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La Bosnie-Herzégovine devant le Conseil de Sécurité

mardi 24 novembre 2009


Le rapport du Haut-Représentant Valentin Inzko sur la situation en Bosnie-Herzégovine a été présenté au Conseil de sécurité des Nations Unies le 23 novembre. Ce rapport est consultable sur le site des Nations Unies : www.un.org/Docs/journal/asp ?m=S/2009/588.

Dans des termes d’une franchise assez inhabituelle, son auteur n’a pas hésité à désigner clairement les dirigeants de la RS comme les principaux responsables de la crise qui frappe la Bosnie-Herzégovine avec une acuité telle qu’elle ne peut plus être dissimulée aux plus hauts niveaux de la diplomatie internationale. (voir le compte-rendu de la réunion par le service de presse des Nations Unies : www.un.org/News/fr-press/docs/2009/CS9795.voc.htm )

Son contradicteur n’a été autre que le Président du Conseil des ministres de Bosnie-Herzégovine Nikola Spiric, qui s’est exprimé en l’occurrence non comme le représentant du gouvernement de son pays mais comme celui de son parti SNSD (sociaux-démocrates indépendants) présidé par le Premier ministre de la RS. Rien n’illustre mieux l’absurdité d’un système politique qui permet au chef d’un gouvernement de ne parler, au niveau international, qu’au nom d’une fraction minoritaire de ce gouvernement et de son pays. Cela rend aussi manifeste le degré d’animosité qu’a atteint la confrontation entre le bureau du Haut-Représentant et la direction de la RS.

Parmi les représentants des pays qui sont intervenus pour donner leur opinion sur la question, seul celui de lui de la Russie s’est déclaré contre le rapport du Haut-Représentant en reprenant l’essentiel de l’argumentation des dirigeants de la RS. Les autres ont apporté leur soutien à Valentin Inzko, mais avec des nuances marquées. C’est le cas du délégué de la Suède, pays qui assure jusqu’à la fin de l’année la présidence de l’Union européenne, qui a préféré s’en prendre au nationalisme général qui domine la politique bosnienne plutôt qu’aux actes et déclarations des dirigeants de la RS explicitement visés par le rapport et les propos du Haut-Représentant. Le délégué de la Serbie s’en est tenu, quant à lui, à des observations très prudentes, relevant que "les représentants de tous les partis politiques des deux entités et des trois peuples constitutifs avaient émis certaines réserves" sur les propositions récemment proposées par les Etats-Unis et l’UE dans le cadre du processus de Butmir. Il a réitéré le soutien de la Serbie à toute solution ayant l’aval des dirigeants des deux entités et des trois peuples constitutifs, ce qui ne signifie pas grand-chose, sinon qu’elle donne le feu vert à Milorad Dodik et ses partisans pour continuer de s’opposer à tout changement en Bosnie-Herzégovine. Dans leurs rapports avec la RS, les autorités de Belgrade jouent un double jeu. D’un côté, la perspective de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne les pousse à complaire aux souhaits des capitales européennes et tempérer l’humeur de Dodik, d’autre part la solidarité panserbe leur impose le soutien à la RS. Il ne fait pas de doute que c’est ce second facteur qui est le plus fort, comme le montre par exemple l’intervention récente de l’homme fort du gouvernement serbe, Ivica Dacic, ancien porte-parole du SPS de Milosevic de 1992 à 2000, au congrès du Parti socialiste de la RS, partenaire gouvernemental de Milorad Dodik. Il est des enchaînements qui ne se brisent pas.

L’attitude de la "Communauté internationale" qui ressort de cette réunion du Conseil de sécurité est la même que celle traduite par la réunion du PIC qui l’a précédée de quelques jours : la situation de la Bosnie- Herzégovine est intenable, mais on laisse les choses aller à vau-l’eau.

Milorad Dodik sait, pour sa part, quoi faire. Le dernier objectif qu’il s’est assigné est de chasser les juges et procureurs étrangers des juridictions de la Bosnie-Herzégovine, par le moyen, s’il n’obtenait pas gain de cause, d’un référendum qui permettrait aux citoyens de la RS d’exprimer leur volonté à ce sujet. Au sein du bureau du Haut-Représentant, sa cible principale est l’adjoint de celui-ci, le diplomate américain Raffi Gregorian, qui vient de dénoncer, devant le "Cercle 99", la corruption régnant en Bosnie-Herzégovine. Le Premier ministre de la RS ne cache pas qu’il s’agit pour lui de s’affranchir de toute présence étrangère, pour atteindre ensuite son seul but : l’érection de la RS en véritable Etat.

Le Président de Croatie, Stjepan Mesic, qui arrive au terme de son mandat, l’a dit crûment à la télévision de Sarajevo BHT 1 : " Milorad Dodik fait tout ce qu’il peut pour détruire la Bosnie-Herzégovine. Slobodan Milosevic l’a fait de même, avec des canons et des tanks, tandis que Dodik et ses associés pensent que la Communauté internationale demeurera hésitante et abandonnera la BH. Certains en Europe l’accepteraient…" La question est posée depuis un bon moment.

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