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Campagne électorale

mercredi 13 septembre 2006


La bataille électorale en vue des élections générales d’octobre ne perd rien de sa virulence, les thèmes imposés par ceux de ses protagonistes qui espèrent tirer profit de la radicalisation de leurs positions nationalistes, portant les débats sur un terrain miné, qui ne permet aucune confrontation sur les mesures réelles qui permettraient à la Bosnie-Herzégovine de sortir de son marasme.

C’est le sens du discours que tiennent quotidiennement aux Bosniens le Haut-Représentant et ses adjoints. Le dernier exemple de ce type d’appel à la raison est la déclaration faite par Christian Schwarz-Schilling à l’occasion d’une Table-Ronde réunie à Sarajevo sur le sujet très sensible de l’octroi des visas d’entrée dans l’Union européenne aux habitants de la BH . Relevant le « gouffre qui sépare la rhétorique politique vide des propositions concrètes pour améliorer le vie des citoyens de BH », il rappelle à ceux-ci que ce n’est que de l’accomplissement des réformes exigées par l’U.E. pour que soit signé l’Accord de stabilisation et d’association avec Bruxelles que dépendra leur rapprochement avec l’Europe et donc l’assouplissement du régime des visas. Mais il est douteux que ces objurgations suffisent à mettre en œuvre le train des réformes.

Sur ce sujet des visas, « Oslobodjenje » émet le même avis que le Haut-Représentant : « Il est clair que les citoyens sont les otages d’autorités incapables qui, dans les quatre année passées, en dépit de fortes pressions et même de menaces, n’ont pas pu réaliser les réformes qui sont une précondition pour se rapprocher des normes européennes »

Parmi les éternels chantiers en cours, d’une importance vitale pour l’avenir du pays, comme celui du statut de l’enseignement supérieur, celui de la réforme de la police, condition posée à la conclusion de l’Accord avec l’UE, demeure bloqué en raison du refus des dirigeants de la RS d’abandonner leurs prérogatives en la matière. On ne parle même plus de l’arrestation de Karadzic, sans compter celle de Mladic, laissée aux bons soins de Belgrade.

L’acharnement que met le Premier ministre de la RS, Milorad Dodik, à maintenir ses prétentions sur cette question, illustre l’enjeu de son combat pour la pérennité de la division de la BH en entités. Il ne s’agit pas tant, pour lui, de préserver les accords de Dayton, que la diplomatie internationale n’entend pas remettre en cause, que d’imposer sa vision de la RS comme entité souveraine, de caractère étatique, conception officiellement rejetée par la majorité de la Communauté internationale. Les dirigeants de la RS sont conscients du fait que leur demande de référendum de séparation ne sera pas acceptée, mais ils se servent de cette menace pour maintenir un statu quo paralysant pour la BH, en quoi il sont gagnants dans une conjoncture où les intervenants internationaux veulent ménager le camp serbe dans la perspective de l’indépendance programmée du Kosovo. Des représentants du Ministère russe des Affaires étrangères en visite à Banja Luka, viennent d’apporter leur soutien aux dirigeants de la RS.

Dans la Fédération, le « Bloc patriotique », mené par Haris Silajdzic, joue sur du velours en axant sa campagne sur la dissolution des entités, sachant bien que cette exigence n’a aucune chance d’être actuellement prise en considération par les tuteurs internationaux de la Bosnie, qui ne veulent pas d’un changement fondamental, en dépit de la malfaisance attestée des institutions de Dayton. Ses adversaires, SDA et SDP, qui prônent une politique évolutive pour accéder à l’Union européenne, ce qu’ils considèrent comme l’unique chance de la BH, se trouvent ainsi sur une position défensive et dénoncent, eux aussi, la polarisation voulue de la campagne sur des sujets qui ne peuvent que raidir les positions, sans apporter de solutions.

Les ONG déplorent en général cet état des choses. Une récente session du Cercle 99 a reflété les craintes que soulève cette situation sur une « scène dominée par les nationalismes et les cléricalismes ». Si les participants ont écarté le risque, pour le futur, d’une véritable guerre, ils n’en ont pas moins prévu que la BH aura encore à affronter une période de violence et d’insécurité.

L’intervention des forces religieuses dans le débat politique a également été au centre d’un débat au cours duquel le professeur Zdravko Grebo l’a qualifiée de « catastrophique » pour la société bosnienne. Le SDA, parti d’ Ali Izetbegovic, a pour sa part, tout à craindre de l’engagement qu’on prête au principal dirigeant de la communauté islamique, le reis Mustafa Ceric, en faveur d’Haris Silajdzic.

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