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A propos du départ de Christian Schwarz-Schilling

mardi 30 janvier 2007


Le maintien des postes de Haut-Représentant et de Représentant spécial de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine après le 30 juin, et le départ à cette date de Christian Schwarz-Schilling qui cumule actuellement les deux fonctions, sont abondamment commentés en Bosnie-Herzégovine et plus particulièrement dans la Fédération.

La presse de Sarajevo a amplifié les critiques qui s’étaient multipliées ces derniers mois contre celui qui avait été si bien accueilli à son arrivée en raison du préjugé favorable dont il bénéficiait pour avoir , en démissionnant du gouvernement allemand en 1992, protesté contre l’inaction de la "Communauté internationale" en Bosnie-Herzégovine. Mais avec le temps, la bonhommie du personnage est devenue pour beaucoup de commentateurs le masque de sa naïveté, de son incompétence ou tout simplement de sa paresse, selon les qualificatifs divers et peu aimables que l’on peut relever à son égard dans les médias. Pour ne citer que deux quotidiens de tendances différentes, comme "Dnevni Avaz" et "Oslobodjenje", tandis que le premier juge que Christian Schwarz-Schilling a été le plus mauvais des Hauts-Représentants et "qu’au lieu d’être une partie de la solution, il est devenu une partie du problème", le second estime qu’aucun progrès n’a été accompli sous son mandat et que "tous comptes faits, la BH est sans doute plus éloignée de l’Europe qu’un an auparavant...Les deux réformes clés auxquelles doit faire face la BH sur le chemin de l’Europe-la police et la constitution- sur lesquelles la "Communauté internationale" a spécialement insisté, ont connu un échec total". C’est en effet sous son mandat qu’a pu se déployer le pouvoir de nuisance de la RS qu’a accentué Milorad Dodik, menace de séparation à l’appui, sans susciter d’autre réplique du Haut-Représentant que celle d’admonestations sans effets. On lui attribue aussi une part de responsabilité dans le rejet de la réforme constitutionnelle et le blocage de celle de la police dans lesquelles il ne s’est guère impliqué. " Oslobodjenje" remarque toutefois que l’on ne saurait imputer ces échecs à sa seule personne. Ses mandants du PIC (Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton) les partagent largement avec lui, pour avoir jusqu’ici approuvé et soutenu avec constance sa ligne de conduite.

Les spéculations commencent à courir sur le choix du successeur , certains avançant que ce pourrait être un diplomate américain, d’autres évoquant une dualité de représentation, de la "Communauté internationale" par un Américain et de l’Union européenne, peut-être par un Italien. Mais à l’heure où Christian Schwarz-Schilling est à Washington pour poursuivre ses conversations sur la situation en BH et dans la région ,ce ne sont que des supputations.

Certains organes de presse ont en tout cas interprété le récent entretien de l’ambassadeur des Etats-Unis avec le Premier ministre de RS, à Banja Luka, comme une mise en garde aux dirigeants de la RS contre toute tentative de vouloir profiter de la situation qui naîtra de la prochaine décision internationale sur le Kosovo. Milorad Dodik a effectivement déclaré qu’aucune déstabilisation en lien avec cet évènement ne sera permise, mais cela n’empêche pas ses amis proches, dont dernièrement le Président de l’Assemblée de la RS, d’avertir que le détachement du Kosovo de la Serbie pourrait avoir des répercussions négatives dans la région et au-delà. L’ambassadeur de Russie en BH a usé de la même rhétorique.

En tout état de cause, il est sûr que le PIC (Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton) reviendra les 26 et 27 février sur sa décision de fermer le Bureau du Haut-Représentant . Le CEIS (Centre for European Integration Strategies) qui compte notamment parmi ses membres l’ancien Haut-Représentant Wolfgang Petritsch et le coordinateur du Pacte de stabilité Erhard Brusek, donne trois raisons pour le maintien de cette institution : l’absence de consensus des dirigeants bosniens sur l’avenir de leur pays, l’échec des réformes considérées comme indispensables, le manque d’ancrage de la BH à l’Europe. Il est à souhaiter que sur ces trois points, qui ne sont que les trois aspects d’une même réalité, le PIC saura donner des instructions contraignantes au successeur de Christian Schwarz-Schilling pour qu’il donne l’impulsion nécessaire à une mise à plat et à la solution de toutes les questions qui se posent à la BH.

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