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Communiqué de l’Association des survivants de la Drina-Srebrenica (Suisse)

Bilan de la marche de solidarité Srebrenica 2005 et projet 2006

mardi 26 juillet 2005


1. Evaluation des objectifs : Cette première Marche a constitué un acte fort sur plusieurs plans :

- Travail de mémoire et hommage aux victimes. La réalisation de ce parcours, sur les traces de la Colonne des 15.000 hommes fuyant Srebrenica en juillet 1995 est d’importance européenne, dix ans après les tragiques évènements qui s’y sont déroulés, et qui sont le plus souvent ignorés par les médias et l’opinion publique.

- Solidarité avec les habitants qui sont retournés. Le passage de la colonne dans des hameaux loin de toute route carrossable, a montré à ces habitants qu’ils ne sont pas oubliés.

- Affirmation de la dignité des survivants de 1995. Face aux autorités de la RS et aux négationnistes, cette Marche a constitué une étape importante dans une reconquête tranquille, sans haine, mais déterminée.

- Solidarité internationale : Nous étions plus d’une vingtaine de Norvége, Italie, Suisse, USA, Hollande, France, Croatie, Belgique. Notre présence était très importante. Cela nous a permis de mieux comprendre la situation d’insécurité et les conditions de vie des habitants.

- Répercussion dans les médias : La presse et les TV bosniaques ont très largement répercuté l’événement. En Suisse-romande, les articles de Martine Clerc (24 Heures et TdG) et de Rachad Armanios (Le Courrier) ont fait connaître la Marche et la Commémoration du 11 juillet. Par contre, les médias français étaient curieusement absents.

2. Evaluation du parcours entre Caparde et Potocari :

Il manque un point de rendez-vous depuis Tuzla. Nous avons donc loué un bus et sommes arrivés par nos propres moyens avec 18 participant-e-s de Suisse et de France

a) La première étape entre le lieu-dit "Sommet noir" (à 4 km après Caparde) et Kamenica était d’une longueur parfaite. Mais il faut ménager des pauses régulières (1h1/2 environ), nt. pour permettre le contact avec les habitants locaux.

Le lieu du départ de la Marche est l’un des lieux tragiques de la Marche de 1995. Nous avons salué quelques habitants au passage. Certains nous offrait de l’eau, des limonades ou du café.

Un chemin de raccordement doit être terminé (environ 1 km) un tracs étant embourbé après avoir creusé un km. (qui doit encore être stabilisé par rapport à l’eau). Le chemin une fois terminé sera utile pour les communications locales. Le tracé d’une véritable route entre Caparde-Kamenica-Konjevic Polje reste à réaliser.

b) La seconde étape entre Kamenica et Konjevic Polje, marqué au bout de quelques km. d’un des lieux du génocide, était une étape d’une grande beauté avec la montée et descente du Mont Udric. Son site historique (tombes chrétiennes du 3ème siècle et tombes bogomiles du 12ème ) qui a sans doute servi de lieu de refuge et de culte pour les habitants de la région durant des siècles, devrait être mis en valeur et protégé. Ce site a sans doute une très haute valeur au niveau tellurique (recharge énergétique) et ce n’est sans doute pas un hasard s’il a servi de lieu d’attente et de repos durant la tragique Marche de 1995. c) La troisième étape entre le camp à 2 km au sud de Konjevic Polje et Potocari était plus longue que prévue (environ 34 km). A la fois très intéressante et marquante au niveau de la tragédie subie par la colonne de juillet 1995. Sur le haut-plateau de Burnice, plusieurs centaines d’habitants sont retournés, les maisons reconstruites, les champs défrichés et cultivés. Les chemins étaient parfaits pour la randonnée, mais très insuffisants pour le transport routier. Quelques jours après notre passage, des camions acheminant de l’aide de l’Association Enfants Europe Bosnie et venant de France ont eu de grandes difficultés à cause des orages. Là aussi des routes goudronnées sont nécessaires pour rompre l’isolement des habitants, en hiver.

Le périmètre non encore déminé (à l’entrée de l’ex-zone de sécurité) est très bien signalé.

