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L’avenir européen de la BH et de la Serbie

jeudi 27 décembre 2007


Les accords intervenus entre les six partis qui forment la majorité parlementaire et gouvernementale au niveau central de l’Etat de BH ont donné l’apparence d’une sortie de la crise qui a secoué le pays à la suite des initiatives prises en octobre par le Haut-Représentant pour débloquer le fonctionnement du système politico-institutionnel bosnien. L’entente obtenue sur une modification des modalités de prises de décision au gouvernement et au parlement et sur la réforme de la police ont permis le paraphe de l’Accord de stabilisation et d’association avec l’UE , avec la promesse d’une signature dans les premiers mois de 2008, si les projets de réforme aboutissent. Le Sommet européen réuni le 14 décembre à Bruxelles a confirmé que la Bosnie-Herzégovine, comme la Serbie, avait vocation à participer, sur un rythme accéléré, au processus de l’intégration européenne. Le groupe de travail chargé de concrétiser la réforme de la police a vu le jour et a commencé de se réunir. Il est prévu que les discussions sur la révision constitutionnelle s’engageront en janvier.

Ces preuves d’un nouveau cours de la politique bosnienne, destinées à effacer l’image d’un pays irrémédiablement divisé, ne parviennent toutefois pas à masquer les oppositions et les contradictions qui , derrière cette façade apaisante, offrent un tableau moins rose de la situation.

Les dirigeants de la RS continuent de mettre au premier plan de leurs préoccupations la consolidation de leur entité, l’avenir de la BH dans son ensemble leur apparaissant bien secondaire sinon totalement indifférent. Milorad Dodik, dans le style brutal qu’il affectionne,ne dissimule pas le peu de cas qu’il fait du pays et de l’Etat dont il est le citoyen. Dans une récente interview, il n’a pas caché qu’il considérait la BH comme une construction très provisoire, au contraire de la RS, présentée comme catégorie juridique et ensemble géographique intangibles. Il répète vouloir subordonner toute réforme de la constitution de la BH à cet impératif. Sa proposition de créer une troisième entité , pour complaire à la revendication d’une partie de la représentation croate, ne va pas jusqu’à priver la RS de la Posavina, région limitrophe de la Croatie, dont la population croate, majoritaire, a été consciencieusement "épurée" par l’armée serbe. Les autres dirigeants de la RS ne sont pas en reste, à l’exemple du nouveau Président de l’entité Rajko Kuzmanovic qui réitère leur demande d’abolition des "pouvoirs de Bonn" du Haut-Représentant après la signature de l’Accord de stabilisation et d’association (ASA), ce qui laisserait les mains libres aux autorités de Banja Luka.

Cette opposition permanente à un avenir commun de la BH se manifeste dans un climat d’aggravation de la crise régionale liée à la résolution du problème du Kosovo, qui ne pourra que s’approfondir lorsque la majorité des pays de l’UE aura reconnu l’indépendance, en 2008, l’indépendance de ce pays.

