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Bilan de la marche internationale de solidarité Srebrenica 2006

mardi 15 août 2006


Nous publions ci-dessous le bilan de la marche de solidarité internationale Srebrenica 2006, rédigé par Ivar Petterson, coordinateur de l’Association des survivants de la Drina-Srebrenica.

Une équipe de médecins-légistes opérant en Bosnie-Herzégovine, parmi lesquels des experts venant du Canada et de Serbie, vient d’annoncer la découverte d’un nouveau charnier, le plus important à ce jour parmi ceux trouvés dans le pays, près du village de Kamenica, en Bosnie orientale. On dénombrait, le 11 août, 133 squelettes complets et plus de 900 restes de victimes du massacre de Srebrenica. Murat Hurtic, de la Commission des personnes disparues en BH, a déclaré que les exhumations allaient continuer dans les prochains jours et que le nombre de corps reconstitués serait de plusieurs centaines.

Par ailleurs, la polémique déclenchée par les accusations portées par les autorités de Banja Luka contre le général en retraite Atif Dudakovic pour crimes de guerre commis contre des Serbes en août 1995, ne fait qu’enfler après que la tombe d’Alija Izetbegovic ait été endommagée par l’explosion d’une bombe.

Le Haut-Représentant Christian Schwarz-Schilling et les représentants internationaux en BH ont appelé au calme et demandé que toutes les affaires de crimes de guerre ne soient traitées que par les institutions judiciaires compétentes. C’est dans cet esprit qu’ils ont salué la réunion à Zagreb des procureurs de BH, de Croatie et de Serbie pour coordonner leurs investigations sur les crimes de guerre qui auraient été perpétrés dans la région de Gornji et Donji Zirovac et autour de Dvor na Uni au début du mois d’août 1995.

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BILAN DE LA MARCHE INTERNATIONALE DE SOLIDARITE SREBRENICA 2006 :

Cette deuxième Marche internationale de solidarité Srebrenica est partie cette année de Nezuk. Ce village en Fédération (sur l’ex-ligne de front à l’est de Tuzla), a accueilli le 18 juillet 1995 les survivants de la colonne partis de Potocari le 11 juillet, après la bataille pour franchir les lignes du front tenu par les nationalistes Serbes.

Au départ, le matin du 7 juillet, nous étions 700 participants et un peu plus à l’arrivée à Potocari, après un parcours d’environ 105 km., soit entre 25 et 30 km par jour. Cette Marche, qui suit le tracé de la colonne de 1995, est appelée en Bosnie-Herzégovine « protestni pohod ; mars smrti- put slobode » : Marche de protestation ; route de la mort, chemin de la liberté. Seul un tiers des 14.000 hommes au départ sont arrivés à destination.

La Marche est préparée par un Comité de 15 responsables d’associations, présidé par Ramo Dautbasic, adjoint au Maire de Srebrenica, et principal organisateur de la Marche. Celle-ci constitue un hommage aux victimes des embuscades, des mines et des bombardements au cours de ce long chemin vers la liberté et aux nombreux civils capturés et sommairement exécutés par les "tchetniks" (nationalistes Serbes). Nous voulons aussi apporter notre solidarité aux campagnards, violemment chassés de chez eux en 1993, et qui depuis quelques années, reconstruisent leurs maisons, re-cultivent leurs champs et redonnent vie à leurs belles vallées, collines et montagnes. Cette Marche constitue un trait d’union entre tous ces hameaux isolés.

Marcher dans le sens du retour constitue une protestation contre la monstruosité des Accords de Dayton, qui met illégitimement toute cette région sous le contrôle de la "République serbe de Bosnie", malgré la reconnaissance internationale du génocide de 1995. Il est nécessaire de revenir à une Constitution instaurant - suivant les principes seuls recevables en Europe - une stricte égalité entre les trois communautés, bosniaque, croate et serbe, sur l’ensemble du territoire de la Bosnie - et non une subordination des deux premières à la troisième, comme actuellement. La Marche se termine, le 11 juillet, par la Commémoration de Potocari, événement important qui rassemble toute la communauté autour des familles endeuillées, qui viennent parfois de loin pour enterrer leurs proches : en 2005, 620 victimes, cette année 505, grâce au travail de recherche des charniers et d’identification ADN. L’an passé, la police bosno-serbe avait bloqué l’accès à Potocari de cars transportant une partie des familles endeuillées. Cette année, il n’y a pas eu d’incident.

ORGANISATION DE LA MARCHE :

Ce sont des volontaires (en civil) de l’Armée bosniaque (Fédération) qui assurent la logistique de la Marche, montent de grandes tentes à chaque étape, fournissent des sacs de couchage et des nattes, ainsi qu’un petit-déjeuner et le repas du soir. Et il y a même de l’électricité. La Ville de Tuzla contribue par un camion d’eau potable et une équipe de secouristes. Les Villes de Genève et de Lausanne ont offert (comme l’an passé) 5000 frs. et 1000 frs, (environ 4000 euros), ce qui a permis de financer des travaux de réfection du chemin et les repas.

Il pourrait y avoir plus d’arrêts dans des lieux marqués par des évènements tragiques, avec un moment de recueillement pour les victimes et des explications plus détaillées, ainsi que des témoignages, nt. à destination des jeunes qui cette année étaient assez nombreux mais ne paraissaient pas très bien instruits des événements qu’ils venaient commémorer. La vocation didactique de cette Marche est importante. Il serait nécessaire de constituer un Service d’ordre, avec des brassards reconnaissables. Des jeunes s’amusaient, dans les dernières étapes, à crier "Allah akbar" lorsque la Marche croisait des policiers bosno-serbes, ce qui n’est pas dans l’esprit de cette Marche.

La rédaction d’un texte d’explication sur le sens de la Marche, traduit en plusieurs langues, est nécessaire. Le dépliant distribué cette année ne contenait que des indications pratiques. Une dimension importante est l’élaboration de projets par les contacts noués avec les habitants au cours de la Marche. A Nezuk, nous soutenons le projet d’un Centre culturel élaboré par des jeunes. Et à Pobudje, nous soutenons la formation d’une association de développement locale (matériel informatique, réfection du chemin, service médical, réfection du stade, etc.).

Nos amis là-bas nous disent que le lien et le support moral que nous leur apportons est très précieux pour eux, et leur donne plus d’assurance dans une situation où l’insécurité du lendemain est un sentiment prédominant. Ayant été trahis pat l’ONU, ils savent que le soutien des institutions internationales est aléatoire ; alors même qu’ils se sentent et sont européens. C’est pourquoi il serait important de renforcer la participation des Européens à la Marche au cours de ces prochaines années, dans le but aussi de multiplier les jumelages et les projets de développement.

Notre petit groupe franco-Suisse ne passait pas inaperçu. Il y avait aussi des italien-ne-s. Nous avions la chance, à chaque étape, de loger chez l’habitant et de jouir ainsi de commodités. Les chemins et sentiers sont équivalents à ceux du Jura et n’offrent pas de difficultés particulières, si ce n’est la longueur des étapes. Mais des véhicules peuvent servir d’appoint sur le 2/3 du parcours.

Deux films ont été tournés au cours de la Marche. A Genève, nous montons une expo photo. Un DVD de 35 min a été réalisé par Louise Lambrichs sur la Marche 2005.

Ivar Petterson, coordinateur Association des survivants de la Drina-Srebrenica.


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