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Un colonel français,"ambassadeur de la R.S. de Krajina",cité comme témoin par Milosevic

samedi 15 janvier 2005


Après l’audition de témoins russes, puis d’académiciens serbes interrogés par Slobodan Milosevic lui-même, qui assure sa propre défense, celui-ci a eu pour témoins, à la veille des fêtes de fin d’année, des partisans français : le colonel Patrick Barriot, médecin militaire et l’infirmière Eve Crépin, auxquels Milan Martic avait, à son heure de gloire, accordé la nationalité de la "République serbe de Krajina", ainsi que des cartes d’identité de cet Etat fantoche autoproclamé. Eve Crépin, qui s’est adressée à l’accusé en langue serbe, l’appelant "Monsieur le Président", a déclaré avoir eu l’impression, en 1994 et 1995 alors qu’elle servait en tant qu’infirmière dans le bataillon de l’UNPROFOR stationné à Glina, puis en tant qu’humanitaire à Pec, que les Serbes "vivaient dans la terreur", exposés à la discrimination et aux actes de violence, craignant sans cesse qu’on ne leur réserve le même sort qu’au cours de la Seconde guerre mondiale. Bien que n’étant pas ce jour-là à Sarajevo, elle a affirmé que c’était les Bosniaques qui avaient bombardé le marché de Markale, car c’est ce que lui avaient affirmé "tous les officiers sur le terrain". "J’ai assisté à l’exode de la population serbe", a déclaré Eve Crépin, évoquant l’opération "Tempête" menée au mois d’août 1995, " ce qui m’a d’ailleurs incitée à me porter volontaire pour aider les réfugiés serbes, à Banja Luka tout d’abord, puis à Prnjavor, Brcko, Bijeljina, Pale, Zvornik, Bratunac et Srebrenica !" Au cours de son témoignage Madame Crépin a déclaré avoir fait la connaissance "des plus hautes personnalités serbes, Karadzic, Krajisnik et Biljana Plavsic."

Au cours du bref contre-interrogatoire dirigé par la Procureure générale du Tribunal de La Haye Carla Del Ponte, Eve Crépin a confirmé qu’outre la nationalité française elle possédait celle de la "République serbe de Krajina" que lui avait accordée le "Président Milan Martic", de même qu’au colonel Patrick Barriot, "en signe de reconnaissance pour l’aide et le soutien qu’ils avaient accordés aux Serbes à des moments difficiles." Répondant à l’une des questions de Slobodan Milosevic, le témoin a déclaré que les Serbes n’avaient jamais attaqué qui que ce soit dans la province de Knin. Carla del Ponte lui a alors demandé si elle savait qu’au mois de mai 1995, Martic avait personnellement donné l’ordre de bombarder Zagreb. L’infirmière française a répondu que le président de la "République serbe de Krajina" avait pris cette décision "dans un moment de désespoir" suscité par l’indifférence de la communauté internationale devant les crimes perpétrés par les Croates contre les Serbes en Slavonie occidentale. Eve Crépin ayant séjourné à Srebrenica vers la fin de la guerre en tant qu’humanitaire, la procureure générale lui a demandé si elle savait qu’au mois de juillet 1995 les Serbes avaient tué 8000 Bosniaques, dans l’ensemble des civils. "Il y a eu des victimes de tous les côtés " a-t-elle répondu, ajoutant que ce chiffre était erroné, 2500 corps seulement ayant été retrouvés jusqu’à présent.

