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Quel verdict pour Biljana Plavsic ?

vendredi 3 janvier 2003


"J’ai examiné et étudié l’acte d’accusation et reconnais que des milliers de personnes innocentes ont été victimes d’une action organisée et systmatique visant à éliminer les Croates et les Musulmans des territoires que les Serbes estimaient être les leurs (...). Je m’étais alors facilement persuadée qu’il y allait de la survie et de la défense du peuple serbe. Il s’est pourtant agi l d’une entreprise qui a coûté la vie à d’innombrables innocents."

C’est par ces paroles, prononcées au cours de sa dernière intervention devant la Cour du Tribunal de La Haye, que Biljana Plavsic, l’un des dirigeants des Serbes de Bosnie au cours de la guerre et ancienne présidente de la Republika srpska, a renouvelé ses aveux du 2 octobre 2002. Lesquels avaient rendu inutile la présentation de preuves par le procureur et réduit ce procès à de simples délibérations, qui auront duré trois jours et seront suivies par l’énoncé de la sentence imposée à l’ancienne présidente de la RS, accusée - avec Momcilo Krajisnik - de crimes tombant sous la compétence du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie.

Rappelons que Mme Plavsic s’était rendue volontairement à ce Tribunal en janvier 2001 et qu’au cours de sa première comparution, elle avait plaidé non coupable à tous les chefs d’accusation. Elle fut libérée à titre provisoire dès le mois de septembre, ce qui lui permit d’attendre la suite de son procès à Belgrade. C’est alors que survint un tournant dramatique, le 2 octobre 2002, lorsqu’au cours d’une nouvelle confrontation via vidéo entre Belgrade et le Tribunal, elle se déclara coupable d’avoir participé à la perscution de la population non-serbe de B-H pour des raisons politiques, raciales ou religieuses, chef d’accusation qualifié de crime contre l’humanité.

Biljana Plavsic avait aussi exprimé à cette occasion, par l’intermdiaire de ses avocats, "son immense et profond regret à toutes les victimes’ et avait lancé un appel aux leaders de "toutes les parties en litige" pour qu’ils suivent son exemple et "fassent leur examen de conscience".

"Sa reconnaissance ne diminue en rien la gravité de sa faute et il n’y aura pas de réconciliation dans les Balkans tant que ces crimes n’auront pas été reconnus".

C’est par cette phrase que le procureur général, Carla del Ponte a fait le point de ces trois jours de délibérations la veille du verdict qui sera prononcé contre Biljana Plavsic.. "La Cour doit avant tout tenir compte de la gravité de ces crimes, tout en reconnaissant que Biljana Plavsic a contribué à faire éclater la vérité en reconnaissant sa propre responsabilité dans leur excution" - a déclaré Carla del Ponte.

Le Tribunal a publié un document commun de l’accusation et de la défense présentant les faits devant prouver - en-dehors des aveux de l’accusée - sa responsabilité. Celle-ci reconnaît qu’en 1992 les forces des Serbes de Bosnie ont attaqué les villages, massacré et maltraité les populations, imposé des mesures discriminatoires aux non-Serbes, procédé à des déplacements de population, arrêté illgalement des civils, les tuant et les torturant, ont détruit des monuments culturels et des lieux de culte, pillé et contraint les prisonniers au travail forcé.

Ces crimes ont été commis par les forces de l’armée et de la police et les autorités des Serbes de Bosnie - sous le contrôle du SDS et des dirigeants de la République serbe de B-H, Biljana Plavsic y compris - en coopration avec la JNA (l’Armée yougoslave), le Ministre de l’intérieur de Serbie et les unités paramilitaires serbes - est-il constaté dans ce document.

Dans son plaidoyer final, au terme de ces trois jours de délibration, le procureur du Tribunal de La Haye a demandé à la Cour de prononcer contre Biljana Plavsic, ancienne présidente de la Republika Srpska, une sentence de quinze à vingt-cinq années de prison. " Si elle n’avait pas avoué et avait été reconnu coupable de tous les chefs d’accusation accumulés contre elle, l’accusation aurait "demandé la perptuité", a précisé Carla del Ponte,. La défense, pour sa part, estime que, dans le cas de Biljana Plavsic, toute sentence dépassant huit annes de prison équivaudrait à la perptuité, tenu compte du fait que l’accusée est âgée de soixante-douze ans.

A la fin des dlibrations, le juge Richard May a déclaré que le verdict serait prononcé "dès que possible", après les fêtes de fin d’année. Jusqu’à l’énoncé de la sentence, Biljana Plavsic restera en liberté provisoire, ce qui n’aura aucune incidence sur le verdict, a tenu à préciser le juge May.


Dzevad Sabljakovic, correspondant de l’Agence SENSE - membre de l’Association Sarajevo.

(traduction : Nicole Dizdarevic)


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