations entre Belgrade et Pristina, et d'infliger un zéro pointé à la Bosnie-Herzégovine. Presqu'aucune des réformes exigées par l'Accord de stabilisation et d'association entre l'UE et la BH n'a vu le jour, pas plus que la mise en conformité des lois électorales avec l'arrêt de la Cour européenne des droits de l'homme 22-12-2009 dans l'affaire Sejdic et Finci qui concerne la représentation des citoyens qui ne se reconnaissent pas dans l'un des peuples constitutifs de BH, bosniaque, croate ou serbe. Une seule phrase du rapport général de la Commission suffirait à situer le problème de la BH « Le processus d'adhésion nécessite le bon fonctionnement des institutions à tous les niveaux et un mécanisme de coordination efficace pour les relations avec l'UE, qui permettrait au pays de parler d'une seule voix ».</p> <p class="spip">D'autres documents, après tous ceux, de différentes origines, qui ont été publiés ces dernières années, viennent de s'ajouter à la pile des constats accablants des carences et des maux de la BH. Pour n'en citer qu'un, voici celui établi par l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe le 6 octobre dans le cadre d'un rapport intitulé « La situation politique dans les Balkans »</p> <p class="spip">« S'agissant de l'impasse politique en Bosnie-Herzégovine, l'Assemblée :</p> <p class="spip">3.1. note que, en raison de querelles sur les concepts politiques dans le cadre de la répartition des postes ministériels entre les dix membres du Conseil des Ministres, cette impasse a entraîné de graves conséquences : les agences financières internationales ont abaissé la note du pays ; les investissements directs étrangers ont baissé de 75% depuis 2009 ; le chômage frappe plus de 43% de la population active ; l'Etat fonctionne avec un budget provisoire étant donné que le budget de l'Etat n'a toujours pas été adopté ;</p> <p class="spip">3.2. regrette que le gouvernement sortant n'ait pas été en mesure de lancer les réformes nécessaires pour que la Bosnie-Herzégovine se prépare à adhérer à l'Union européenne, si bien que l'accord de stabilisation et d'association, ratifié par l'ensemble des Etats membres de l'Union européenne depuis octobre 2010 n'est toujours pas entré en vigueur ;</p> <p class="spip">3.3. exhorte tous les dirigeants de partis politiques à trouver sans délai une solution à l'impasse politique, ce qui offrirait au pays la perspective d'une intégration européenne et d'une coopération régionale renforcée ;</p> <p class="spip">3.4. invite, une fois de plus, les autorités à exécuter sans délai l'arrêt Sejdic et Finci de la Cour européenne des droits de l'homme en garantissant aux minorités ou aux « autres » personnes qui ne font pas partie des « trois peuples constituants » (les Bosniaques, les Croates et les Serbes) le droit de se présenter aux élections à la Présidence de la Bosnie-Herzégovine ;</p> <p class="spip">3.5. exhorte tous les Etats membres du Conseil de l'Europe à proposer une assistance aux autorités de Bosnie-Herzégovine pour qu'elles surmontent l'impasse politique et la détérioration de la situation économique et respectent leurs obligations".</p> <p class="spip">Un rapport de l' « International Crisis group » (ICG) intitulé « Bosnia :what does RS want ? » et un article de Srecko Latal pour ce même ICG ( www.crisisgroup.org ,en anglais) sur la situation générale de la Bosnie-Herzégovine vont dans le même sens pour signifier que l'impasse est totale.</p> <p class="spip">Mais le seul remède à la crise endémique de la Bosnie-Herzégovine de Dayton que préconisent toutes ces organisations demeure l' « exhortation » alors qu'il est avéré qu'elle ne sert à rien puisqu' il est au moins un acteur de cette crise qui se félicite du cours des événements qui va dans la direction qu'il souhaite. La dissolution de la BH comme pays et comme Etat est en effet l'objectif affiché par le Président de la RS Milorad Dodik et l'on se demande pourquoi il cèderait aux objurgations qui l'incitent à faire le contraire de ce qu'il estime être ses intérêts. En se servant des prétentions exorbitantes de ses alliés croates des deux HDZ, il parvient parfaitement à ses fins en bloquant la formation d'un gouvernement central et le fonctionnement des institutions bosniennes,CQFD.</p> <p class="spip">L'Union européenne dispose depuis mars de moyens de sanction, financiers et autres, contre les responsables bosniens qui entravent le bon fonctionnement des institutions. Elle revendique le rôle d'intervenant principal comme conseiller en BH, par l'intermédiaire de son représentant spécial Peter Sorensen, en demandant la « délocalisation » du Haut-Représentant Valentin Inzko. Cette nouvelle détermination est louable et on en attend les effets, dans une période où l'UE a beaucoup à prouver dans d'autres domaines. Des résultats là où on ne les espère plus seraient de bon augure.</p> <p class="spip">Association Sarajevo</p></div>