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Après la rencontre bosno-serbo-turque de Karadjordjevo

mercredi 27 avril 2011


Succédant à la rencontre tenue en avril 2010 à Istanbul entre Haris Silajdzic, alors président de la présidence collégiale de la BH, Boris Tadic président de la Serbie et Abdullah Gul, président de la Turquie, une réunion des chefs d’Etat de ces trois pays a eu lieu en Serbie le 26 avril, avec cette fois les trois membres de la présidence bosnienne, Bakir Izetbegovic, Zeljko Komsic et Nebojsa Radmanovic, président en exercice. Le lieu choisi, Karadjordjevo, pouvait rappeler les mauvais souvenirs du projet de dépeçage de la BH concocté vingt ans auparavant entre Milosevic et Tudjman, mais Boris Tadic a voulu lui donner, au contraire, le sens de l’ouverture d’une nouvelle ère de relations pacifiques entre voisins.

Alors que Bakir Izetbegovic, et plus encore Zeljko Komsic, avaient dit qu’ils allaient poser à Boris Tadic des questions comme celles des mandats d’arrêt internationaux abusifs du parquet de Belgrade (référence à l’affaire Divjak) ou du soutien de la Serbie à la politique de Milorad Dodik, tous les participants se sont déclarés satisfaits de la rencontre et y ont trouvé des motifs d’optimisme pour l’avenir des relations interrégionales. On a notamment relevé à Sarajevo la déclaration de Boris Tadic selon laquelle "la Serbie ne soutiendrait jamais un référendum qui aboutirait à la division de la Bosnie-Herzégovine et mettrait en question de n’importe quelle manière l’intégrité du pays" (termes du compte-rendu de la réunion diffusé par le bulletin d’information de la radio de Serbie). Le président serbe a ajouté qu’il se garderait bien de franchir une "dangereuse ligne rouge" en se mêlant de la politique intérieure de la BH pour interpréter des lois et des constitutions de pays étrangers. C’est pourtant ce qu’avait fait son ministre des affaires étrangères Vuk Jeremic qui avait estimé que le référendum sur les institutions judiciaires centrales de BH décidé par l’Assemblé de RS était conforme aux accords de Dayton et à la constitution de la BH. Par ailleurs, la Serbie qui se prétend "garante" des accords de Dayton, ne peut à ce titre s’abstenir de qualifier des actes d’autorités bosniennes condamnés par le directoire du PIC (Conseil d’application des accords de Dayton), à l’exception de son membre russe, d’autant plus que la Serbie fait partie des 55 pays ou organismes internationaux qui forment ce Conseil.

Le flou entretenu par Boris Tadic sur cette question du référendum devra donc être un jour dissipé, à moins que Milorad Dodik ne se décide à retirer son projet, ce qui paraît hautement improbable après la publication, ce jour, de la décision de l’Assemblée de la RS au JO de l’entité. Le Haut-Représentant avait réitéré ses mises en garde et réaffirmé que la Cour de Justice et l’Office des procureurs contestés par les instances de la RS relevaient de la compétence de l’Etat de BH selon la constitution de Dayton. Il rappelait que la loi qui les a institués a été adoptée par le Parlement central avec les votes des députés de la RS, y compris ceux du SNSD, parti de Milorad Dodik. Celui-ci paraît donc prêt à aller jusqu’au bout et on saura bientôt comment finira l’épreuve de force engagée. Toutes les précédentes se sont terminées à l’avantage du leader de la RS, mais la crédibilité de l’UE serait définitivement ruinée si elle tolérait une nouvelle fois ce qui serait, plus qu’une nouvelle provocation verbale de Dodik, un acte de rupture incontestable.

De toute manière, le maintien du statu quo serait encore une victoire pour les dirigeants de la RS. De ce point de vue, il est significatif que Boris Tadic ait refusé, à Karadjordjevo, de suivre le Président turc Gul dans sa proposition d’encourager la réforme constitutionnelle de la Bosnie-Herzégovine, qui demeure la condition de l’instauration d’un pouvoir fonctionnel en Bosnie-Herzégovine, exigée par l’Union européenne mais qui se heurte aux rigidités aussi bien des accords des accords de Dayton que des partis qui les utilisent pour maintenir leurs monopoles de pouvoir au nom des intérêts ethniques qu’ils exploitent.

La coalition gouvernementale formée dans la Fédération par le SDP, le SDA, le NSRzB et le HSP a ébréché le système qui voulait que les pouvoirs ne pouvaient se concevoir en BH que partagés selon des lignes ethniques, en dehors de toute considération de programmes ou de buts communs. Avec toutes les incertitudes sur l’hétérogénéité et les arrière-pensées des participants à la majorité qui s’est formée, la coalition dirigée par le SDP se trouve maintenant aux commandes de la Fédération où les deux HDZ se sont résignés à renoncer à leur boycott de la Chambre des peuples de l’entité, désormais complète avec, dans le groupe croate, un tiers des représentants appartenant à la coalition, ce qui empêche tout blocage éventuel de la part des HDZ. Cette nouvelle majorité s’apprête à voter un programme fixant les voies et moyens des réformes nécessaires à l’intégration européenne de l’UE. Mais celle-ci dépendra au premier chef des autorités centrales de l’Etat qui ne sont toujours pas formées et c’est à ce niveau que devront s’exercer les pouvoirs de persuasion des facteurs extérieurs à la BH.

Si, comme l’ont proclamé les présidents réunis le 26 avril à Karadjordjevo, l’objectif commun des peuples de la région est de rejoindre l’Union européenne,les dirigeants bosniens de tous bords ne peuvent, dans cette entreprise, être abandonnés à eux-mêmes, sauf à s’enfoncer dans des conflits grandissant jusqu’à l’implosion finale. Dans la situation qui est celle de la Bosnie-Herzégovine, imposée en grande partie de l’extérieur, c’est de cet extérieur, Union européenne, mais aussi pays voisins, que doivent venir les impulsions nécessaires. L’un des considérants de la résolution du Parlement européen du 17 juin 2010 sur la situation en Bosnie-Herzégovine énonce que "le Conseil et la Commission doivent faire preuve de davantage d’autorité et montrer leur capacité à contribuer de manière décisive à l’élaboration et à la mise en œuvre de nouvelles réformes". Quant à la Croatie- tout près de l’adhésion à l’UE- et à la Serbie- pressée de se voir candidate-, elles ont un réel pouvoir d’influence sur les Croates et les Serbes de BH pour leur signifier en termes clairs que leur pays, celui dont Zagreb et Belgrade prétendent respecter et défendre l’intégrité et la souveraineté, est bien la Bosnie-Herzégovine.

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