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Nouvelle escalade en Bosnie-Herzégovine

lundi 28 septembre 2009


Une nouvelle escalade dans la crise permanente que connaît la Bosnie-Herzégovine est intervenue ces derniers jours. Le prétexte en ont été deux décisions prises par le Haut-Représentant Valentin Inzko, dans le cadre de ses pouvoirs exceptionnels dits "de Bonn". L’une concerne la régularisation du statut du district de Brcko pour mettre fin à son régime particulier de supervision internationale, l’autre vise à lever le blocage du fonctionnement de l’entreprise de distribution électrique "Elektroprenos BiH" par ses administrateurs nommés par la RS. Cette société a été créée en 2006 comme une précondition de l’intégration de la BH dans de le réseau de distribution électrique européen.

Opposées par principe à l’utilisation par le Haut-Représentant de ses "pouvoirs de Bonn", les dirigeants de l’entité serbe s’insurgent particulièrement contre ce qu’ils considèrent comme une intrusion illégale du représentant de la Communauté internationale dans la gestion d ’Elektroprenos" et une dépossession des droits de la RS dans cette entreprise. Valentin Inzko, qui bénéficie du soutien des ambassadeurs du PIC (Conseil de mise en oeuvre des accords de Dayton), assure au contraire qu’il a agi conformément à sa mission, en se substituant aux responsables politiques bosniens défaillants.

En réponse à ces deux décisions, qui suivent d’autres prises de position qu’ils jugent préjudiciables à la RS, le Premier ministre Milorad Dodik et les autres dirigeants de Banja-Luka ont déclaré leur intention d’attaquer en justice tous les Hauts-Représentants qui se sont succédé en BH (à l’exception de Carl Bildt), et menacé de retirer leurs représentants des institutions centrales du pays.

Cette situation amène le quotidien de Sarajevo"Dnevni List" à diagnostiquer qu’il s’agit, selon des termes maintenant souvent répétés, de la "plus grande crise politique depuis la guerre", qui pourrait culminer lors de la réunion de l’Assemblée de la RS convoquée pour le 30 septembre, d’autant plus que Milorad Dodik a annoncé la fin possible de la coopération gouvernementale censée exister entre son parti SNSD (sociaux-démocrates indépendants) et le SDA (parti nationaliste bosniaque majoritaire). Si on ajoute que les dernières semaines ont été riches d’ autres déclarations et actes de rupture de la part du leader de la RS, depuis ses propos sur la "mise en scène" des massacres de Tuzla et du marché de Markale, aux projets de référendums séparés, en RS, sur le recensement et l’adhésion à l’OTAN, aux louanges tressées à la criminelle Biljana Plavsic, en passant par l’inauguration à Pale d’un lycée "Serbie" en compagnie du Président serbe Boris Tadic ou le rejet des magistrats internationaux de la justice bosnienne, c’est bien une toute une politique de tension poussée à l’extrême qui est mise en œuvre. Est-ce une manœuvre devant la possibilité, qui se profile, d’une inculpation pour corruption qui plane sur Milorad Dodik et lui inspire cette fuite en avant ? Si la plupart des observateurs écartent la possibilité d’un retour à la guerre que craignent pourtant certains, comme le cinéaste Danis Tanovic, cofondateur du nouveau parti "Notre parti", c’est sûrement le risque accru d’une désintégration du pays qui se précise.

Ceci éloigne en tout cas la perspective de la fermeture prochaine du bureau du Haut-Représentant, réclamée à cors et à cris par les dirigeants de la RS. Cela supposerait une reprise du "processus de Prud" ; en vue de parvenir à un accord sur les réformes nécessaires au rapprochement de la BH de l’Union européenne, avec en perspective la réforme constitutionnelle, serpent de mer de la chronique politique bosnienne. Cette reprise paraît peu plausible dans la conjoncture actuelle. Un autre signe de la déliquescence du système politique bosnien est l’impossibilité de nommer un maire à Mostar, près d’un an après les élections municipales, en l’absence d’entente entre partis nationalistes bosniaques et croates.

S’agissant de la Fédération, la députée européenne spécialiste des pays de l’ex-Yougoslavie, Doris Pack, a appelé à sa profonde réorganisation, par l’abolition, entre autre mesure, de sa division en 10 cantons, ce qui a suscité l’opposition des formations d’appellation croate. Doris Pack, qui participait à une conférence de l’Union paneuropéenne sur la BH, à Banja Luka, a soutenu l’action et les décisions de Valentin Inzko et déclaré que l’existence de deux entités en Bosnie-Herzégovine n’était admissible qu’à condition qu’elles ne se posent pas en "Etats dans l’Etat". Cette réunion s’est séparée en souhaitant que se tienne une nouvelle conférence internationale sur la Bosnie-Herzégovine, proposition qui a immédiatement été rejetée par les dirigeants de la RS, hostiles à toute remise en cause des accords de Dayton.

Le thème dominant de l’argumentation de ceux-ci, et tout particulièrement de Milorad Dodik, qui le développe à satiété, est en effet que tout irait pour le mieux dans une Bosnie-Herzégovine strictement daytonienne, n’était la malencontreuse ingérence internationale inspirée par les dirigeants bosniaques désireux d’établir leur hégémonie, celle de l’islamisme, tentative qui a été à l’origine de la guerre qui s’est ensuivie et que les Serbes ont subie comme tous les autres, et à égalité…

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