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La conférence internationale de Sarajevo du 2 juin 2010

vendredi 4 juin 2010


La conférence internationale sur les Balkans occidentaux, qui s’est tenue à Sarajevo le 2 juin, a réuni 48 délégations mandatées par les Etats de la région et de l’UE, les instances de Bruxelles, l’ONU, l’OTAN, l’OSCE, le Conseil de l’Europe, les Etats-Unis, la Russie et la Turquie. Les gouvernements étaient le plus souvent représentés par leurs ministres des Affaires étrangères, sauf exceptions, dont celles particulièrement remarquées, de l’Allemagne qui n’a dépêché qu’un haut fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères, et de la Russie qui a simplement délégué son ambassadeur en BH. Ce manque d’intérêt peut s’interpréter pour l’Allemagne, par ses réticences à élargir prochainement l’Union européenne, pour la Russie, par ses objections à l’intégration de la région dans les structures euro-atlantiques. Bernard Kouchner, qui a annulé sa participation prévue, s’est fait remplacer par le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche, non s’en s’être fendu au préalable d’une lettre cosignée par le ministre des affaires étrangères d’Italie, qui renouvelait le ferme soutien des deux pays à l’intégration européenne des Balkans occidentaux. Le ministre français s’est exprimé dans les mêmes termes dans une tribune publiée par la presse locale et il recevra son collègue bosnien, Sven Alkalaj, à Paris le 4 juin, peut-être pour aller plus au fond des problèmes. Les Etats-Unis ont envoyé à Sarajevo le sous-secrétaire d’Etat James Steinberg, mais Hillary Clinton a voulu marquer son intérêt pour la région par une lettre de soutien qu’elle a signée avec la Haute-Représentante de l’Union pour les relations extérieures Catherine Ashton et Miguel Angel Moratinos.

La conférence s’est déroulée suivant le modèle "Gymnich", selon lequel les personnalités y participent sous leurs seuls noms, sans spécification des pays ou organismes qui les ont désignés. Ceci afin de sauver la face à la Serbie qui a fait semblant de croire que le Kosovo était représenté par l’UNMIK .Le Kosovo a considéré, de son côté, que son ministre des Affaires étrangères le représentait à l’égal des autres pays ou organismes invités.

A l’issue de la conférence, le ministre des Affaires étrangères espagnol, Miguel Angel Moratinos, à l’origine de sa convocation et qui s’y est beaucoup investi, a communiqué la déclaration qu’il a élaborée en coordination avec la Commission de Bruxelles. La substance de ce texte consiste dans la réitération de l’engagement européen en faveur de l’intégration de la région dans l’Union et le rappel de la nécessité pour les Etats postulants de coopérer entre eux et de procéder aux réformes nécessaires. Miguel Angel Martinos a notamment relevé l’existence dans la région de "problèmes de voisinage non résolus", que les "pays balkaniques doivent aborder dans l’optique de la culture européenne de l’intégration : un processus de réconciliation interne à chaque pays, ainsi qu’avec ses voisins".

Les pays de la région avaient anticipé cette invitation à la réconciliation en multipliant les gestes de bonne volonté mutuelle. Les derniers signes en ce sens ont été une déclaration commune signée à Sarajevo par les présidents de BH, de Croatie, du Monténégro et de Serbie et le voyage en RS du président croate Josipovic qui, après avoir rendu hommage à toutes les victimes de la guerre, a contrairement à son prédécesseur Mesic, eu des mots aimables à l’endroit de Milorad Dodik à qui il veut faire confiance lorsqu’il s’engage à favoriser le retour des Croates chassés de leurs foyers de BH.

Quant au "processus de réconciliation interne", il ne progresse pas d’un pas en BH où, sur tous les sujets de dissensions, loi sur le recensement, répartition des biens publics entre Etat et entités, et bien sûr réforme constitutionnelle, les positions restent figées. Les Bosniens peuvent au mieux espérer que d’ici l’automne, un accord pourra être trouvé pour accomplir les conditions posées par la Commission européenne à l’exemption des visas d’entée dans l’espace Schengen. Ils ont d’ailleurs été déçus que cette question des visas n’ait pas été mentionnée dans la déclaration de Moratinos.