La descente vers Potocari, sur de bons chemins, est très longue. Nous avons terminé la Marche par la visite d’un charnier découvert récemment. Impressionnant. En effet, il ne reste plus aucune trace sur les lieux des atrocités commises en juillet 1995 (si ce n’est des trous creusés par des obus à l’endroit où la Colonne a été coupée en deux).

Remarque générale : Il faut ménager plus de pauses dans la Marche, tous les 1 h ½ environ.

3. Participation :

Première étape : 400 participants. Deuxième : 600 participants. Troisième : 800 participants. Une trentaine de femmes, une vingtaine d’internationaux.

Une dizaine de bosniaques et srebreniciens de Suisse nous ont rejoint au cours des deux dernières étapes. Beaucoup n’ont malheureusement pas pu venir à cause des obstacles administratifs. Il faudra s’y prendre plus tôt l’année prochaine. En Bosnie-Herzégovine, le Comité d’organisation de la Ville de Srebrenica n’a pas su (ou voulu) donner d’indications précises pour l’inscription à la Marche. Ceci sans doute par peur d’être débordé. En effet, il n’était pas évident de résoudre la question logistique. En outre, il fallait tester l’attitude de la RS par rapport à la Marche. Les autorités de la RS n’ont pas voulu mettre les écoles de Kamenica et de Komjevic Polje à notre disposition. A la tête de notre colonne marchaient les guides de la Colonne de 1995, arborant le drapeau de l’unité de la Bosnie. Dans des lieux marquants, nous rendions hommage aux victimes.

En France, malgré les informations diffusées par l’Association "Srebrenica 2005", Europe alternative (François Soltic) et nos propres initiatives depuis Genève, la participation a été très en-dessous de celle attendue. Louise Lambrichs a eu la très bonne idée de prendre une caméra avec elle, ce qui pourra peut-être compenser, du moins pour les milieux intéressés, l’absence des médias français.

4. Remerciements :

- aux membres du Comité d’organisation de la Ville de Srebrenica, à son Maire Malkic Abdurahman et à Ramo Dautbasic, aux guides, forestiers et conducteurs de tracs qui ont réalisé la préparation de la Marche, balisé et débroussaillé le chemin.

- à la Ville de Genève et aux Communes de Carouge et de Meyrin qui ont fait don pour la Marche respectivement de 5000 frs,, 1000.- et 1000.- qui ont permis le financement de la Marche. 5195 Km (monnaie locale) ont été versé directement à l’organisateur de la Marche, Ramo Dautbasic, le 7 juillet. Un complément sera versé ultérieurement.

- à l’Armija (armée bosniaque) qui a mis à disposition des hommes (en civil) et des camions pour transporter et monter des grandes tentes munies de tapis de sol et de sacs de couchage et assuré avec ses batteries de cuisine les repas du soir et déjeuners pour 700 personnes.

- à la Ville de Tuzla qui a mis à disposition des équipes de secouristes, un camion-citerne d’eau, des W.C. mobiles, etc.
- aux conducteurs de véhicules d’accompagnement (qui nous retrouvaient après les passages non-carrossables) et transportaient nos affaires (nt. Mujo et Jean-Pierre)

- aux équipes de sécurité (Eurofor, polices, démineurs).

- à Bosna Tour pour son service (transport depuis Genève jusqu’à notre pension de Tuzla) et le retour. Bosna Tour assure deux voyages par semaine entre la Suisse et la Bosnie, tél. 041/210.30.63.

- à Omer Salkovic pour son accueil dans sa pension à Tuzla. Tél. 00387/35/274.100

5. Infrastructures locales indispensables :

a) Logement chez l’habitant : Sur la base des contacts locaux, il faut établir une liste des logements collectifs à disposition à chaque étape avec un tarif de 15 km par personne.

b) Installations sanitaires : Vu le manque de douches et de W.C par manque de moyens financiers des habitants, il faut prendre contact avec la DDC (Coopération suisse) pour équiper les villages d’accueil d’étapes de locaux collectifs chauffées dotés d’une dizaine de W.C. et douches, de deux ou trois machines à laver le linge et autres commodités pour les habitants selon les besoins exprimés.

c) Autres aménagements indispensables : Salle polyvalente (cours, activités culturelles, associatives et sportives, cinéma, théâtre, etc.) Bassins ou piscines : A proximité pourraient être aménagés des bassins ou piscines pour la population et les jeunes du coin.

d) Des démarches auprès de la DDC (coopération suisse) et autres organismes sont urgents, si l’on veut assurer un équipement minimum pour la Marche de 2006.