Le Parlement de Serbie vient en effet d’adopter une résolution qui réaffirme la position traditionnelle de Belgrade sur le refus de l’indépendance du Kosovo.Le vote a été acquis par 220 voix contre 14 ,du Parti libéral-démocrate (LDP) et trois abstentions, du parti de la minorité hongroise de Voïvodine. Le texte, fruit d’un compromis entre le Président de la République Boris Tadic et le Premier ministre Vojislav Kostunica, énonce notamment que " tous les accords internationaux signés par la Serbie, y compris l’ASA, doivent être conformes avec la préservation de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du pays". Les deux dirigeants avaient envoyé de très fermes messages d’intransigeance aux députés, Vojislav Kostunica se distinguant par ses violentes attaques contre la politique des pays occidentaux menés par les Etats-Unis. Boris Tadic a maintenu quant à lui sa volonté d’ouverture à l’Europe, pour conserver à la fois le Kosovo et le cap de l’adhésion à l’UE. Les radicaux -du parti de Seselj- ,qui ont voté la résolution, ont dénoncé à l’avance les possibles abandons de Tadic une fois qu’il aurait gagné l’élection présidentielle de janvier-février 2008. Le dirigeant du LDP, Cedomir Jovanovic, a quant à lui vigoureusement condamné une politique qui renvoie la Serbie à son passé d’avant 2000 ( la chute de Milosevic). L’un des représentants modérés des Serbes du Kosovo, Oliver Ivanovic, avait auparavant relevé le ridicule pour la Serbie de vouloir poser ses propres conditions à l’adhésion à l’UE et qualifié la résolution proposée au Parlement de "simple stratagème politique". La posture de la classe politique de Belgrade ne peut être, pour autant, sans effet en RS. Milorad Dodik a participé à Novi-Sad au lancement de la campagne de Boris Tadic en qui il voit le meilleur défenseur de la RS et la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo constitue toujours une arme de chantage aux mains des dirigeants de Banja Luka pour protéger la quasi-indépendance de leur entité. La question de la reconnaissance de l’indépendance du Kosovo par la BH, à la suite de la grande majorité des pays de l’UE ( il est question de 20 sur 27), se posera inévitablement à Sarajevo .De passage à Paris, où il a été reçu officiellement par le Président de la République le 19 décembre, Zeljko Komsic, président en exercice de l’exécutif collégial de BH a déclaré : " Il n’est pas de notre intérêt de voir la Serbie et le Kosovo traverser des zones d’instabilité. Mais il n’est pas non plus dans notre intérêt que cette question attende à l’infini (et qu’ainsi) une instabilité politique soit importée en Bosnie-Herzégovine". Il a ajouté : " En cas d’action unilatérale, la Bosnie-Herzégovine va prendre la même position que celle de l’Union européenne et de l’OTAN mais je peux vous dire ouvertement que nous ne serons pas dans les premiers". Le Kosovo demeurera, à n’en pas douter, étroitement lié aux problèmes de la Bosnie-Herzégovine, comme il le sera à ceux du rapprochement des "Balkans occidentaux" de l’UE.

Les récentes réunions des dirigeants européens ont posé l’acceptation de fait par la Serbie de l’indépendance du Kosovo comme condition non écrite mais implicite, de son intégration à l’UE. Gordon Brown, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy l’on dit à l’issue du Sommet du 14 décembre. La Slovénie, qui va accéder à la présidence de l’UE le 1° janvier, de même que la Bulgarie, la Grèce et la Roumanie, qui ont publié une déclaration commune en ce sens, se sont prononcées, elles, pour une accélération du processus d’intégration de tous le "Balkans occidentaux", en levant pratiquement toutes les conditions , y compris celle de l’arrestation des criminels de guerre encore en liberté. Sur ce dernier point, et passant outre aux objections renouvelées de Carla Del Ponte, il semble qu’il ne reste plus que les Pays-Bas pour maintenir l’interdit initial. La Serbie ayant opté pour une politique par laquelle elle se juge pouvoir elle-même poser ses conditions à l’Union européenne, comme si elle n’avait pas perdu toutes les guerres qu’elle a lancées, on mesure l’inanité de cet abandon.

Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle en Serbie, et même si c’est Tadic le "modéré" qui l’emporte, ce qui est loin d’être assuré, il est à prévoir que les relations entre l’Union européenne et la Serbie, et par voie de conséquence entre l’Union européenne et la Bosnie resteront quelque peu cahotantes. Il en sera ainsi tant que la Serbie ne se sera pas engagée, dans tous les domaines, sur la voie de la rupture avec son passé, seule garantie de la pacification de la région et de son entrée dans la famille européenne. A cet égard, le vote de la résolution du Parlement serbe sur le Kosovo, quoique attendu, n’est pas de bon augure.

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