Miguel Angel Moratinos a qualifié cette conférence de "journée historique", mais à bien examiner la chose, on n’y voit rien d’autre qui n’ait été dit et redit auparavant sur l’avenir européen de la région. La "réconciliation" et la "coopération régionale" étaient, par exemple, déjà au cœur de la déclaration finale du Sommet de Zagreb de novembre 2000, avec l’avantage pour celle-ci d’avoir été effectivement signée par tous les participants, alors que celle de Sarajevo 2010 n’a procédé que de la plume de son président Moratinos, au terme d’une rencontre informelle. Si la conférence de cette année a réuni une plus large assistance, elle n’a pas gagné en efficacité. Déclaration d’intentions renouvelée de la part de la Communauté internationale et surtout de l’Union européenne, avertissements adressés aux pays concernés pour qu’ils prennent le droit chemin, le document ne contient aucune nouveauté sur les responsabilités particulières des uns et des autres pour que le changement attendu advienne. Concernant la Bosnie-Herzégovine, le rapport Pack, adopté après amendements par la commission des affaires étrangères du Parlement européen avant d’être soumis à une prochaine discussion en séance plénière, est beaucoup plus incisif et précis, prenant parti pour l’édification d’un Etat central efficace et renforcé, détail sur lequel ne se sont sans doute pas penchés les participants à la Conférence de Sarajevo. Les dirigeants de la RS ont très mal reçu ce nouveau rapport qui les vise au premier chef et Milorad Dodik a renouvelé son propos habituel "si j’ai à choisir entre l’autonomie de la RS et l’Europe, je choisis la RS", qui a le mérite de la clarté et met au pied du mur ceux qui comptent sur l’esprit du compromis pour raisonner la direction de la RS.

Il est incontestable que les relations entre les pays de la région se sont améliorées, au moins dans l’ apparence, mais les deux points noirs, celui du Kosovo et celui de la Bosnie-Herzégovine, restent pour l’essentiel ce qu’ils étaient, du fait que Belgrade refuse de voir la réalité de la "perte de sa province méridionale", "Jérusalem serbe" selon Vuk Jeremic, et que Banja Luka refuse de changer quoi que ce soit au système institutionnel et politique bosnien. A ce sujet, et bien que les relations entre la Serbie et la RS soient devenus plus embrouillées, le même Vuk Jeremic vient d’assurer que la Serbie demeurait fidèle aux choix prioritaires de la RS, qui ne sont autres que ceux de la division ethnique et de l’impotence de la BH.

Face à ces blocages, la conférence de Sarajevo n’a pu que refléter la division de la Communauté internationale et de l’Union européenne quant aux méthodes à employer pour en venir à bout, la meilleure façon de la dissimuler étant pour elles d’attendre. Attendre le jugement de la Cour internationale de justice sur la prétendue illégalité de l’indépendance du Kosovo, dont on sait qu’il il ne sortira rien, attendre le résultat des élections d’octobre en BH, dont il risque de ne pas sortir grand-chose. On a remarqué que la Conférence n’avait pas évoqué la question, dont on avait parlé, de la nomination éventuelle d’un représentant spécial de l’UE pour les Balkans occidentaux, qui auraient pu être Paddy Ashdown ou Miroslav Lajcak, ancien Hauts-représentants en BH. Chacun à sa manière, l’un ou l’autre auraient pu élaborer, proposer et conduire une politique européenne cohérente pour l’ensemble des Balkans occidentaux. Le défenseur le plus éminent de la ligne européenne la plus laxiste, le ministre des Affaires étrangère suédois Carl Bildt, s’y est opposé, mais il est possible que l’affaire revienne sur le tapis.

L’Union européenne aurait l’occasion, en mettant enfin les Balkans sur les rails, de redorer un peu son blason, bien terni par l’indécision dont elle fait preuve dans tous les domaines. Est-ce trop espérer ?

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