6. Préparation de la Marche 2006 :

a) Il faut contacter tous les participants internationaux, prêts à participer au Comité d’organisation 2006 et échanger nos évaluations et propositions, avec traduction en bosniaque.

b) Prévoir une ou deux réunions de préparation.

c) Prévoir 4 jours de marche, en scindant en deux la dernière étape. Une étape à Pobudje, lieu d’un projet-pilote de développement agricole autour de la Coopérative Drina, pourrait être très intéressante. Les paysans pourraient organiser une visite des cultures.

d) Appel au soutien financier par des villes européennes (Genève, Paris, Amsterdam, etc.). Ce soutien pourrait être destiné à l’infrastructure locale et à l’organisation de la Marche.

7. Constats divers : Le retour reste très difficile. L’injuste subordination de cette région à la RS (République serbe) prive les habitants d’une maîtrise du développement et de reconstruction, et ceci même dans la Commune de Srebrenica (Mairie en majorité bosniaque) les plans de développement ne peuvent pas être mis en œuvre à cause du blocage des autorités de la RS et du manque de confiance des investisseurs éventuels.

Le très grand courage des habitants qui sont retournés, bien souvent comme dans la vallée de Kamenica et à Burnice, coupés du monde durant des semaines en hiver en raison de l’état des chemins, ne peut pas compenser le manque d’infrastructures collectives (routes goudronnées, équipements communaux). Ce manque de maîtrise se traduit par des vexations et extorsions diverses (coût prohibitif de de papiers et permis officiels, blocages). Un exemple : La police de la RS (en charge de la sécurité, alors qu’une partie de ses cadres a participé aux exactions de 1992-95) a empêché plusieurs dizaines de familles endeuillées (bloquées dans des cars à Bratunac) de participer à la cérémonie d’enterrement du 11 juillet, ce qui constitue un coup très douloureux pour elles.

Des actes de provocation et de menaces continuent de s’exercer en toute impunité : maisons dynamitées (en l’absence des habitants), menaces diverses contre des leaders des retournants, descentes de police - comme celle qui a visé Saban - directeur de la Coopérative Drina de Pobudje quelques jours avant notre passage, sous le prétexte de la pose de 35 kg. d’explosifs au Mémorial de Potocari (sans doute posés par leurs copains nationalistes serbes pour faire peur et empêcher une participation trop massive à la Commémoration). La zone industrielle de Potocari et d’autres entreprises de la région de Srebrenica (extraction, sidérurgie, accumulateurs, bois) générait du travail pour dix mille travailleurs et assurait un niveau de vie en-dessus de la moyenne, laisse après sa destruction la région dans une situation économique désastreuse. Outre, le pillage et les destructions durant la première occupation des forces serbes en avril 1992, l’ONU a joué un rôle trouble, procédant à la destruction du reste du parc industriel lors de la venue des Casques bleus en 1993. Pour quels raisons ?

Les petites exploitations familiales (encouragées par diverses organisations, dont Caritas) ne peuvent sortir cette région de la misère. Les prix, notamment des framboises, ne font que descendre. Seules des coopératives pouvant produire des cultures (nt. sous serre) et assurer leur commercialisation, peuvent recréer une certaine prospérité. Il serait intéressant de pouvoir, en 2006, visiter les réalisations de la Coopérative Drina de Burnice.

Une première réunion d’évaluation aura lieu le samedi 30 juillet dans un lieu à confirmer.

Avec mes cordiales salutations.

Ivar Petterson, coordinateur de l’Association des survivants de la Drina-Srebrenica, organisateur des Marches Srebrenica en Suisse (2000-04) et initiateur de la Marche de 2005 Tél. 0041/22/349.36.06 petterson.ivar@freesurf.ch


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