Patrick Barriot, ancien médecin militaire et colonel dans l’armée française a déclaré pour sa part, au cours de son témoignage, qu’en 1994 alors qu’il faisait partie des forces des Nations Unies, Milan Martic l’avait nommé représentant de la "République serbe de Krajina". Dignité qu’il exerce toujours après son retour en France car, a-t-il précisé, la"Krajina" a existé et existe aujourd’hui encore. Au cours des guerres dans l’ex-Yougoslavie a affirmé ce témoin, la Serbie a été sans cesse "diabolisée". Il a pris pour exemple la libération des pilotes français qui avaient été abattus au-dessus du territoire de la Republika Srpska. De nombreux médias occidentaux ont raconté qu’une rançon d’un million avait été exigée et encaissée par Ratko Mladic, alors que selon Barriot celui-ci n’avait posé comme unique condition à leur libération d’avoir le privilège de serrer la main du commandant en chef de l’Armée française. Répondant à une question de Milosevic il a présenté à la Cour un document émanant soi-disant des services secrets français, selon lequel Mohamed Atta, qui pilotait l’un des avions qui se sont écrasés sur le World Trade Center à New York le 11 septembre 2001 avait séjourné en Bosnie-Herzégovine à plusieurs reprises entre 1994 et 1999. Pour Milosevic et son témoin, c’est bien là la preuve de "l’enracinement du terrorisme islamiste en Bosnie-Herzégovine" lequel, ont-ils souligné, a surtout été à l’origine des conflits nationalistes en ex-Yougoslavie" En Croatie les pays occidentaux ont soutenu les forces du nazisme, en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo le fondamentalisme et terrorisme islamiste dans leurs entreprises criminelles contre les Serbes. L’Amérique, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, a participé aux plus importants nettoyages ethniques menés au cours des guerres dans l’ex-Yougoslavie a déclaré Milosevic avant de se faire rappeler par le juge Patrick Robinson - qui préside le Jury depuis le décès du juge Richard May - que l’interrogatoire d’un témoin ne pouvait être une occasion pour l’accusé d’émettre une opinion. Enchaînant sur les conclusions de Milosevic, le témoin Barriot a déclaré que les Etats-Unis d’Amérique avaient directement participé à l’opération "Tempête" menée en août 1995 par l’armée et la police croate. Selon lui, deux avions américains avaient décollé du porte-avions "Roosevelt" ancré dans l’Adriatique et bombardé Knin avant que l’armée croate n’envahisse cette région, sous domination serbe. Aux dires du témoin Barriot, à Knin, les pouvoirs serbes avaient très bien compris, avant même cette opération, qu’ils ne pourraient pas se défendre. A titre d’exemple il a cité l’un des dirigeants de la "République serbe de Krajina" qui lui aurait dit : "Merci d’être du côté de ceux qui vont être vaincus". Barriot a par ailleurs déclaré que les terroristes et fondamentalistes islamistes avaient été utilisés contre les Bosniaques eux-mêmes. Il a déclaré que, selon les experts en balistique français, les responsables des massacres sur les marchés de Sarajevo étaient les Bosniaques et non les Serbes. Déclarant qu’en 1994 il se trouvait dans la région de Bihac et qu’à Kladusa et Cazin il avait vu des fondamentalistes islamistes provoquer "un conflit entre les bosniaques du Cinquième corps d’armée de Bosnie-Herzégovine et les partisans de Fikret Abdic. "La conséquence de ce conflit a été 40.000 réfugiés bosniaques, dans l’ensemble originaires de la région de Kladusa, dont la plupart ont trouvé refuge en "République serbe de Krajina" où "les Serbes les ont accueillis et aidés", a prétendu le témoin Barriot. Il a également déclaré que les Américains avaient armé et équipé le Vè corps d’armée commandé par Atif Dudakovic afin de pouvoir combattre non seulement les Serbes et les Croates, mais aussi les Bosniaques modérés. Evoquant les événements du Kosovo où il se trouvait en 1998 "à titre humanitaire", il a accusé "son collègue Bernard Kouchner" d’avoir été du côté des musulmans et des Albanais avant même d’être nommé gouverneur du Kosovo. Il a par ailleurs affirmé que pendant la guerre en Bosnie les convois des organisations humanitaires "Médecins sans frontières" et "Médecins du monde" créées par Kouchner transportaient des armes "destinées aux Bosniaques" et qu’à l’automne 1998 Richard Holbrooke se trouvait au Kosovo au moment précisément où Ben Laden séjournait au nord de l’Albanie.

Répondant à son allégation selon laquelle le terroriste Mohamed Atta, l’un des pilotes des avions qui ont attaqué le World Trade Center à New York en 2001 avait séjourné en Bosnie, Carla del Ponte a affirmé que le soi-disant document brandi par le témoin ne lui avait pas été remis par les services secrets français mais par la Republika Srpska, ce que confirmaient les notes trouvées en marge du document. De plus, a-t-elle ajouté, l’éventuelle visite d’Atta en Bosnie ne signifie rien, car il a été prouvé qu’il se trouvait alors à Zurich, pourtant la Suisse ne s’est pas vue accusée d’être complice de terrorisme. La procureure générale a par la suite démontré qu’en 1994 le témoin n’avait fait partie des forces de l’ONU stationnées en Croatie que pendant trois mois et qu’il avait passé le reste du temps en Yougoslavie, soit à titre privé soit en tant "qu’ambassadeur" rétribué de Martic. Il ne se trouvait pas en Croatie en 1991, a-t-elle ajouté, alors qu’il évoque certains des évènements qui s’y sont déroulés comme s’il y avait assisté. Elle a également précisé qu’en fait Barriot avait été limogé de l’armée française et que ce médecin soignait maintenant sa clientèle privée. Pendant la suite du contre-interrogatoire, Barriot a démenti les chiffres officiellement reconnus par la Commission de la Republika Srpska concernant le nombre des victimes tuées à Srebrenica en 1995, prétendant que ce rapport avait en fait été dicté par Paddy Ashdown, le représentant de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine. Il a affirmé qu’il n’y avait pas eu plus de 2700 victimes dans la région de Srebrenica et non 7000 ou 8000 comme le prétend ce rapport. "Ce rapport a été rédigé par Paddy Ashdown qui a ensuite rendu hommage à la Commission de la RS pour son excellent travail" a déclaré Barriot. Prié de révéler ses sources d’information, le témoin a répondu avoir obtenu ces chiffres au cours d’une conversation avec Ratko Mladic à Banja Luka, en septembre 1995. La Procureure générale a précisé qu’elle avait "frémi" en entendant cela car à cette époque Mladic avait déjà été inculpé de crimes de guerre. Procédant au contre-interrogatoire des deux témoins français, la procureure générale du Tribunal de La Haye a, pour la première fois depuis sa première intervention au début du procès de l’ex-président de la Serbie et de la RF de Yougoslavie le 12 février 2002, de nouveau participé activement au procès de celui que ce Tribunal a accusé de génocide en Bosnie-Herzégovine et de crimes contre l’humanité en Croatie et au Kosovo.

Dzevad Sabljakovic

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