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Milorad Dodik, Boris Tadic et Ivica Dacic à l’unisson

lundi 9 juin 2008


Le Premier ministre du gouvernement de la RS, Milorad Dodik, s’est de nouveau illustré par le discours qu’il a prononcé devant l’Assemblée du Conseil national des Serbes de Croatie réunie à Zagreb le 7 juin.

Il y a, entre autres, violemment attaqué la Croatie, accusée d’avoir commis contre les Serbes de la Krajina le plus important nettoyage ethnique connu en Europe après la 2° guerre mondiale, posé les Serbes comme les plus grandes victimes des guerres passées, critiqué la plainte déposée par la Croatie contre la Serbie devant la Cour internationale de justice, réitéré le peu de cas qu’il faisait de la BH pour exalter la prééminence de la RS, refusé toute responsabilité particulière des Serbes dans les conflits qui ont détruit la Yougoslavie,etc..

Le Haut-Représentant Miroslav Lajcak n’a voulu voir dans ce déploiement de rhétorique ultra-nationaliste serbe qu’un débordement de vocabulaire analogue à celui des autres dirigeants bosniens, déjà en précampagne pour les élections locales qui auront lieu en BH le 5 octobre.

Il aurait pourtant pu rapprocher ce discours des propos tenus quelques jours auparavant, déjà à Zagreb, par le ministre des Affaires étrangères de Serbie, Vuk Jeremic, qui comparait la destruction de Vukovar et le sort malheureux des Serbes de la Krajina, pour égaliser les torts des uns et des autres dans le déclenchement et le déroulement des guerres yougoslaves et appeler à l’oubli du passé.

Cet oubli du passé est aussi devenu le thème de déclarations répétées du Président de Serbie Boris Tadic, à la recherche d’une alliance politique avec le SPS (parti socialiste de Milosevic). Le chef du parti démocrate, qui ne peut se passer de la participation de ce parti à un gouvernement de son choix, est allé si loin dans sa démonstration de compréhension à l’égard de ceux qu’il espère avoir comme partenaires de la coalition qu’il entend mettre sur pied, qu’il a osé comparer la peine éprouvée par les "socialistes" à la mort en prison de leur dirigeant Slobodan Milosevic à celle des "démocrates" à l’assassinat de Zoran Djindjic.

Les dirigeants du SPS profitent de cette si large ouverture d’esprit pour faire monter les enchères au maximum. S’ils ne peuvent guère espérer décrocher le poste de Premier ministre qu’ils réclament pour leur président Ivica Dacic, ils sont assurés d’obtenir des compensations appréciables en termes de portefeuilles et d’avantages politiques et économiques divers. Pour l’heure, il semble qu’ils attendent plus des démocrates que des radicaux, notamment sur le plan de la considération internationale qui, actuellement leur manque encore. Mais à noter le peu d’émoi que suscite à l’étranger la perspective de devoir compter avec des ministres "socialistes" serbes, cette consécration internationale ne saurait tarder et peu importe que, comme l’affirme la vice-présidente du SPS, Slavica Djukic-Dejanovic, ce parti " ne reniera jamais l’héritage de Slobodan Milosevic". C’est dans la plus parfaite indifférence que l’opinion publique et les gouvernements européens s’apprêtent, en quelque sorte, à tourner la page des plus grandes atrocités commises en Europe après 1945.

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