Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Informations > sur la B.H. > srebrenica > Après la dixième commémoration du massacre de Srebrenica

Après la dixième commémoration du massacre de Srebrenica

mercredi 13 juillet 2005


Les cérémonies commémoratives du massacre de Srebrenica de juillet 1995 se sont déroulées à Potocari comme prévu, avec la participation d’une très nombreuse assistance bosniaque -environ 50.000 personnes, le chiffre de 100.000 étant aussi avancé -, venue une nouvelle fois exprimer sa douleur et sa soif de justice. 610 corps de victimes identifiées ont été mis en terre.

Plus de 500 délégués étrangers, représentants des grandes organisations internationales et d’une cinquantaine de pays étaient sur place, les messages officiels affluant de toutes parts. Ceux qui ont laissé s’accomplir le crime n’ont pu que témoigner leurs regrets, voire leur honte de ce qui s’est passé il y a dix ans. C’est ce mot « honte » qui a notamment été prononcé par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, pour qualifier l’action passée de la « communauté internationale », mais il serait fastidieux de citer toutes les déclarations qui allaient dans le sens de ce repentir plus ou moins avoué. Carla Del Ponte, procureure en chef du TPI, a préféré manifester sa désapprobation de la carence toujours actuelle, de toutes les autorités, locales ou internationales, à capturer Karadzic et Mladic, en s’abstenant de paraître à Potocari. La France, représentée par le ministre des affaires étrangères Philippe Douste-Blazy, ne s’est pas distinguée par l’éclat de sa prise de position. On ne peut s’empêcher de penser que la focalisation sur Srebrenica permet de faire l’économie d’un retour sur l’ensemble des guerres yougoslaves,leur origine, leur déroulement, leur aboutissement, alors que, selon les propos tenus devant la mission d’information parlementaire française par le premier ambassadeur de France à Sarajevo, Henry Jacolin, « ce qui s’est passé à Srebrenica a été, en quelque sorte, un concentré dans le temps (dix jours) de ce qui est advenu dans toute la Bosnie-Herzégovine pendant trois ans, particulièrement à Sarajevo dont le siège a duré trois ans ».

Parmi les personnalités présentes, qu’il soit permis de relever particulièrement celle du représentant de la Pologne,Tadeusz Mazowiecki, un des rares hommes d’Etat qui se soit montré à la hauteur de sa fonction en l’abandonnant lorsqu’il s’est avéré qu’elle ne relevait que de la fiction. L’Association des Mères de Srebrenica et de Zepa lui a remis, à l’occasion de son passage en Bosnie, un prix dont il a reversé le montant à une œuvre d’éducation des enfants de Srebrenica.

Une grande attention a été portée au déplacement du Président de Serbie Boris Tadic, qui avait maintenu sa décision de participer à la cérémonie en dépit des oppositions qu’elle avait suscitées en Bosnie et d’ailleurs aussi en Serbie. Il l’a justifiée auprès de ses compatriotes serbes, la veille de son départ pour la Bosnie, par trois raisons : une considération d’ordre humanitaire, montrer l’opposition des citoyens serbes aux crimes de guerre, favoriser la coopération entre les pays de la région. Son but, clairement affiché, était de dissocier la Serbie des crimes commis par certains de ses représentants, avec l’espoir émis que Mladic serait arrêté dans les prochains jours.

L’opinion et les milieux politiques de Bosnie ont diversement apprécié la démarche du Président serbe, qui s’est prudemment gardé de présenter des excuses en bonne et due forme. Si certains veulent y voir les premiers pas en direction de la reconnaissance de la responsabilité de Belgrade dans la destruction de la Bosnie, d’autres n’y décèlent que le signe d’une habile manœuvre politique pour attirer à la Serbie les bonnes grâces de la communauté internationale et notamment de l’Union européenne, d’autant plus que du côté serbe, la tendance est d’englober le massacre de Srebrenica dans la condamnation indistincte de tous les crimes commis pendant les guerres yougoslaves. La minute de silence observée par l’Assemblée nationale de Serbie l’a été à la mémoire des victimes de Srebrenica, de Bratunac et... des attentats de Londres. Comme s’il leur fallait répliquer à la commémoration de Srebrenica qu’ils estiment avoir été détournée à des fins politiciennes ant-serbes, les autorités religieuses et politiques de la RS ont organisé à Bratunac, avec le soutien de leurs homologues de Serbie, une cérémonie à la mémoire des victimes serbes de la région, qu’ils estiment à 3.000, en demandant que Naser Oric soit inculpé par le TPI de crimes contre l’humanité.

La position des dirigeants de Belgrade est, en fait, loin d’être claire, d’une part parce qu’elle dépend des luttes pour le pouvoir qui se mènent en Serbie, d’autre part parce qu’une lecture lucide du passé y reste difficile. Une chose est de proclamer qu’il n’y pas de culpabilité collective du peuple serbe pour les crimes perpétrés en son nom -c’est une des raisons d’être du TPI -, une autre est de refuser de considérer que les guerres déclenchées par Milosevic l’ont été avec le soutien, à l’origine majoritaire, de l’opinion serbe, y compris de ses élites. Sur ce dernier point, il faut rappeler que la « question nationale serbe », qui a permis le ralliement au régime de Milosevic des secteurs dominants de la société serbe, de son armée, de son Eglise orthodoxe, de ses intellectuels, n’est aujourd’hui pas fondamentalement remise en cause, ce qui a des conséquences évidentes pour la résolution des problèmes du Kosovo et de la RS. L’influence des courants nationalistes, les « modérés » et les « ultra » ne se distinguant guère sur le fond, demeure suffisamment forte pour empêcher toute nouvelle approche.

Que ce passé continue de peser de tout son poids sur le règlement des questions actuelles se remarque par exemple à propos de la plainte pour agression et génocide déposée par la Bosnie-Herzégovine contre la Serbie-Monténégro devant la Cour Internationale de Justice de La Haye (à ne confondre ni avec le Tribunal Pénal International, ni avec la Cour Pénale Internationale) qui l’examinera à partir de février prochain. D’après l’expert américain de droit international Francis Boyle, interrogé par « Oslobodjenje », cette plainte aurait toutes les chances d’aboutir, ce qui pourrait avoir des conséquences considérables tant du point de vue pécuniaire que de celui du statut constitutionnel de la Bosnie-Herzégovine en raison du caractère dès lors illégitime de la division ethnique du pays. D’après le quotidien de Sarajevo, le membre bosniaque de la présidence collégiale de B.-H., Sulejman Tihic, de même que le Président de Croatie Stjepan Mesic, la Croatie ayant elle aussi déposer une plainte pour agression serbe devant la même juridiction, aurait refusé de prendre en considération une proposition d’arrangement en dehors de la CIJ formulée par Jack Straw, au nom de l’Union européenne et des Etats-Unis.

Association Sarajevo

A Paris, une petite centaine de personnes se sont réunies le 9 juillet sur le parvis de Beaubourg dans le cadre de la dixième commémoration du massacre.


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP