Archives de la Lettre d'information de l'Association Sarajevo - Fondatrice Mirjana Dizdarevic

Association Sarajevo

Accueil du site > Analyses et commentaires > sur le TPI > Images de Srebrenica au TPI et en Serbie

Images de Srebrenica au TPI et en Serbie

vendredi 3 juin 2005


Le procureur-adjoint du TPI a fait projeter, au cours de l’audience du procès de Milosevic du 1° juin, une vidéo amateur montrant, dans son intégralité, la scène de l’exécution de six prisonniers bosniaques par des hommes en uniforme, identifiés par les enquêteurs du Tribunal, comme des membres du groupe « Scorpion », unité paramilitaire sous le contrôle du gouvernement de Belgrade, qui s’est tristement illustrée en Croatie, en Bosnie et au Kosovo. Ce document pourrait constituer une pièce essentielle de preuve de la responsabilité directe de Milosevic dans le massacre de Srebrenica, qualifié de génocide par le Tribunal de La Haye.

Les images du film, diffusées par plusieurs chaînes de télévision en Serbie, ont créé une vive émotion dans le pays, qui n’a pas été habitué à ce genre d’information. C’est la première fois que les téléspectateurs serbes ont été confrontés à l’évidence des crimes commis par certains de leurs compatriotes pendant les guerres de 1991-1995 et au Kosovo. Quelques jours plus tôt, une enquête d’opinion indiquait encore que la moitié seulement de la population croyait à la réalité du massacre de Srebrenica, et que les deux-tiers du public tenaient Karadzic et Mladic pour des héros.

La police serbe a immédiatement arrêté huit des paramilitaires reconnus sur la vidéo et le Premier ministre Vojislav Kostunica a annoncé qu’ils seraient jugés car a-t-il déclaré, « il s’est agi d’un crime choquant ».

Carla Del Ponte, de passage à Belgrade au cours une tournée qui devait aussi la mener en Croatie et en Bosnie, a félicité les autorités serbes pour la célérité de leur action et leur a demandé de « réagir aussi rapidement pour les fugitifs qui sont toujours dans la nature ». Elle attend toujours que Karadzic et Mladic soient remis à la justice internationale avant le 12 juillet, pour la dixième commémoration du massacre. Elle rendra compte, dans quelques jours, au Conseil de Sécurité de l’état de la coopération des pays de l’ex-Yougoslavie avec le TPI. Son avis pèsera lourd pour l’avenir du processus d’adhésion de ces pays à l’Union européenne, auquel les diplomates affectent toujours de croire en dépit du scepticisme affiché en coulisse sur ses chances réelles de poursuite après les référendums français et hollandais.

Le Président de Serbie, Boris Tadic, s’est lui-même adressé à la nation pour amplifier les propos de son Premier ministre. Il a déclaré que la Serbie était « profondément choquée », que les crimes de Srebrenica avaient été « perpétrés au nom de notre nation » et que « tous ceux qui ont commis des crimes de guerre doivent rendre des comptes, ce n’est que de cette façon que nous pourrons avoir un avenir. Nous ne devons pas fermer sur les yeux sur la cruauté qui a eu lieu ».

Le proche avenir dira s’il s’agit là d’une émotion de circonstance dont l’expression servirait à renforcer la main des autorités serbes dans le cadre des négociations engagées sur différents dossiers, dont celui du Kosovo et de l’intégration aux structures euro-atlantiques, ou d’un tournant réel de la politique de Belgrade. De ce point de vue, il faudra suivre ce qui va se passer en Republika Srpska dont les dirigeants ne manqueraient pas d’écouter les conseils venus de Belgrade pour, par exemple, débloquer le projet de réforme de la police, toujours en panne.

Association Sarajevo


© Association Sarajevo - 17, rue de l'Avre 75015 Paris - http://www.association-sarajevo.org/

Nous contacter - Référence légales - Suivre la vie du site RSS 2.0 - Plan du site - Espace privé - SPIP