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Carla del Ponte annonce son départ

jeudi 1er février 2007


Carla del Ponte a annoncé le 30 janvier qu’elle se retirerait en septembre prochain, à l’expiration de son deuxième mandat de Procureure en chef du TPI, estimant qu’ "après huit années, elle avait fait son travail et qu’il était temps qu’elle retourne à une vie normale". Elle s’est montrée satisfaite de l’oeuvre accomplie, bien que désappointée de l’arrêt prématuré du procès de Milosevic. Observant qu’elle avait, depuis 1999, fait comparaître devant la justice presque tous les grands responsables politiques et militaires en cause, elle a bien sûr déploré n’avoir pu jusqu’ici le faire pour les deux principaux, Karadzic et Mladic. Elle a déclaré à ce sujet : "J’espère que ce sera le cas avant la fin de mon mandat, parce qu’en tant que procureure de ce tribunal, évidemment, oui, évidemment, ce serait un grand succès pour moi d’obtenir le transfert de ces fugitifs à La Haye, et dans le contraire, ce serait une grande, très grande déception professionnelle".

Elle a rencontré à Bruxelles Javier Solana pour lui rappeler cette exigence posée par l’Union européenne comme condition de la reprise des négociations avec la Serbie pour la conclusion de l’ Accord de Stabilisation et d’association, première étape du processus d’adhésion à l’Union. Il est maintenant notoire qu’un certain nombre de gouvernements , comme ceux d’Italie, d’Espagne, de Slovénie et de pays voisins de la Serbie, demandent un assouplissement de cette position de fermeté, dont ne se départissent pas, pour le moment, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Mais le précédent de l’admission de la Serbie dans le Partenariat pour la Paix de l’OTAN indique que cette opposition pourrait être levée.

L’argument des partisans de la conciliation à l’égard de Belgrade, qui sont les mêmes que ceux freinent la prise de décision sur le Kosovo, est qu’il faut ménager les forces démocratiques serbes et leur faciliter la tâche de constituer un gouvernement, en espérant que celui-ci saura se montrer accommodant sur le Kosovo et s’engagera sur une voie européenne. Mais les dernières prises de position du Premier ministre Vojislav Kostunica devraient ouvrir les yeux aux plus aveugles. V. Kostunica et son parti DSS (Parti démocratique de Serbie),campent en effet sur leur position ultra-nationaliste, menaçant de rompre les relations diplomatiques avec tous les pays qui reconnaîtraient l’indépendance du Kosovo. Le DSS se présente ainsi pour ce qu’il est, proche du parti radical de Seselj et du parti "socialiste" de feu Milosevic plutôt que des orientations que prétendent soutenir les capitales européennes. La véritable majorité parlementaire serbe n’est pas "démocratique et proeuropéenne" mais bien ultra-nationaliste, alliant les partisans de Seselj et ceux de Kostunica, avec l’appoint du reste des fidèles de Milosevic. Elle ne prendrait les apparences de la démocratie que si l’Union européenne acceptait d’en payer le prix en s’inclinant devant les refus et les prétentions de Kostunica, aussi bien sur le statut du Kosovo que sur le cas de Mladic, dont la non-arrestation est portée par C. del Ponte au compte du Premier ministre en exercice . Dans ce cas, Kostunica pourrait gouverner avec les démocrates de Boris Tadic et le G 17,mais il est permis de douter de la crédibilité du marché imaginé par certains diplomates, d’un échange de l’acceptation de la "perte" du Kosovo contre la liberté garantie à Mladic. La prochaine réunion des Ministres des Affaires étrangères de l’UE, à la mi-février, devra trancher le débat en pesant les risques d’une continuation de la politique de tolérance à l’égard du nationalisme serbe, politique dont on connait les conséquences.

Carla del Ponte a aussi relevé le manque de coopération des autorités de la RS : " Nous avons des informations fiables sur l’un des inculpés par le TPIY,dont ne me demandez pas le nom,en RS....La situation est la même qu’en Serbie .Ils font quelque chose mais ils ne sont pas suffisamment engagés de sorte qu’il n’ y a pas de résultats. Je dois dire que lorsque je lis les déclarations du Premier ministre et des autres officiels, je m’inquiète sur l’existence d’une volonté politique en ce domaine".

A Sarajevo, le quotidien "Oslobodjenje" interprète le départ de la Procureure en chef comme sa défaite et une victoire serbe, directement liées à la décision de l’Union européenne, qu’il tient ainsi pour acquise, de favoriser la formation à Belgrade d’un gouvernement proeuropéen, en renonçant à obtenir l’arrestation de Mladic.

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